Nice, la jeune vieille

En se baladant sur la promenade des Anglais, on pourrait être tenté de croire que Nice est un repaire de retraités. On n'a rien contre, remarquez, d'autant que c'est une destination de longs séjours appréciée des Québécois, mais la question se pose tout de même : y a-t-il une jeunesse pour dynamiser Nice ?

« Bien sûr ! dit Fabienne Fertilati, de l'Office du tourisme et des congrès de Nice. La ville compte 350 000 habitants, dont 50 % ont moins de 40 ans, et trois universités. »

Si la jeunesse laisse les aînés s'aérer en bordure de la Méditerranée, c'est qu'elle investit d'autres quartiers. Comme les abords du quai Lunel, où champignonnent les bars. Comme autour de la place Garibaldi, où l'on bouffe à la bonne franquette sous les beaux portiques voûtés. Comme le Vieux-Nice, le rendez-vous des étudiants qui vont manger, très bien et pour pas cher, à L'Escalinada, rue Pairolière. Ce Vieux-Nice est aussi le fief des jeunes artistes-peintres qui exposent leurs toiles dans les galeries de la rue Droite.

Le voisinage du Musée d'art moderne et d'art contemporain attire pour sa part les 30-40 ans, note Fabienne Fertilati. Ce Mamac monumental et ses voisines, la bibliothèque municipale et la Tête carrée, un cube géant qui abrite ses bureaux administratifs, font d'ailleurs dire à la trentenaire qu'à Nice, « on ne reste pas accroché à notre patrimoine passé, on crée aussi un patrimoine futur ».

Certains jeunes veillent néanmoins à le préserver, ce patrimoine. Prenez Nice'Art : l'entreprise s'est donné pour mission de valoriser la production locale de l'olive de Nice, une appellation contrôlée, et de ses produits dérivés. « Au début, on a dû composer avec la méfiance des oléiculteurs envers nous, "jeunes de la ville". Après quatre ans, nous vendons les produits d'une vingtaine de producteurs », dit Régis Apra.

D'autres le développent, ce patrimoine. Prenez l'hôtel HI (ça se dit « i »), que deux jeunes audacieux ont inauguré en mars 2003. Avec son design ludique, signé Matali Crasset, et ses 38 chambres proposant neuf concepts d'aménagement tels Happy Day, White & White ou Technocorner, pour vous donner une petite idée, l'établissement bouscule bellement la tradition hôtelière. « Dans les chambres, il n'y a pas de disposition classique lit-et-tables-de-chevet, dit Patrick Elouarghi, l'un des proprios. Pas de carrelage, pas de papier peint. Pas de minibar non plus : c'est moche, ça fait du bruit et à la fin, le client a bu mais ne veut pas payer ! »

Et c'est pour qui, HI, outre le poisson rouge, petit pensionnaire de chacune des unités ? Pour les gens d'affaires comme pour les jeunes Londoniens de passage qui ont envie d'écouter de la musique électronique, selon M. Elouarghi. En clair, ce n'est pas pour papie !

Oui, les jeunes font bouger Nice. Ça se voit pourvu qu'on se balade au delà de la Promenade. Quoique depuis hier et jusqu'au 25 février prochain, on a tout intérêt à s'y trouver, sur la Promenade, puisque s'y tiendra la 120e édition du célèbre carnaval. Le thème de cette année, « Le Roi de la Clonerie ».