Le tour du monde - Commandant Piché : les racines du ciel

Le convoyage et son métier de pilote l'ont amené à faire le tour du monde, parfois dans des circonstances abracadabrantes. Aujourd'hui, Robert Piché a toujours la bougeotte mais il voyage en sage aventurier. Car si le ciel est son lieu de travail et la Terre, son univers, sa famille est sa plaque tournante.

Ma fille de six ans a pleuré le soir où on devait partir pour Paris, parce qu'on n'a pas pu embarquer sur le vol. Tu vois à quel point le voyage fait déjà partie de sa vie... Et moi, je suis content de voir que ce n'est pas la destination mais le voyage qui lui procure une émotion. »

Quand il n'est pas en train de desservir l'une des 90 destinations d'Air Transat, de donner une conférence ou de sauver la vie de 300 personnes à bord d'un bahut de 155 tonnes transformé en planeur, le commandant Robert Piché adore voyager en famille. Car pour celui qui a fait plus d'une fois le tour du monde, qui a vécu dans nombre de pays (France, Cuba, Bahamas, Vietnam, etc.) et qui a eu droit à son lot de folles équipées, il est plus qu'impératif de transmettre dès que possible la piqûre du voyage, « la meilleure école qui soit ».

C'est ainsi qu'à l'aube de ses sept ans, sa fille cadette a déjà vu une douzaine de pays et vécu presque autant de traversées transatlantiques, et qu'à 15 ans, son fils peut en jeter à tous ses copains simplement en parlant de ses dernières pérégrinations en compagnie de son pilote de père.

Si son image de héros aventurier colle à la peau de Bob Piché, et si aucune destination ne l'effraie lorsqu'il se déplace pour le travail, une foule de pays deviennent à risque lorsqu'il voyage avec les siens. « Je ne peux plus me permettre de vivre des situations périlleuses qui mettraient ma famille en danger. » Ses plus belles escapades familiales, il les a donc réalisées en des lieux peinards, en Europe ou à Puerto Plata par exemple.

Mais pour son prochain périple, le commandant Piché mettra le cap sur le Costa Rica. « Je prépare ma retraite et je me cherche une place au soleil. Je ne connais pas ce pays mais il m'intrigue : comment ont-ils fait pour demeurer neutres si longtemps ? Et puis, ma fille trippe sur les animaux : je lui ai dit qu'elle allait voir des paresseux et des aras dans leur habitat naturel. C'est mieux qu'au zoo ou dans les livres ! »

Même s'il ne compte pas finir ses jours au Québec, la Belle Province est en première classe dans la carlingue de son coeur. « C'est le pays le plus libre du monde, tu ne peux pas vivre à un meilleur endroit. Ici, tout est possible, peu importe ce que tu imagines, ce qui n'est vraiment pas le cas de tous les pays. Si je veux m'établir ailleurs pour ma retraite, c'est parce que j'en serai rendu à une autre étape de mon existence, et que ma vie active sera complétée. »

C'est par une drôle de porte d'embarquement que le goût du voyage s'est immiscé dans la vie de Robert Piché. « Quand j'étais tout jeune, ma tante a ramené un chapelet béni par le pape et elle l'a offert à mon frère. Je ne trouvais pas ça extraordinaire, je la trouvais chanceuse d'être allée à Rome et je me suis dit : un jour, moi aussi j'irai. Ce fut mon premier déclic. »

Drôle d'élément déclencheur pour l'homme dont le passé n'est pas tout à fait celui d'un enfant de choeur. Mais plus tard, il y eut aussi Expo 67. « En visitant le pavillon thaïlandais, je suis tombé en bas de ma chaise et je me suis dit : il faut que j'aille là. Ça avait l'air tellement exotique ! »

Aujourd'hui, son penchant pour l'exotisme le poursuit. Même s'il apprécie Hawaii, Berlin et l'Europe de l'Est, que l'Afrique le laisse froid et que l'Amérique du Sud l'indiffère presque, il flanche pour l'Inde, le Sri Lanka, l'Asie du Sud-Est et surtout le Vietnam, où il a vécu six mois.

« C'est la mentalité des gens que j'aime dans ce pays. Ça fait mille ans que les Vietnamiens connaissent la guerre et ils ont été envahis à plusieurs reprises, mais ils n'ont jamais été conquis, même s'ils n'ont jamais gagné non plus. Aujourd'hui, les Vietnamiens ont encore le sourire aux lèvres et ils trouvent le moyen de te dire que c'est l'avenir qui compte ! »

En grand bourlingueur qu'il est, Robert Piché a bien compris que ce qui différencie avant tout les pays, ce sont ceux qui les habitent, au delà du décor. « Le plaisir de voyager, c'est le contact avec les gens, c'est voir comment ils vivent, découvrir qu'un Indien de Calcutta a de la parenté ou une connaissance à Toronto... En voyageant avec mes enfants, je les incite d'ailleurs à rencontrer des jeunes de leur âge. »

Il en profite alors pour leur transmettre sa passion pour une certaine forme de magasinage, celui des us et coutumes. « Je suis allé un peu partout et j'ai pris ce que j'ai voulu prendre dans chaque mentalité. Car ce que j'aime aussi dans le voyage, c'est le fait que les différentes cultures que je côtoie depuis 50 ans vont faire de moi l'homme que je suis. »

D'où l'importance fondamentale, pour lui, de s'adapter chaque fois qu'il atterrit quelque part. « Quand tu vas en Inde et que tu rencontres un gars qui n'a rien, qui est détaché de tout et qui vit avec l'air du temps, tu te dis alors que c'est peut-être lui qui a raison, et nous qui avons tort. C'est ça, le sens de l'adaptation, et c'est à travers ça que tu formes ton être. »

On comprend mieux pourquoi le commandant Piché tient tant à inculquer le goût du voyage à ses enfants. Pour bien forger la bohème de leur âme, il compte d'ailleurs les entraîner bientôt dans de longs périples, de Lisbonne au Maroc ou de la Thaïlande jusqu'en Indonésie. À moins que d'ici là, il ne prenne ces derniers pays en grippe, fut-elle aviaire.

«Mais mon gros projet, c'est de partir en année sabbatique et de faire la Route de la Soie, dans quatre ans. J'attends que mes enfants aient un peu vieilli, pour que leur système immunitaire se soit développé et qu'ils puissent se rappeler longtemps de ce qu'ils vivront. »

N'allez cependant pas croire que ce pèlerinage en Asie centrale représente un rêve pour le commandant Piché. « Pour moi, c'est avant tout un mode de vie : voyager a toujours été présent en moi. Mon père était voyageur de commerce, il faisait souvent le tour de la Gaspésie et j'étais le seul à vouloir aller avec lui. En fait, j'étais comme ma fille : je savais que j'allais seulement à Gaspé, mais c'est le fait de partir qui m'excitait... »

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