Des découvertes jusqu’à plus soif

Le Mas des patriotes, à Saint-Jean-sur-Richelieu, produit annuellement quelque 13 000 bouteilles de vin.
Photo: Carolyne Parent Le Mas des patriotes, à Saint-Jean-sur-Richelieu, produit annuellement quelque 13 000 bouteilles de vin.

Depuis quelques années déjà, pays, régions, cantons, bouts de rue et fonds de ruelle compris prennent le touriste par le ventre en mettant en avant les spécialités culinaires du terroir.

Tant et si bien qu’aujourd’hui, aucun patelin souhaitant être pris au sérieux sur le plan touristique n’omet de marketyriser, comme disait Réjean Ducharme, son fromage, sa cochonnaille, sa chaudrée de crabe, la bibine de Papy et quoi encore, le temps d’un marché, d’un festival, d’une route ou d’un itinéraire des saveurs !

Et on en redemande quand les spécialités en question ont une résonance locale, historique ou culturelle. D’ailleurs, n’est-ce pas souvent par l’entremise d’un produit identitaire, le saké au Japon comme le guanaco dans le Grand Sud patagonien, qu’on arrive à mieux cerner l’âme d’une destination ?

Offre alléchante

On redemande d’autant plus de cette offre alléchante quand celle-ci permet la préservation d’un savoir-faire culinaire tout en rapprochant gens du cru et étrangers. Car, après tout, rien n’est plus fédérateur que la mangeaille, ici comme à Tombouctou.

Aux portes de Montréal, en Montérégie, il semble qu’on ait été visionnaire à cet égard, puisqu’il y a 18 ans cette année qu’on y promeut le Circuit du paysan. Comptant près de 200 kilomètres balisés qui sillonnent la vallée du Haut-Saint-Laurent, le parcours valorise la nature, la culture, la gourmandise et l’agriculture.

Il invite à l’autocueillette de petits fruits et de pommes ; à la visite de vignobles, de cidreries et d’hydromelleries ; ainsi qu’à des dégustations dans des fromageries et des charcuteries, le tout sur fond de paysages bucoliques. Et chaque année, quelque 62 000 personnes répondent à l’appel !

L’autre dimanche, nous avons mis le cap sur une demi-douzaine d’entreprises membres de ce Circuit, qui en compte une bonne centaine. À la ferme Quinn, à Notre-Dame-de-l’île-Perrot, nous avons fait un tour dans une partie du vaste domaine de 100 acres à bord d’une carriole tirée par un tracteur, une balade instructive pour petits et grands.

Ici, jusqu’à la mi-juillet, on cueillera des framboises ; de la mi-juillet à août, bleuets, groseilles et gadelles ; de la mi-août jusqu’à la fin d’octobre, pommes, courges et citrouilles ; et en décembre, on ira choisir son sapin de Noël ! Quelque 50 % de cette production est dévolue à l’autocueillette, « une activité importante pour notre rentabilité », note Philippe Quinn.

Et pour cause : elle attire entre 5000 et 12 000 personnes les week-ends. Pour Stéphanie Maynard, copropriétaire de la ferme, elle a aussi une valeur éducative. « Les gens ont complètement perdu contact avec les saisons : ils se présentent ici à l’année pour cueillir des pommes et même en février pour… des fraises ! » dit-elle.

Gens du pays

À Mercier, à la fromagerie Ruban bleu, Caroline Tardif fait également oeuvre pédagogique. L’artisan-fromager concocte des cheddars, tommes et autres beurrasses à tartiner avec du lait de chèvre depuis le début des années 2000. « Il y a 12 ans, dit-elle, une personne sur 10 crachait mon fromage, lui trouvant un goût trop “ laineux ”, trop “ animal ”. Aujourd’hui, c’est plutôt de l’ordre d’un sur 100. »

Elle et son conjoint, qui se sont lancés dans l’aventure fromagère sans s’y connaître — « On était bien jeunes et bien innocents ! » — ont fait leurs classes en France, en Italie, en Espagne et en Suisse. Ils font partie de cette relève de producteurs qui font évoluer nos goûts. « Et plus il y en aura, mieux ce sera », dit-elle.

À Marieville, à la Chevrière de Monnoir, on déguste aussi des fromages faits de lait de chèvre, mais c’est plutôt la viande de chevreau qui pique notre curiosité. En effet, nous avons en mémoire des colombos de cabris antillais plutôt coriaces… Eh bien, ici, en pâtés, en terrines ou en saucisses, c’est miam, cette viande ! On l’apprécie d’autant plus que c’est la plus maigre de toutes.

Notre dimanche se poursuit de fraisière en hydromellerie en vignoble, et jusqu’au Mas des patriotes, notre coup de coeur, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Inauguré en 2013, ce vignoble-boutique, qui produit annuellement quelque 13 000 bouteilles, est le projet de gentlemen farmers, dit sa copropriétaire France Cliche : « C’était un projet de retraite lancé avec une vision très romantique de la chose, sauf qu’on s’est vite aperçu que c’est un dur labeur, car le vin, ça commence dans le champ ! »

À l’origine du Mas, une grange patiemment restaurée, joliment aménagée, qui sert de salle de dégustation. « En voyageant, on constate ailleurs une valorisation du patrimoine, dit la vinificatrice qui a déjà vécu à Saint-Rémy-de-Provence, et on a voulu faire de même ici, d’autant plus que le chemin des Patriotes est à nos portes. »

Mission accomplie : le bâtiment de ferme centenaire a repris vie tandis qu’à ses pieds est plantée la matière première du vignoble, des cépages rustiques, essentiellement du frontenac gris, blanc et noir, ainsi que du sabrevois. À défaut de produire des rouges s’apparentant aux supertoscans qu’affectionne Mme Cliche, la maison élabore en rouge un supermontérégien, soit le puissant Sieur Rivard, des vins blancs de soif et un rosé, Hortensias, qui accompagne bellement l’été.

En vrac

Quand ? Jusqu’à la fête de l’Action de grâce. La majorité des artisans producteurs accueillent les visiteurs au moins trois jours par semaine, week-ends compris. On recommande toutefois de vérifier les heures d’affaires de chacun.

Comment s’y rendre ? On consulte en ligne la carte interactive du circuit.

Quels clicslafermequinn.qc.ca, rubanbleu.net, chevrieredemonnoir.com, lemasdespatriotes.com. Au Ruban bleu, des visites de la chèvrerie sont prévues sur réservation tous les dimanches jusqu’au 16 octobre (sauf le 17 juillet).

D’autres bonnes adresseslesfraiseslouishebert.com, mielnature.com (pour son exquise Cuvée prestige, un hydromel additionné de rhum) et vignoblecortellino.com (pour son Piccolo grigio très aromatique).

Un événement qui promet. Comme l’an dernier, « Sourires aux lèvres » réunira sous une vingtaine de chapiteaux des artisans du goût. Ça aura lieu les 9 et 10 juillet prochains à la cidrerie du Minot, à Hemmingford.