Dormir dans l’insolite

Une yourte au Rond Coin de Saint-Élie-de-Caxton.
Photo: Le Rond Coin Une yourte au Rond Coin de Saint-Élie-de-Caxton.

Ils sont souvent exigus, pèchent parfois par leur confort rudimentaire, disposent à l’occasion d’électricité mais rarement d’eau courante, exigent régulièrement un minimum d’effort pour être rejoints. Pourtant, au Québec, les hébergements rustiques hors-norme et insolites font florès depuis plusieurs années. Exploration d’un phénomène qui n’est pas près de s’estomper, et tour d’horizon de sites pas piqués des hannetons.

Il n’y a pas si longtemps, il suffisait de dormir dans un tipi, une tente prospecteur ou une yourte pour repousser les limites de l’originalité de la nuitée au Québec. De nos jours, il faut au bas mot loger dans une cabane dans un arbre ou se hisser sur pilotis près de son feuillage pour se distinguer.

Mais pourquoi diable l’Homo turisticus cherche-t-il tant à remonter là d’où proviennent vraisemblablement ses ancêtres ? « Selon l’envie, la cabane [dans l’arbre] devient bulle d’inspiration pour le poète, lieu de réflexion pour le philosophe, salle de concert pour le mélomane, bibliothèque suspendue pour l’amoureux des livres », répond-on dans Rêvons perchés. Cabanes autour du monde, un foisonnant ouvrage consacré aux constructions arboricoles de tout acabit.

Photo: Kabania Sorte d’hybrides entre la cabane et la tente, les cabanitas de Kabania, dans Lanaudière, sont juchées dans les arbres à cinq mètres du sol.

Ici comme ailleurs, on n’en finit plus de grimper dans la canopée pour caresser ses rêves étoilés, pour rabibocher ses trêves étiolées. Retour aux sources dans les méandres du cerveau reptilien, besoin irrépressible de toucher les cimes pour retomber de très haut en enfance, ou quête saugrenue de l’exiguïté des lieux, si chère à la réalité de la puérilité ?

« De prime abord, il peut en effet paraître assez irrationnel de dormir en des endroits si peu spacieux et pas toujours confortables, lance Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM. En revanche, ces hébergements sont généralement érigés sur des sites ravissants qui donnent accès à une nature qu’on ne retrouve pas ailleurs. »

L’appel de la nature

À Notre-Dame-de-la-Merci, dans Lanaudière, les hôtes de Kabania ne cherchent pas seulement à suspendre le temps entre ciel et terre en logeant dans des cabanes haut perchées. « Ils veulent aussi renouer avec le minimalisme, déconnecter, se dépayser et retourner à l’essentiel », indique la propriétaire Marie-Christine Tremblay.

Ils désirent aussi répondre à l’appel de la nature sans raccrocher et y avoir accès aisément, en tutoyant de près le feuillage des arbres et en fréquentant certains des 120 kilomètres de sentiers du parc régional de la forêt Ouareau attenant. « Sans compter que les gens qui séjournent chez nous se rapprochent en se réunissant autour du feu ou dans le bâtiment commun, poursuit Marie-Christine Tremblay. Leurs enfants jouent ensemble et bien des parents finissent par échanger leurs numéros de téléphone pour se retrouver l’été suivant. »

La quête de l’originalité dans l’hébergement est mondiale. Mais nos hôtes ont également besoin de tranquillité, d’isolement, de contact intime avec la nature.

 

Au Parc aventures Cap Jaseux de Saint-Fulgence, où furent aménagées certaines des premières cabanes dans les arbres au Québec, on pousse plus loin l’explication du phénomène. « La quête de l’originalité dans l’hébergement est mondiale, note la directrice Rébecca Tremblay. Mais nos hôtes ont également besoin de tranquillité, d’isolement, de contact intime avec la nature. »

En plus des maisons dans les arbres, Cap Jaseux dispose d’étonnantes sphères suspendues et d’un dôme allègrement fenêtré. « Dans ce dernier cas, en plus de jouir de points de vue superbes sur le fleuve Saguenay, les gens ont l’impression de dormir à la belle étoile tout en étant protégés et en bénéficiant d’un cadre tout confort », indique Rébecca Tremblay.

De l’autre côté du Saguenay, à Sacré-Coeur, les bulles de Canopée-Lit créent encore plus l’illusion de pioncer à aires ouvertes : elles sont translucides sur plus de la moité de leur superficie. Amateurs de grasse matinée s’abstenir, fanas d’observation nocturne de la voûte céleste se réjouir.
 

L’habitation sphérique

Toujours dans le registre des hébergements sphériques, la Cosy Bubble ressemble à un croisement entre une yourte et un champignon géant sans tige. Gonflée à bloc grâce à un système de soufflerie électrique et dotée de hublots translucides plus ou moins immenses selon le modèle, elle est conçue au Québec et est disponible à l’auberge La Salicorne, aux îles de la Madeleine, au Centre de vacances Santé Plein Air de Pohénégamook, dans le Bas-Saint-Laurent, ainsi qu’Aux Cinq Sens de Piopolis, dans les Cantons-de-l’Est. Cet été, un petit hameau de cinq Cosy Bubbles sera même érigé au camping de la gorge de Coaticook, en marge du célèbre parcours multimédia Foresta Lumina.

C’est également pour permettre aux gens de disposer d’une chambre avec vue que la SEPAQ a introduit les EXP (pour EXPérience) dans certains de ses parcs nationaux, il y a quelques années. Ces minichalets à la dégaine contemporaine et à large fenestration visent une clientèle urbaine peu encline à plier bagage pour la forêt, en lui offrant un minimum de confort et de design stylé, voire un plafond vitré pour admirer la voûte céleste dans le cas de la Réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic.

Cette année, 17 nouvelles unités seront même implantées dans les parcs nationaux des Monts-Valin, de la Jacques-Cartier, du Mont-Orford et du Mont-Tremblant, portant à 42 le nombre d’EXP.

Dans un proche registre de fusion avec la nature, les Zoobox de Vertendre, à Eastman, dans les Cantons-de-l’Est, forment de ravissants petits lofts privés avec grandes baies vitrées. Plantés au milieu de la forêt et dotés d’éléments mobiliers modulables au gré des besoins des occupants — dont un lit suspendu au plafond —, ils sont autonomes en énergie grâce à des panneaux solaires, mais aussi grâce à un vélo stationnaire qui produit de l’électricité, quand on l’utilise…

Labels au bois dormant

À la station de montagne Au Diable Vert, à Glen Sutton, dans les Cantons-de-l’Est, ce n’est pas le choix qui manque côté hébergement brindezingue : entre deux sorties en vélo volant, on peut roupiller dans une cabane dans un arbre, faire le tour du cadran dans un treegloo (un igloo en matière synthétique), gésir grandes matinées dans un refuge Pod (une petite habitation en bois en forme d’ogive) ou dormir du sommeil du juste dans l’une des deux authentiques roulottes Airstream.

En revanche, dans le parc régional du réservoir Kiamika, créé en 2013, on ne se soucie guère du panorama environnant de l’Alvéok. Entièrement fabriquée à partir de matériaux locaux et alimentée à l’énergie solaire, uniquement accessible en canot ou en kayak (ou en raquettes et en traîneau à chiens l’hiver), cette sorte d’alvéole aux fenêtres minimalistes ressemble à un igloo de bois et peut héberger cinq personnes.

À Bolton-Est, dans les Cantons-de-l’Est, Entre cimes et racines dispose pour sa part d’une douzaine d’écogîtes disséminés dans la nature, avec ou sans électricité. Les deux plus singuliers sont la Pierre de Feu, aménagé dans un rocher, et le très populaire Hobbit (anciennement le Troglo), une habitation troglodytique qui siérait fort bien à Bilbo, avec son toit végétalisé, ses fenêtres circulaires et ses volumineux éléments de bois rustiques.

Si les yourtes sont désormais si répandues qu’elles en sont presque devenues banales, celles d’Aux Quatre Vents, en Gaspésie, sont sans nul doute les plus particulières au pays : installées sur des plateformes flottantes dans une baie protégée de Carleton, elles ne sont accessibles qu’au terme d’une quinzaine de minutes de coups de pagaie — et d’une bonne dose de béatitude.

Plus au nord-ouest, dans le Témiscouata, les yourtes du parc du Mont-Citadelle se démarquent elles aussi, mais par leur étonnant confort. Dans cet ancien centre de ski du Bas-Saint-Laurent — où se trouve accessoirement la plus longue tyrolienne du Québec, avec ses 1200 mètres —, les yourtes sont aménagées comme de petits appartements : sofas et lit moelleux, chambre et salle de bain séparées, cuisinette, écran plat, téléphone, Wi-Fi et même fibre optique…

Aux abords du fleuve, le Domaine Floravie forme possiblement le seul site touristique du monde connu à tenir compte de l’élévation du niveau des mers, près du parc du Bic. « Il y a quelques années, les grandes marées m’ont convaincu de doter de roues mes petits chalets pour pouvoir les déplacer à ma guise », indique Donald Lebel, proprio et concepteur du site.

De plus en plus populaires aux États-Unis, ces tiny houses semblables à de petites roulottes de bois sont admirablement situées à quelques mètres de la grève et sont au surplus ultravertes (panneaux solaires, isolant à la laine de chanvre, toilettes à compost, etc.). Mignons comme tout et fort confortables (la literie est excellente), ces chalets gaiement peinturlurés s’envolent littéralement durant la belle saison. « L’été dernier, nous avons dû refuser 350 réservations ! » assure Donald Lebel.

Enfin, au Rond-Coin de Saint-Élie-de-Caxton, en Mauricie, Marylène Deschênes et Keven Gélinas ont créé une sorte de camping fantasmagorique dans le sillage de la célèbre traverse de lutins de Fred Pellerin. Outre les camps de bûcherons, la loge d’artiste et l’authentique yourte mongole, les sites d’hébergement prennent ici la forme d’un camion romanichel et d’une roulotte gitane, laquelle est décorée avec des soieries indiennes, des lampes en perles de verre et une lucarne octogonale.

« Les gens séjournent chez nous pour l’expérience, le retour aux sources et la simplicité, dit Marylène Deschênes. Ils s’allument une chandelle, jouent à des jeux de société ou s’offrent un gridcheese dans notre grande yourte-café-resto-bar. » Bientôt, peut-être, l’épave d’un bateau viendra s’ajouter à l’éventail des possibilités d’hébergement du Rond-Coin. Ce sera alors, à n’en point douter, un excellent endroit où venir s’échouer…

Le cas Huttopia

Depuis 2008, la SEPAQ a allègrement pris le virage du prêt-à-camper, notamment avec ses tentes Huttopia. Le réseau des parcs nationaux québécois compte désormais 413 de ces tentes tout équipées qui peuvent abriter deux adultes et trois enfants, tandis que sa « version légère », la tente Hékipia, est disponible en 120 exemplaires dans les réserves fauniques et centres touristiques. Mais voilà que les Huttopia sont en train de s’affranchir des parcs nationaux : inauguré en juillet 2015, l’Espace de villégiature Huttopia de Sutton, dans les Cantons-de-l’Est, s’étale au coeur d’une forêt touffue et en montagne, sur un terrain privé. Premier site du genre à voir le jour en Amérique, il compte notamment 40 « Canadiennes », des tentes quasi identiques aux Huttopia de la SEPAQ. Au coeur de ce village Huttopia, le Centre de vie comprend un resto-bar, un mini-salon-bibli avec télé, une vaste terrasse extérieure, une aire de jeu et une piscine chauffée. Plusieurs projets d’expansion au Québec (possiblement dans les Laurentides) et ailleurs dans le ROC sont à l’étude.

Tipi + eau = tipieau

Quel drôle de pistolet que ce Jean-Guy Brochu. Clown professionnel à temps partiel, entrepreneur marginal à temps plein, c’est d’abord pour entreposer ses innombrables et immenses décorations de Noël — qu’il loue pour parer des rues entières à Montréal — qu’il a acheté l’ancien camp de vacances Beauvallon, à Sabrevois, en Montérégie. Rebaptisé Domaine Pourki (c’est son nom de clown) et géré avec son fils, son petit royaume dispose de chalets de 18 lits superposés qu’on peut louer pour trois fois rien, mais aussi de quatre tipis flottants, montés sur des plateformes attachées au fond de la rivière Richelieu. Chacun de ces tipieaux postés au large dispose de lits avec matelas (pour deux à six personnes), d’une table, d’un barbecue, d’une toilette sèche et d’une trappe vitrée qui s’ouvre pour tendre une ligne, pour qui voudrait taquiner le poisson. L’accès se fait en canot, en kayak ou en navette motorisée (sur demande) et le prix d’une nuitée donne droit à tous les services et installations sur place (tir à l’arc, vélo, canot, kayak, piscine, visite de la ferme d’alpagas, etc.). Restaurant, buanderie et Wi-Fi sur place. Attention : le domaine est parfois très animé les week-ends (mariages, événements corporatifs, etc.).

En vrac

Cabanes et maisons dans les arbres, écologis, yourtes, etc.: Chez Roger L’Ermite, Lanaudière; Chalets Lanaudière; Chimo Refuges, Laurentides; Refuges perchés, Laurentides; Les Toits du monde, Laurentides; Cime Aventures, Gaspésie

Phares ou maisons de gardien de phare où loger

   

Tipis

   

Autres: L’Igloft, Saguenay–Lac-Saint-Jean; Les nichoirs du parc nature de Pointe-aux-Outardes, Côte-Nord

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 23 avril 2016 10 h 42

    Vivre dans une yourte en s'inspirant des lapons de préférences en hiver

    Vivre comme des Nénets dans des tchoumes pourquoi pas , en fait ce sont des sortes de tentes appelé yourtes, facilement démontables pour suivre les rennes dans la toundra, souvent les lapons les préfèrent aux maisons des villes car ils permettent de vivre selon la tradition