Copenhague à croquer

Copenhague séduit les visiteurs grâce à ses riches patrimoines royal et maritime, de même que par ses initiatives d’avant-garde.
Photo: Carolyne Parent Copenhague séduit les visiteurs grâce à ses riches patrimoines royal et maritime, de même que par ses initiatives d’avant-garde.

De la cuisine non pas de rue, mais… d’entrepôt. Des bains où piquer une tête dans la mer en plein coeur de la ville. Des vélos intelligents en libre-service. La capitale danoise n’en finit plus de nous surprendre. Bons plans pour un séjour inspirant.

L’an prochain, Montréal aura 375 ans et Copenhague, 850. Ainsi, pendant que Poulette gagne en confiance et en dynamisme, Mémé, elle, maîtrise à merveille l’art de la séduction. Se faisant régulièrement ravaler la façade, elle valorise ses très beaux restes, courtise la jeunesse et renouvelle ses atours.

La « vieille » étant aussi bien née, elle séduit ses visiteurs grâce à ses riches patrimoines royal et maritime, sa forte tradition de design, son charmant lacis de canaux, ses plages, ses bains urbains (dont Copencabana !) et une certaine petite sirène devenue iconique.

En plus, elle est pleine aux as. Le nombre de Copenhaguois gagnant annuellement 84 000 $ ou plus a triplé en une décennie et compte aujourd’hui pour 20 % de ses 562 000 habitants. Par ici les nouveaux quartiers, les chics projets immobiliers et le redéveloppement urbain de grande envergure, telle la métamorphose de Nordhavn, le port du nord, en « ville durable de demain ». Un bémol : « It’s a rich man’s ghetto », déclarait il n’y a pas si longtemps un économiste danois au Copenhagen Post.

Peut-être bien, mais celle qui fut la capitale verte de l’Europe en 2014 et l’épicentre du pays le plus heureux du monde en 2013 est aussi riche en idées. Toutes sortes d’idées, comme celle de devenir la première cité carboneutre du monde d’ici à 2025. Trouvant leur expression au rayon de la mobilité urbaine et de la gastronomie comme du divertissement, ses bonnes initiatives enrichissent par ricochet notre séjour. Coup d’oeil sur un « village » qui en mène large.

À Copenhague, la popularité des modes de transport doux ne date pas d’hier. Il y a 20 ans, la ville se dotait du premier système de vélos en libre-service au monde — en plus, gratis à l’époque ! Quant au fameux tricycle cargo Christiania, né dans la « ville libre » éponyme, il est devenu une véritable success story scandinave.

Il faut dire que la capitale se prête à merveille au cyclisme. Le territoire est plat, les automobilistes sont respectueux des voies cyclables et de leurs usagers, et à certaines intersections des repose-pieds permettent même aux cyclistes de se détendre le mollet, rapportait ICI Radio-Canada l’automne dernier. Dès lors, il ne reste plus aux touristes qu’à enfourcher un bycykel… et pas n’importe lequel.

Bycyklen (une initiative de la Ville financée également par la municipalité de Frederiksberg et la compagnie ferroviaire DSB) déploie toute l’année près de 2000 vélos électriques intelligents en libre-service dans quelque 95 stations. Chacun est doté d’un système de navigation et d’une tablette sur laquelle s’affiche une carte indiquant les points d’intérêt dans les environs de notre position. Qui dit mieux pour explorer une ville en toute autonomie ?

Au fil de l’eau aussi, il y a de l’inédit. À la croisière classique sur les canaux, à faire impérativement au début de toute première visite, s’ajoute l’option GoBoat, soit des petits bateaux à louer sans capitaine. Propulsées à l’énergie solaire et fabriquées avec des matériaux recyclés, ces embarcations pour huit personnes sont surnommées les « bateaux à pique-nique » car, d’ordinaire, ceux qui les louent en profitent pour casser la croûte à bord.

Fin août, le Copenhagen Cooking and Food Festival s’allie d’ailleurs avec la start-up pendant dix jours afin de proposer aux plaisanciers des repas gastronomiques à emporter.

Avec ses 18 étoiles Michelin, Copenhague est assurément la destination par excellence des fans de la nouvelle cuisine nordique. Cela dit, il n’y a pas que Noma, Geranium et Marchal en ville. Même qu’un de vos meilleurs souvenirs de voyage en sol danois pourrait bien être un repas pris dans l’un des restos sans prétention préparant ce plat authentiquement local qu’est le smørrebrød. Accompagné d’un dé d’aquavit, ce « pain beurré » est copieusement garni de toutes sortes de bonnes choses telles que carpaccio de boeuf, agneau, hareng mariné… Mais, encore là, il n’y a pas qu’Ida Davidsen ou Schønnemann qui en servent. Pour une version contemporaine de ce classique, cap sur le Royal Smushi Café.

Jouxtant la boutique de porcelaine Royal Copenhagen, dans Strøget, ce café, qui se répand dans une jolie cour intérieure, élabore des smushi, soit des smørrebrød format sushis. Et nous ne vous en dirons pas plus afin de ne pas gâcher votre surprise.

Événement rassembleur s’il en est, le Copenhagen Cooking and Food Festival mentionné plus haut, crée pour sa part de nombreux happenings gourmands. L’un des plus populaires, le festin de la récolte (Harvest Feast), consiste en une tablée pour quelque 1000 convives, dressée en pleine rue !

La mer en ville

Le Street Food Market de Papiroen, une île située en face de Nyhavn, est une autre initiative qui nous a épatés l’automne dernier. Dans un ancien entrepôt de papier (d’où le nom de ladite île), une quarantaine de camions alimentaires sont installés à demeure et proposent des plats originaires d’autant de pays. Par Thor, on peut donc se régaler de cuisine de rue toute l’année. L’été, on mange sur la terrasse d’un quai donnant sur l’Øresund ; l’hiver, à l’intérieur, auprès d’un feu de foyer. Quelle brillante idée !

Grâce à ce marché, de nouveaux chefs et restaurateurs gagnent en expérience, explique Wonderful Copenhagen, l’agence de promotion de la ville. Des artistes y trouvent un public, des événements culturels s’y déroulant les fins de semaine, et jusqu’aux vaches laitières de race Rouge danoise d’une ferme biodynamique qui en bénéficient, puisqu’une portion de la vente des bouteilles d’eau sur le site contribue à leur sauvegarde.

Enfin, faire trempette dans ce qu’on appelle ici le « port intérieur », en fait, l’Øresund, un détroit à faible courant, est extrêmement populaire, ces Nordiques étant tout aussi, sinon plus assoiffés de soleil et de baignade que nous ! Si ce n’est déjà fait, la Ville de Montréal, qui poursuit ses études de faisabilité d’un bain portuaire dans le Vieux-Port pour son 375e anniversaire, pourrait bien s’inspirer de l’expérience copenhaguoise (ou encore berlinoise et zurichoise).

Ainsi, depuis 2002, trois aménagements de baignade ont été créés le long de l’Øresund. Situé à un jet de pierre du centre-ville, l’Islands Brygge Havnebad est le plus fréquenté, hiver (par ses membres) comme été. Il comprend des bassins de taille et de profondeur différentes, ceux destinés aux adultes consistant en quelque sorte en d’énormes passoires plongées dans la mer. Attenant à un vaste espace vert qui invite au pique-nique et à la bronzette, ce bain est particulièrement agréable les beaux jours. On prévoit aussi lui adjoindre un établissement thermal pour égayer l’hiver, une sorte de Bota Bota. Non, on n’en remontrera peut-être pas à Mémé, mais Poulette aussi est allumée !

En vrac

À se procurer. Un grand week-end à Copenhague (Hachette), un guide concis, précis et de facture aussi sexy que la ville qu’il décrit.

 

À envisager. Rent a Room Copenhagen. Compte tenu de la cherté du coût de la vie, cet hébergement représente (et nous l’avons testé deux fois) toute une aubaine.

 

À savoir. Au Danemark, la taxe sur les biens et services s’élève à 25 %. Ça vaut pour le lait, le champagne, la course en taxi comme le coiffeur. Il faut bien financer les idées progressistes du Nord !

 

À acheter sur place. La Copenhagen Card qui donne accès à 74 musées et attraits (y compris les jardins de Tivoli [tivoli.dk] et le fabuleux musée d’art moderne Louisiana, à Humlebaek), ainsi qu’à tous les transports en commun, Water Bus compris. On ne saurait s’en passer pour soulager quelque peu son porte-monnaie.

 

À essayer. Le système Bycyklen. Le tarif horaire équivalant au coût de 24 heures de notre Bixi (5 $), ce n’est pas donné, quoiqu’en une heure on puisse faire un bon tour de ville.

 

À noter. Le Copenhagen Cooking and Food Festival aura lieu du 19 au 28 août prochain. Son thème : nouvelles idées, nouveaux concepts qui marqueront la culture culinaire de la ville et, pourquoi pas, du monde. Quelque 150 événements sont prévus (démonstrations culinaires, dîners thématiques, dîners dans les rues, etc.). Certains sont gratuits, d’autres vont chercher dans les 1500 couronnes danoises (310 $). L’Øksnehallen, un ancien marché aux bestiaux du Meatpacking District, en sera le quartier général.

 

À tenter. La baignade dans l’un des bains de l’Øresund, du 1er juin au 31 août. La température de l’eau (entre 15° C et 24 °C) est sans doute plus inquiétante que sa qualité, régulièrement évaluée. Et c’est gratuit.

 

Se renseignervisitcopenhagen.com, copenhagenstreetfood.dk, goboat.dk, royalsmushicafe.dk.