Latine et romantique San Antonio

La mission San José est la plus grande et la mieux restaurée des missions espagnoles de San Antonio. Des messes sont encore célébrées dans sa chapelle. Ces missions forment l’ensemble colonial espagnol le plus important des États-Unis.
Photo: Benoit Legault La mission San José est la plus grande et la mieux restaurée des missions espagnoles de San Antonio. Des messes sont encore célébrées dans sa chapelle. Ces missions forment l’ensemble colonial espagnol le plus important des États-Unis.

San Antonio. C’est le Texas historique à trois heures de route du Mexique. Une ville de deux millions d’habitants où les Latinos forment la majorité, avec leur culture colorée. C’est le site de la River Walk, un des lieux les plus romantiques en Amérique du Nord.

Une des destinations favorites des Américains (un emploi sur huit est lié au tourisme), San Antonio n’a pas de plages. C’est donc une ville du Sud qui attire peu les Québécois, malgré ses 300 journées ensoleillées par année.

Le Texas projette aussi, chez nous, une image très carrée avec ses deux plus grandes villes, Dallas et Houston. La capitale Austin et la latine San Antonio présentent un autre Texas, plus libéral et plus sensuel.

Plus de la moitié de la population de San Antonio est originaire du Mexique voisin. Les autres proviennent surtout de l’Allemagne, de la Scandinavie et de l’Europe de l’Est (il y a ici peu de Noirs et d’Asiatiques). Le contraste est puissant entre les deux groupes dominants et l’harmonie actuelle est le résultat de siècles de métissage culturel et de compromis mutuels.

« Nous sommes un musée du XXIe siècle. Notre but est de mettre en lumière les réalisations interculturelles et non d’afficher les spécificités nationales », précise un commentaire de l’Institute of Texan Cultures.

Ce musée de l’Université du Texas a pour mission de montrer comment le caractère texan a été formé par 26 cultures nationales, incluant celle de la France, venue ici tenter d’étendre et de consolider les frontières de son empire nord-américain. Puis les pionniers français ont été repoussés par l’armée espagnole.

Plus tard, ce sont les États-Unis qui voudront étirer leur territoire aux dépens de celui conquis par le Mexique. David Crockett et sa bande d’« Anglos » du Nord seront tués ici en 1863 par l’armée mexicaine, lors de la célébrissime bataille de l’Alamo. La visite ne manque pas de catalyser les émotions.

Cette mission espagnole, désignée par l’UNESCO patrimoine culturel de l’humanité l’été dernier, est dans le centre historique de San Antonio, elle-même une des plus vieilles villes du continent. Le South Texas où est située la ville a connu des siècles d’occupation espagnole et mexicaine.

Les autochtones, et ensuite les hispanophones de cette région n’établissaient pas le Rio Grande comme une frontière.

Le South Texas actuel faisait partie intégrante du territoire au sud du Rio Grande, qui est aujourd’hui mexicain.

Plus « mex » que « tex »

Ce territoire reste mexicain de plusieurs manières. La nourriture et la culture tex-mex sont ici nettement plus « mex » que « tex ».

À San Antonio, on récolte le meilleur des deux mondes : la chaleur et la couleur des hispanophones, encadrées par l’efficacité et l’organisation des Américains.

À une époque où voyager au Mexique hors des secteurs touristiques suscite les craintes, visiter San Antonio permet d’aller à la rencontre du Mexique dans une ville sécuritaire.

Il existe ici au moins trois Mexique. Celui du secteur historique et touristique, fait de mariachis et de nourriture bon marché assez bien faite ; celui des musées et des restaurants haut de gamme qui montrent des visages très développés du Mexique ; et celui de quartiers latinos populaires où beaucoup de gens ne parlent pas anglais, même des serveurs de restaurants !

 

Attractions fortes

Les choses à faire et à voir sont variées à San Antonio. Une famille ou un couple peut se forger un programme très intéressant de trois ou quatre jours, composé de lieux historiques, de parcs thématiques, de quartiers exotiques et de musées fantastiques. Il y aussi une cinquantaine de golfs dans un rayon d’une heure de route de la ville et des possibilités presque illimités de magasiner, notamment dans le plus grand marché mexicain hors du Mexique.

La plus belle découverte demeure toutefois la River Walk. À la fin des années 1930, des visionnaires ont planifié l’aménagement de la petite rivière San Antonio au coeur du centre-ville historique. Graduellement, la jolie promenade a attiré des restos-terrasses, des boutiques, des hôtels et toutes sortes d’animations festives.

Aujourd’hui, la River Walk est un des meilleurs exemples au monde de renouvellement urbain. L’endroit est si bien conçu qu’on a souvent l’impression d’être dans une Europe de rêve. La River Walk reçoit parfois trop de touristes pour son bien, surtout par de belles soirées de week-end, mais c’est un lieu magique qu’on n’oublie pas de sitôt.

Transport urbain

L’aménagement de la rivière s’est poursuivi récemment hors du centre-ville et les berges de la rivière San Antonio servent maintenant aux cyclistes, un peu comme le canal de Lachine à Montréal. San Antonio possède aussi un bon système de vélos en libre-service (le B-cycle), semblable au Bixi, de même que des trolleys touristiques.

Le réseau de transport collectif n’est pas très développé, mais les circuits d’autobus sont fiables. Quant aux taxis, ils sont nombreux au centre-ville. Il y a un grand choix d’hôtels de toutes les catégories au centre-ville — une vingtaine de minutes de marche permet de rejoindre pratiquement tous les attraits clés de la cité.

Colonisation espagnole

On dit souvent ici que San Antonio forme aujourd’hui la pointe nord du Mexique. La ville était en tout cas la pointe nord de la colonisation espagnole au XVIIIe siècle. La visite des cinq missions catholiques (ensembles fortifiés servant à rassembler, protéger et évangéliser les Amérindiens) représente des moments forts.

La colonisation espagnole était très différente des colonisations française et anglaise. Les premiers Espagnols ont apporté une forme de brutalité sommaire qui subsiste un peu partout en Amérique latine.

Gastronomie latine

À San Antonio, on peut faire une tournée gastronomique de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Au Nao, un gastrobar latin, on peut déguster un plat comprenant des ceviches du Mexique, d’Équateur et du Pérou. Le Nao est le restaurant du Culinary Institute of Arts, l’école culinaire nationale des États-Unis (on peut y prendre des cours).

L’institut possède une école spécialisée dans la nourriture panaméricaine ; une gastronomie qu’on dit aussi variée que celle de la Chine. En prime, il faut essayer les nombreux coquetels à base de tequila, une spécialité de San Antonio.

Le Nao et son institut culinaire sont situés à deux kilomètres du centre-ville, au coeur du Pearl Brewery Complex. Cette brasserie majeure avait fermé ses portes dans les années 1990. Depuis 15 ans, de jeunes entrepreneurs transforment ce périmètre industriel en une grande success story du renouvellement urbain. À New York ou San Francisco, pareil endroit serait un repaire de hipsters, mais ici, on voit toutes sortes de personnes, des vieilles dames endimanchées aux familles débridées. L’ambiance générale demeure très branchée.

Au bord de la rivière San Antonio, on trouve 13 boutiques originales, 14 restaurants exceptionnels et un grand hôtel, Emma, qui mérite une visite même si on n’y séjourne pas. L’immense et sympathique restaurant Southerleigh permet de goûter aux poissons frais du golfe du Mexique, accompagnés de plus de 20 bières brassées sur place. À essayer, des grits crémeux au lieu des pommes de terre.

En vrac

Musées d’art. Un accent étonnant est mis sur l’art public et l’art contemporain à San Antonio. La recherche ambiante d’esthétisme est évidente. Plusieurs musées surprennent par leur taille et la qualité de leurs collections. Le San Antonio Museum of Art est certes spécialisé dans l’art latino-américain et texan, mais les collections antiques sont si vastes et originales qu’il faut prévoir pas mal de temps pour ne pas partir frustré.

 

Par ailleurs, le Briscoe Western Art Museum a pour mission de raconter l’histoire de l’Ouest américain par l’entremise d’objets d’art. Plusieurs mythes sont déboulonnés dans cet effort de rattacher l’art de l’Ouest à sa réalité.

 

Mokara Hotel Spa. Parfaitement situé devant la River Walk, ce petit hôtel 5-étoiles est à la fois historique et moderne. Le service est d’une gentillesse inouïe. La piscine sur le toit est un havre de paix, ce qui est rare aujourd’hui aux États-Unis, même dans les palaces.

 

Quant au spa, ce n’est pas le plus grand ni le plus beau, mais la qualité des soins y est indéniable. Le massage signature s’avère un parfait compromis entre un massage thérapeutique et un massage relaxant. Il y a beaucoup de bons hôtels 3-étoiles en marge du centre-ville, mais si on peut se payer le Mokara, il n’y a aucune hésitation à avoir.

 

Boudro’s. Proche de l’hôtel Mokara, ce bistro aux plats surtout latinos propose de l’excellente nourriture dans une des plus jolies portions du Paseo del Rio (la River Walk). Les prix sont doux et le service, très gentil. Le Boudro en question est d’origine cadienne ; la Louisiane n’est qu’à quelques heures de route…

 

Mi Tierra. Dans El Mercado, Mi Tierra est un restaurant de 500 places ouvert 24 heures sur 24, référence de la cuisine tex-mex. L’endroit est une fourmilière joyeuse à l’heure des repas.

 

Taqueria Guadalajara. Entre le centre-ville et la mission San José, le boulevard Roosevelt traverse des quartiers hispaniques défavorisés. On y trouve plusieurs restaurants délicieux, sympathiques et pas chers du tout. Je suis tombé par hasard sur le Taqueria Guadalajara, où je me suis délecté et rassasié pour moins de 10 $, incluant un Coke mexicain (fait avec du sucre de canne, sans fructose).

 

Les États-Unis sont une destination dispendieuse pour les Canadiens en ce moment, mais San Antonio est une des moins chères, et plusieurs de ses attraits sont gratuits (les missions, notamment).

 

Il n’y a pas de vols directs depuis Montréal. Delta Airlines (partenaire d’Air France dans Skyteam) propose toutefois plusieurs vols en passant par Detroit et Atlanta. La qualité de leurs prestations m’a impressionné en comparaison des autres lignes aériennes états-uniennes.