L’indomptable Gaspésienne

Claudine Roy a un tel amour de son pays qu’on ne peut pas y résister, ses yeux brillent lorsqu’il s’agit de faire connaître les sommets des Chic-Chocs, les baies rocailleuses du parc Forillon, la gastronomie gaspésienne, du crabe au chocolat fait sur place, à qui veut bien rester un peu.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Claudine Roy a un tel amour de son pays qu’on ne peut pas y résister, ses yeux brillent lorsqu’il s’agit de faire connaître les sommets des Chic-Chocs, les baies rocailleuses du parc Forillon, la gastronomie gaspésienne, du crabe au chocolat fait sur place, à qui veut bien rester un peu.

René Lévesque disait que le Québec est une main et que la Gaspésie en est le pouce. Alors, Claudine Roy en est une indispensable phalange. Véritable boule d’énergie, intarissable sur sa Gaspésie natale qu’elle anime depuis des années, cette femme aux yeux bleus perçants semble être née pour incarner C’est ici que je veux vivre, de Luc Plamondon, chantée par Monique Leyrac.

Bien sûr, elle est à l’origine de la fameuse Traversée de la Gaspésie (TDLG), qui célébrera ses 15 ans l’an prochain, et de sa petite soeur la Traversée de la Gaspésie en bottines. Bien sûr, elle a ouvert le bistrot Brisebise, qui est depuis près de 30 ans au coeur de la vie culturelle de Gaspé. Elle a aussi racheté une église unie vouée à la démolition pour en faire un centre culturel. Bien sûr, elle a défendu, en vain, sa région contre la fermeture de la station de Radio-Canada à Matane.

Mais elle a surtout un tel amour de son pays qu’on ne peut pas y résister, ses yeux brillent lorsqu’il s’agit de faire connaître les sommets des Chic-Chocs, les baies rocailleuses du parc Forillon, la gastronomie gaspésienne, du crabe au chocolat fait sur place, à qui veut bien rester un peu pour goûter son pays.

« C’est ici que j’ai envie / De jouer mon avenir / Sur quelques arpents de neige / Qu’il me faut toujours reconquérir / Pour donner un sens à ma vie », dit la chanson.

Ici, c’est donc la Gaspésie où elle est née, à Pointe-à-la-Frégate, tout près de Petite-Vallée, d’un père bûcheron et d’une mère au foyer de sept enfants. Petite, elle jouait sur les « crans », comme on appelle les rochers là-bas, au bord de la mer.

Nous étions « très, très pauvres, dit-elle, mais d’une richesse d’amour incommensurable ». De son grand-père pêcheur, qui ne savait ni lire ni écrire, elle a appris que la mer « allonge le regard, élargit l’oeil et agrandit le dedans. C’est avec cette richesse que je suis partie dès ma jeune enfance », dit-elle, se souvenant d’avoir « gigué » la morue avec ce grand-père chéri.

La petite Claudine avait aussi le sens des affaires. Toute jeune, elle vendait des bouteilles et donnait des bains de pied d’eau de mer aux Américaines qui passaient dans son patelin.

Mais, par-dessus tout, elle aimait le grand air et aimait bouger. Après avoir interrompu ses études pendant quelque temps pour s’occuper de sa famille, elle poursuit des études en éducation physique à Gaspé, puis à Ottawa. Elle se souvient entre autres d’un professeur qui lui avait demandé si elle était venue dans la capitale nationale en canot !

Après avoir enseigné à Hull, elle revient en Gaspésie, ce pays qu’elle aime et qu’elle entend servir de tous ses feux. D’abord comme professeure, puis comme directrice des loisirs, puis comme présidente du mouvement Kino-Québec pour la Gaspésie et les îles de la Madeleine. Elle y a été tellement active qu’on l’appelle encore « miss Kino » dans la région.

René Lévesque disait aussi qu’il est plus facile d’amener la morue à Montréal que de faire venir des fonctionnaires en Gaspésie. Claudine Roy, quant à elle, obtient du ministre Guy Chevrette qu’il tienne le colloque des représentants régionaux de Kino-Québec à Gaspé.

D’animatrice sportive, elle devient animatrice culturelle, entre autres par le biais de son bistrot Brisebise. Elle y accueille Richard Desjardins avant qu’il ne soit célèbre, et participe même au financement de la réalisation de l’album Tu m’aimes-tu ? en vendant des cassettes de démos de Desjardins aux tables de son restaurant. « Ce sont les régions qui font que les gens découvrent les artistes, parce qu’on les invite et qu’on les fait chanter. Après, ce sont les grandes villes qui les font connaître », dit Claudine Roy.

Plus tard, à l’occasion du 475e anniversaire de l’arrivée de Jacques-Cartier, elle attirera aussi Guy Laliberté, qui y célébrera le 25e anniversaire du Cirque du Soleil. Le premier spectacle du cirque s’est d’ailleurs donné à Gaspé, le 16 juin 1984. Après la fermeture de la station de Radio-Canada à Matane, elle exige que l’animatrice Christiane Charette vienne enregistrer une émission en direct du Brisebise, à Gaspé.

Avec sa grande traversée, elle a aussi attiré en Gaspésie l’astronaute Julie Payette, une pléiade d’artistes, mais surtout des amoureux de plein air qui traversent la Gaspésie en ski, en raquettes, en bottines. Elle les fait marcher, glisser, mais elle les invite surtout à regarder. Regarder la mer, les montagnes, regarder sa Gaspésie chérie. Et y revenir le plus souvent possible.

« Claudine Roy m’a fait redécouvrir la Gaspésie », dit l’accordéoniste et chanteuse Lou Babin, qui, depuis 12 ans, accompagne les skieurs et les raquetteurs de la TDLG en jouant dans les refuges avec son conjoint, Luc Proulx. Lou Babin, qui est originaire de Saint-Siméon-de-Bonaventure, a quitté la Gaspésie au début de l’âge adulte. « Elle m’a fait jouer jusque dans les camps éloignés, à l’intérieur des terres. »