San Diego, les couleurs d’un comté

Si les guides touristiques ont un petit penchant pour les plages de Coronado, Mission Beach et Pacific Beach, nous avons eu un coup de cœur pour celle de Del Mar, bordée de falaises.
Photo: Hélène Clément Si les guides touristiques ont un petit penchant pour les plages de Coronado, Mission Beach et Pacific Beach, nous avons eu un coup de cœur pour celle de Del Mar, bordée de falaises.
Au-delà de la coquetterie de son centre-ville et de ses innombrables attractions touristiques, San Diego est un mode de vie. Entre salade d’épinards, tacos au poisson, frappé au chou frisé, kombucha betterave-carotte, cornet de glace vanille et charbon activé, séances de surf et de yoga aérien, jogging sur la plage, la visite de quelques grands classiques d’un comté coloré.


Nous remettions toujours à demain l’invitation des cousins américains à prendre des vacances chez eux, à San Diego. Ils en brossaient pourtant un sublime portrait : « Belle architecture, belle température, bonne bouffe, bonne bière, belles plages, belles randonnées, beaux panoramas. Berceau de la Californie, ville militaire, ville d’histoire… »

Puis, il y avait le zoo, l’immense parc Balboa et sa quinzaine de musées, le porte-avions USS Midway qui laisse sans mot, le cimetière national de Fort Rosecrans, à Pointe Loma, l’Old Town, le quartier Gaslamp, le port, les villages rétros sur le Pacifique… La liste était longue.

Le grand dilemme. Les Antilles ou le sud de la Californie ? Vacance indolente ou dynamique ? Cocotiers, mer turquoise, odeurs d’épices et rhum de la Caraïbe ? Ou bien houles glacées du Pacifique à faire damner les surfeurs et couchers de soleil où l’orangé intense sur les falaises parsemées de cactus et de pins Torrey reste imprégné dans le cerveau des mois durant ?

Finalement conquis par le tableau de nos cousins, nous optons pour San Diego. Plus précisément Del Mar, à 20 minutes du centre-ville. Car il y a San Diego la ville, et San Diego le comté avec ses 18 banlieues, dont Del Mar. Un comté qui s’enorgueillit d’une vie saine.

À juste titre quand on vit dans un jardin potager, aux confins des déserts, à la base des montagnes, les pieds dans le Pacifique. Et que l’on jouit d’un climat exceptionnel où tout peut pousser : amandes, dattes, pistaches, olives, pêches, brocolis, avocats, choux-fleurs, citrons, kakis… Que vient toutefois grisailler le problème de sécheresse et d’approvisionnement en eau dans la région.

Il faut savoir que San Diego importe 80 % de son eau de zones situées à l’extérieur du comté. Mais la ville étant en bout de ligne du pipeline, tout au sud de la Californie — et aux confins de déserts qui grignotent les terrains —, le risque de manquer du précieux liquide inquiète.

Par bonheur, en plus d’être actif et hédoniste, on est curieux et inventif dans la région. Après quelques années à imaginer comment relier San Diego à l’océan Pacifique par un système de tuyaux — équipés de membranes qui transformeront quelque 200 millions de litres d’eau salée par jour —, une usine de dessalement par osmose inversée verra le jour prochainement à Carlsbad.

Un projet qui ne fait pas l’unanimité et qui anime les discussions de salon : « N’y a-t-il pas de solutions plus écolos ? Moins coûteuses ? Pourquoi ne pas planter des cactus plutôt que du gazon devant la maison ? Ou encore réduire les usages agricoles les plus gaspilleurs d’eau. La culture d’amandes à la tonne, par exemple» De quoi s’étouffer en buvant son verre de lait d’amande !

Quoi qu’il en soit, San Diego exhale la santé. La ville semble avoir été créée pour les amateurs de plein air et de saine alimentation. Avec plus de 6000 fermiers dans le comté qui exploitent des parcelles de terre de 3,5 hectares, il est plus que recommandé de consommer local. Et ça tombe bien car il y a des petits marchés tous les jours de la semaine dans chaque quartier.

Des marchés pour la plupart certifiés California Farmers’ Market. Comme le Rancho Santa Fe Farmers’ Market, qui se tient tous les dimanches à Del Mar. Ce label de qualité, accordé par le gouvernement, prouve que les fermiers ne vendent que les produits qu’ils cultivent sur leur terre. Pas d’emballage, pas de vente en gros ni d’envoi. Et l’oeuf arrive directement de la poule.

Une banlieue cossue

Del Mar est une banlieue cossue située au bord de la mer. On y habite en toute quiétude à l’abri des foules du centre-ville de San Diego, à 20 minutes au nord de La Jolla. Del Mar est aussi un des lieux de surf mentionnés par les Beach Boys dans la chanson Surfin’ USA. Il suffit d’ailleurs d’écouter ce succès des années 60 pour se mettre à rêver de voyage en Californie.

Le surf fait vraiment partie du mode de vie ici. On le pratique au lever et au coucher du soleil, entre deux rencontres d’affaires, entre des cours à l’université ou des recherches sur le cancer.

Si les fameux surfeurs blonds au corps sculptural — les clichés ont la vie dure — fréquentent avant tout les plages Mission Beach et de Pacific Beach, les chercheurs de l’Institut Salk et les étudiants de l’Université de San Diego chevauchent plutôt les vagues de Del Mar et de La Jolla.

« Joyau » en français. La Jolla en espagnol. La petite ville huppée construite en 1940 pour accueillir les militaires, nombreux dans la région, abrite non seulement un joli théâtre fondé en 1947 par Gregory Peck, Dorothy McGuire et Mel Ferrer, un musée d’art contemporain dont la structure reflète le style des missions, des églises, des cafés et des restos… mais aussi la University of California à San Diego, le Birch Aquarium at Scripps et le Salk Institute for Biological Study.

À l’origine de la genèse de cet institut de recherche : l’inventeur du premier vaccin contre la poliomyélite, Jonas Salk. Persuadé que l’environnement d’une bâtisse influe sur l’esprit après avoir visité l’abbaye Saint-François-d’Assise, en Italie — et eu le flash pour achever sa recherche sur la polio, le scientifique s’associe à l’architecte Louis Khan pour créer, sur une falaise face au Pacifique, ce cloître moderne de la science capable de stimuler la verve des chercheurs.

« On n’y rencontre pas de moines, mais des chercheurs venus du monde entier, souligne le guide. Tous ceux qui travaillent ici considèrent l’endroit comme spécial. C’est l’un des premiers bâtiments construits pour fournir aux scientifiques non seulement un lieu de travail, mais aussi un supplément d’âme. On y étudie aussi bien l’organisation du cerveau et le contrôle des gènes que les molécules à la base de maladies telles que le cancer, le diabète et le de Parkinson. »

Autre exemple d’architecture pharaonique : la Geisel Library, qui relève de l’Université de Californie à San Diego. Le bâtiment en béton et en verre, conçu par l’architecte William Pereira, représente de façon abstraite des mains solides et fortes qui soulèvent une masse de savoir.

La Réserve d’État des pins de Torrey, à quelques mètres de là, invite sans frais les promeneurs à parcourir les 13 kilomètres de sentiers qui sillonnent, face au Pacifique, la falaise parsemée de cactus et de très beaux pins de Torrey, espèce endémique du comté de San Diego.

Le spectacle du soleil

Bon, il y a du pain sur la planche ! Mais comment procéder pour ne rien manquer ? Le comté est vaste et les attraits touristiques, nombreux. Mieux vaut planifier ses journées. Sans oublier de mettre à l’ordre du jour les couchers du soleil sur le Pacifique, un spectacle en soi.

San Diego compte près de 30 plages. Si les guides touristiques ont un petit penchant pour celles de Coronado, Mission Beach et Pacific Beach, nous avons eu un sacré coup de coeur pour la longue plage de Del Mar, bordée de falaises d’un orangé intense au coucher du soleil.

Par où commencer ? Tiens, pourquoi pas par la visite du porte-avions USS Midway. Un incontournable, tout comme le parc Bilboa, le jardin zoologique et l’Old Town de San Diego.

Et pour le coucher de soleil aujourd’hui ! Au sommet des falaises, à Point Loma. Peut-être pour y voir des baleines, mais sûrement pour tirer le portrait de la statue de quatre mètres de Juan Rodriguez Cabrillo. C’est là, tout au bout de cette péninsule — qui offre une vue d’enfer à 360 degréssur San Diego — que l’explorateur espagnol a découvert la côte ouest des États-Unis.

À Point Loma, de part et d’autre de la route qui domine la baie de San Diego, des milliers de pierres blanches, dont l’ensemble représente des lignes dignes d’une oeuvre d’art abstrait, attirent l’attention.

C’est le cimetière Fort Rosecrans. Ici reposent plus de 49 000 militaires américains.

En vrac

S’y rendre. Air Canada Rouge assure quotidiennement une liaison directe vers San Diego, au départ de Toronto.

 

Manger. On a l’embarras du choix, mais voici quelques suggestions… Anthony’s Fishette pour sa variété de fruits de mer et le plaisir de s’installer à la terrasse pour observer passants, bateaux, mouettes et phoques.

 

Pour le petit-déjeuner et le lunch, Mission Coffee Shop à La Jolla. Sa clientèle est surtout composée de surfeurs à qui l’on propose un menu fait sur mesure pour les combler d’énergie. 858 551-8514.

 

The Marine Room à La Jolla. Excellent restaurant (un peu cher aussi) orchestré par les chefs Bernard Guillas et Ron Oliver. La proximité de la mer donne l’impression de manger dans un aquarium. Les jours de tempête, le spectacle doit être incroyable.

 

Déguster. Une glace vanille et charbon activé pour renforcer le système immunitaire, à la Gelateria Frizzante, 1025 Prospect Street à La Jolla.

 

Un Napoléon au fruit de la passion, citron et chocolat blanc surmonté de crème chantilly chez Extraordinary Desserts, dans le centre de San Diego.

 

À voir. Les virtuoses du surf — des locaux surtout — chevauchant les rouleaux glacés du Pacifique, à Windansea et Bird Rock, à La Jolla. La Jolla Cove, populaire pour la baignade et la plongée en apnée. Phoques, lions de mer et pélicans y ont élu domicile. Le quartier de Gaslamp — baptisé ainsi en raison des réverbères qui bordent les rues. C’est l’endroit le plus animé du centre-ville de San Diego. Les villages rétros de Carlsbad, Mission Beach et Pacific Beach, le long du Pacifique. Chacun a sa longue jetée en bois qui avance dans la mer au-dessus de vagues à donner des frissons. On y trouve une panoplie de magasins de surf et un retour aux années 60.

 

À expérimenter. Une séance de yoga aérien sur le toit d’un bâtiment de La Jolla, face au Pacifique. Ça remet le facteur sur le vélo, Trilogy Sanctuary.

 

Consulter. Pour l’horaire des marchés locaux du comté : le magazine en ligne Edible San Diego. Pour des informations touristiques : sandiego.org/plan-your-trip/visitor-information.aspx.

 

Préparer son voyage. Se procurer Escale à San Diego aux éditions Ulysse.