Dans un arbre perché

Les maisonnettes du parc Eco nous ramènent à l’époque de Séraphin, car on y séjourne sans eau courante ni électricité.
Photo: Refuges perchés Les maisonnettes du parc Eco nous ramènent à l’époque de Séraphin, car on y séjourne sans eau courante ni électricité.
Ce texte s’inscrit dans la série « Un hiver avec Félix Leclerc » qui, jusqu’au 21 mars prochain, explore des mutations, des perspectives, des enjeux sociaux, politiques ou culturels du Québec contemporain tout en faisant un clin d’oeil à l’artiste. Aujourd’hui, l’intérêt grandissant des touristes pour l’hébergement alternatif, sur l’air du Train du Nord.

 

Nous en parlions avec grand enthousiasme depuis des semaines. À croire que nous partions pour les Himalayas ! Les deux ados comptaient presque les dodos jusqu’au départ. Nous, les quatre adultes, étions réunis pour discuter de ce que chacun allait apporter, ou plutôt ne pas apporter ce week-end-là. Parce qu’une escapade de camping dans l’Nord en janvier, ça se prépare à la façon « moins, c’est mieux ».

 

Destination : le parc Eco des Laurentides, à hauteur de Saint-Faustin, et ses dix refuges perchés dans les arbres, en réalité de superbes maisonnettes de bois construites par Vivre perché et réparties de part et d’autre d’un sentier.

Chacune est différente. Celle-ci est juchée pratiquement en équilibre sur un énorme rocher. Celle-là enserre quasiment un arbre. Cette autre offre une vue panoramique sur le lac du Cordon. Toutes jouissent de la quiétude de la forêt.

Elles nous ramènent aussi à l’époque de Séraphin, car on y séjourne sans eau courante ni électricité.

Depuis le pavillon d’accueil, où l’on s’approvisionne, on transporte des bidons d’eau potable et du bois pour le poêle, en plus, luxe suprême, de gaz propane pour les deux ronds de l’autre poêle et d’un bloc-pile pour alimenter l’unique ampoule de la maison.

Il faut aussi des denrées alimentaires qui se conserveront bien dans la glacière, des lampes de poche, des sacs de couchage, du savon biodégradable, quelques vêtements de rechange, des raquettes, puis un jeu d’échecs, alouette !

Le tout à trimballer également sur quelques centaines de mètres dans un toboggan. Mais, pour passer du bon temps au refuge, il faut surtout que le mode de vie qu’il implique — notamment se geler le sushi la nuit dans l’une des bécosses jalonnant le sentier — soit davantage synonyme d’aventure ou d’« expérience » rustique que d’inconfort.

Dis-moi où tu dors…

Au fil du temps et des modes, tout un éventail de types d’hébergement s’est greffé aux traditionnels hôtels de gare et aux auberges de village de jadis.

Dans sa Chronique de l’hospitalité hôtelière du Québec de 1940 à 1980, Henri-Paul Garceau rappelle l’importance qu’ont eue la croissance fulgurante de l’industrie automobile, l’amélioration du réseau routier et la construction de voies rapides dans le développement du tourisme.

Reliant Montréal à Mont-Laurier via Saint-Jérôme, le Train du Nord du curé Labelle, chanté par Félix Leclerc, a contribué, lui, à l’essor touristique des Laurentides.

Entre 1920 et 1960, il acheminera plusieurs dizaines de milliers de skieurs dans la région, qui lui préféreront par la suite la voiture.

Aujourd’hui, tous les chemins mènent au chalet dans les arbres, à l’hôtel de glace, à la bure fidjienne, au B B charlevoisien, à l’hôtel-capsule nippon, au penthouse d’Airbnb, à la roulotte tzigane, au pénichôtel, à la yourte mongole, de même qu’au riad marocain, au haveli indien, au hanok coréen, et quoi encore, reconvertis en hôtels de « chaaarme ».

Sans parler des services CouchSurfing et Gamping (garden camping) qui nous proposent de squatter le sofa ou l’arrière-cour de parfaits inconnus !

Personnalisation extrême

À l’origine pratiqué par les pèlerins, puis par les jeunes et nobles Anglais du XVIIIe siècle dans le but de parfaire leur éducation — le fameux Grand Tour d’Europe —, le tourisme s’est mué en marchandise. Mais le touriste avisé n’est pas dupe : la tendance du « voyager autrement » en témoigne.

La personnalisation extrême des prestations, dont découle une offre d’hébergement plus diverse que jamais, dit le ras-le-bol du voyageur qui cherche à sauter hors du train du tourisme de masse.

Pis c’est pas moi qui va l’blâmer, non, non, non ! Nous en parlions donc depuis des semaines, de ces cabanes à la Crusoé. Puis est arrivé ledit week-end.

Nous avons pris possession de « notre » maison, mis le feu au poêle, vécu à la lueur de bougies, ri, chanté, exploré des sentiers, lancé des balles de neige, mangé de la fondue au chocolat…

Transbahuté des seaux d’eaux grises ? Oh, oui, ça aussi, mais c’est un bien petit effort à fournir pour qui veut sortir des ornières de sa vie.

Le train du Nord

Paroles et musique : Félix Leclerc

Dans l’train pour Sainte-Adèle
Y avait un homme qui voulait débarquer
Mais allez donc débarquer
Quand l’train file cinquante milles à l’heure
Et qu’en plus vous êtes conducteur !

Oh ! dans l’train pour Sainte-Adèle
Y avait rien qu’un passager
C’était encore le conducteur
Imaginez pour voyager
Si c’est pas la vraie p’tite douleur

Oh ! le train du Nord !
Tchou, tchou, tchou, tchou,
Le train du Nord
Au bord d’un lac, des p’tites maisons
Ça vire en rond…
Le train du Nord
C’est comme la mort
Quand y a personne à bord

Oh ! le train pour Sainte-Adèle !
En montant la côte infidèle
Le conducteur et puis l’chauffeur
S’sont décidés à débarquer
Et l’train tout seul a continué

Oh ! Le train pour Sainte-Adèle
Est rendu dans l’bout d’Mont-Laurier
Personne n’a pu l’arrêter
Paraîtrait qu’on l’a vu filer
Dans l’firmament la nuit passée

Oh ! le train du Nord
Tchou, tchou, tchou, tchou,
Le train du Nord
A perdu l’Nord
Rendu d’l’aut’bord
Le train du Nord
A perdu l’Nord
Pis c’est pas moi qui va l’blâmer
Non, non, non !

Écouter la pièce (1950)