La belle folie de La Nouvelle-Orléans

Le beau parc Louis Armstrong est sur le site d’un ancien lieu de rassemblement des esclaves. Ici, les chants de joie et de désespoir sont souvent liés.
Photo: Benoît Legault Le beau parc Louis Armstrong est sur le site d’un ancien lieu de rassemblement des esclaves. Ici, les chants de joie et de désespoir sont souvent liés.

Ville noire, française, caraïbe, espagnole, romantique, créole, savoureuse, La Nouvelle-Orléans est enrobée par les États-Unis mais elle semble n’en faire partie que parallèlement.

La folie sympathique de cette ville est étrangère à son propre État, la Louisiane étant conservatrice et plutôt à droite du spectre politique. Les Américains encadrent bien la nature fabuleuse d’Hawaï et les vices de Las Vegas ; ils encadrent aussi habilement la culture plurielle de La Nouvelle-Orléans — on s’y sent en sécurité malgré la fête continuelle et ses tensions potentielles.

Certes, Bourbon Street, la canaille, est conspuée par les bien-pensants, mais adorée par plein de gens autour de 25 ans, son public cible. Les autres vont plutôt sur Frenchmen Street où l’on peut entendre de petits ensembles de jazz, de funk, de blues, de midi à minuit, et plus. On passe d’un club à l’autre sans tarif d’entrée, en sirotant des bières à moins de 5 $. L’aubaine, quoi.

Les gastronomies phares de la Big Easy ne coûtent pas cher non plus : soul food, cuisine créole et cadienne (plutôt que « cajun », un anglicisme selon les Louisianais francophones). Tout est en dollars américains, certes, mais aussi en portions américaines qui se partagent bien…

Les gens à la bourse et à l’estomac solides sont ici dans un paradis gastronomique qui a peu d’égaux, car elle est ici bien servie notamment par les fruits de mer du golfe du Mexique et le boeuf du Texas limitrophe.

«N’awlins » et les enfants

« N’awlins » est à majorité noire, mais bigarrée. Outre la rue Bourbon, y amener des enfants serait une belle leçon d’exotisme interculturel à leur donner.

La Nouvelle-Orléans comporte d’ailleurs de grandes attractions pour eux : un aquarium majeur, le plus vaste insectarium aux États-Unis et un grand Children’s Museum qui plaît aussi aux ados.

Le Vieux Carré touristique est assez restreint. On y marche sans peine, mais les nids-de-poule et les conducteurs impulsifs rappellent Montréal. Hors du centre, on se déplace en tramways, efficaces malgré leur allure historique. Un passage coûte 1,25 $ et un billet valide pour 24 heures, 3 $. Une autre aubaine incroyable, d’autant qu’on ne s’en lasse pas : c’est comme se déplacer dans un décor de cinéma, surtout le long des grandioses demeures de St Charles Street.

Le tourisme représente 60 % de l’économie de la ville. La Nouvelle-Orléans propose trois piliers attractifs : la musique omniprésente, une gastronomie intéressante et une architecture captivante.

On connaît tous les balcons de fer forgé et ouvragés de La Nouvelle-Orléans. Mais il y a bien plus. La ville a été française, espagnole et américaine, dans un environnement boueux et caraïbe où des fortunes colossales ont été amassées au XIXe siècle : quel terreau fertile pour l’édification de maisons et de manoirs inoubliables !

Les palmiers de La Nouvelle-Orléans ont l’air contre nature dans ce delta boueux. La Louisiane d’origine, c’était le pays des chênes centenaires, des saules pleureurs et d’autres arbres à fortes racines qui se soûlent des eaux du Mississippi et de l’oppressante humidité ambiante. Cette végétation prodigue enjolive la ville et ses grands parcs.

Les City Park, Audubon Park, Riverfront Park et Louis Armstrong Park lancent des invitations gratuites aux promeneurs. Le grand zoo Audubon est payant, mais il fascine avec ses caïmans qui rêvent de manger ces magnifiques oiseaux sud-américains qu’un mince filet protège d’un destin incertain.

Bayous, bateaux à aube, sauces piquantes, culte vaudou, cimetières créoles… On voudra connaître toutes ces curiosités qui font de La Nouvelle-Orléans la reine de l’exotisme états-unien. On voudra aussi voir des choses auxquelles on ne s’attend pas.

Le National World War II Museum est un immense hommage à l’effort de guerre américain. Les passionnés y passent toute une journée tandis que les enfants adorent les avions et autres machines.

Le Southern Food and Beverage Museum décrit avec passion les boissons et aliments étonnants des États du Sud. Voici un cours d’histoire, d’anthropologie, d’arts et de sciences au pays de l’absinthe et du gombo.

On magasine aussi le long de la belle et noble Magazine Street. Et on découvre l’histoire souvent brutale et macabre de la ville au vieux Pharmacy Museum, un des plus intéressants musées du genre au monde.

La Nouvelle-Orléans propose certaines des choses qu’on aime le plus des États-Unis : le jazz, la cuisine du Sud, un afflux d’idées et d’énergies. Une charmante ironie pour une ville qui vit en marge de ce pays.
 

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Le Mardi gras, un moteur économique

Les défilés du Mardi gras avec chars allégoriques commencent aujourd’hui, le 23 janvier, mais les plus grands auront lieu le 9 février, de 8 h à minuit !

Les origines du premier Mardi gras de La Nouvelle-Orléans, en 1857, sont complexes. Comme la plupart des carnavals, les Mardis gras louisianais sont issus de festivités spirituelles et religieuses d’esclaves et d’autres personnes soumises au pouvoir dominant.

Ironiquement, le Mardi gras est aujourd’hui le plus grand moteur économique de La Nouvelle-Orléans (générant une activité économique d’un demi-milliard de dollars) et le porte-étendard de son branding touristique.

On peut visiter à l’année le Mardi Gras World, un lieu de fabrication et d’entreposage d’innombrables personnages et chars pour les défilés. Les dirigeants sont issus d’une famille d’artisans et la qualité des confections est extraordinaire.

La ville est à la fois stimulée et paralysée dans la période du Mardi gras, et les hôtels sont pleins à craquer. Selon les goûts, c’est la meilleure ou la pire période pour visiter La Nouvelle-Orléans.

L’originalité de ce Mardi gras est son aspect interactif. Les acteurs des défilés lancent de petits cadeaux aux spectateurs qui chantent, dansent et participent à la fête.

Voici, par ailleurs, les festivals musicaux appréciés des locaux : le festival du Quartier français (7 au 10 avril) et le Festival de jazz (22 avril au 1er mai).

Le printemps est la plus belle saison pour visiter La Nouvelle-Orléans. L’hiver est frisquet et l’été, étouffant.

En vrac

L’embarras du choix mystifie plus d’un foodie à La Nouvelle-Orléans. (Attention aux mots « andouille », « rémoulade » et « praline », qui n’ont pas le même sens qu’en France.) Voici quelques adresses éprouvées…

Café du monde : improbable temple des beignets frais et du café à la chicorée, ouvert 24 heures sur 24. À voir.

K-Paul’s Louisiana Kitchen : table de référence cadienne, cuisine rustique préparée sans congélateur ni micro-ondes ! Cher le soir, mais les portions sont énormes.

Cochon Butcher : plats régionaux faits d’excellents produits, dans une ambiance à la fois dynamique et détendue.

Lilette : grande table romantique et soignée du réputé chef John Harris, dans un superbe quartier. Juste à côté, la Bouligny Tavern est à la fois classe et sympathique.

The Praline Connection : imbattable cuisine afro-américaine abordable aux accents créoles et cadiens. À deux pas des boîtes de Frenchmen Street.

Court of Two Sisters : brunch copieux en buffet, qui permet d’essayer plusieurs plats créoles et cadiens dans une magnifique cour intérieure, au son d’un orchestre de jazz.

Monteleone Hotel : hôtel historique du Vieux Carré désigné « litterary landmark », car plusieurs grands auteurs y ont séjourné et écrit — Tennessee Williams y a trouvé l’inspiration de son Tramway nommé désir. Belle piscine sur le toit. Scène de jazz échauffée et site du fameux Carousel Bar, un bar tournant qui ne désemplit littéralement jamais.

Tours New Orleans : visites guidées des cimetières et d’autres hauts lieux hantés. On y apprend largement plus qu’en solitaire. D’ailleurs, certains lieux exigent qu’on soit accompagné.

Renseignements : neworleanscvb.com, louisiane-tourisme.fr

Le français

« Les Québécois qui visitent Lafayette et le pays des Cadiens doivent d’abord se brancher à un niveau affectif, sans juger le français parlé en Louisiane », dit Charles Larroque, directeur exécutif de l’Agence des affaires francophones de Louisiane (CODOFIL).

Certains Québécois ne le font pas et ne vivent peut-être pas autant qu’ils le devraient la communication intense et chaleureuse qui va de soi entre les Cadiens et les Acadiens.

« On a besoin de la passion et de l’énergie des Québécois », ajoute-t-il. Il parle en connaissance de cause, lui qui a habité une dizaine d’années à Québec et qui a épousé une Gaspésienne.

Le Louisianais est d’un optimisme inspirant : « L’État de la Louisiane et son réseau d’écoles publiques reconnaissent la valeur du fait français pour l’économie. Depuis 1983, 25 000 jeunes Louisianais sont passés par des écoles d’immersion française, dont 5000 en ce moment. Même après quelques générations assimilées à l’anglais, il est possible de faire reprendre le français. »

Lors de notre passage au Village historique acadien, une jeune employée de la boutique parlait français, mais pas sa collègue plus âgée. Impressionnant, et émouvant.