Le nouveau phare de l’île

« L’exposition permanente de l’ACTe ne se concentre pas que sur l’histoire des Guadeloupéens et des Antillais, mais aborde l’esclavage dans sa globalité, de l’Antiquité à nos jours », explique Thierry L’Étang, anthropologue et chef du projet culturel et scientifique du Mémorial.
Photo: Hélène Clément « L’exposition permanente de l’ACTe ne se concentre pas que sur l’histoire des Guadeloupéens et des Antillais, mais aborde l’esclavage dans sa globalité, de l’Antiquité à nos jours », explique Thierry L’Étang, anthropologue et chef du projet culturel et scientifique du Mémorial.

Édifié au bord de l’eau, sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier où l’on pratiquait encore le travail forcé au XIXe  siècle, ce bâtiment long de 240 mètres est la première chose que les croisiéristes verront en entrant dans la baie de Pointe-à-Pitre. Le Mémorial ACTe, Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage, se veut le plus important complexe au monde consacré au souvenir de la traite négrière et de l’esclavage.

Composé de deux bâtiments formant un gigantesque serpent tapissé de granit noir, troué par une arche monumentale et surmonté d’un lacis en aluminium clair, le centre multiplie les défis techniques audacieux. L’assemblage de pépites de quartz dorées qui recouvrent les façades représente les millions d’âmes victimes de la traite négrière et de l’esclavage.

Une longue passerelle relie le second étage au morne Mémoire, sur la colline voisine, et enjambe l’agora et la route. Ce pont rejoint un vaste jardin avec vue sur la ville et la baie, lieu de recueillement qui renvoie au jardin de l’esclave, seul espace de liberté qui lui était accordé certains dimanches.

« L’exposition permanente de l’ACTe ne se concentre pas que sur l’histoire des Guadeloupéens et des Antillais, mais aborde l’histoire de l’esclavage dans sa globalité, de l’Antiquité à nos jours, explique Thierry L’Étang, anthropologue et chef du projet culturel et scientifique du Mémorial. Elle met l’accent sur l’histoire des esclaves en proposant de suivre leur itinéraire. »

Une exposition structurée autour d’une quarantaine d’îles et constituée de six espaces pédagogiques qui suivent une logique chronologique, de la conquête des Amériques à l’esclavage et à la traite négrière, via leurs abolitions et jusqu’aux mouvements post-abolition contemporains.

Audioguides, vidéoprojection, bornes, tables interactives et scénographies destinées à surprendre le public… Tous les moyens techniques sont utilisés pour communiquer « physiquement » des impressions et informer sur une histoire puissante, sans passer par trop de lectures fastidieuses. Et l’émotion prend vite le dessus sur l’histoire.

Le visiteur passe par des cales virtuelles d’un bateau, en ressort aveuglé par un torrent de lumière comme les esclaves africains lorsqu’ils débarquaient sur les plages des Antilles. Des sons de canon rappellent les batailles navales, des cris et cliquetis de chaînes, l’ambiance horrible des traversées. Des acteurs incarnent des personnages historiques, tels Jean Le Portugais, Jean Garrido, Francis Le Wolof et Louis Le Marron, qui racontent sur de grands écrans leur parcours.

L’art contemporain y occupe aussi une place centrale. De nombreuses oeuvres intégrées invitent le visiteur à s’interroger sur les origines et les rituels de l’esclavage, le rôle du maître et de l’esclave et la brutalité des peuples.

À voir pour mieux comprendre et se rappeler que les îles des Antilles n’ont pas toujours été des destinations soleil pour touristes fuyant le frimas de l’hiver, et que l’histoire y est très riche.