Destination silence

Un moment à profiter du calme des Alpes, un des recoins du monde où l’environnement sonore est intact.
Photo: Carolyne Parent Un moment à profiter du calme des Alpes, un des recoins du monde où l’environnement sonore est intact.
On ne s’entend plus parler au resto ; on ne s’entend pas davantage penser à la biblio. Bruits et babils sont partout ; nous sommes cernés ! Outre la retraite fermée, les fonds marins et le spa capitonné, où donc peut aller le voyageur en quête de calme, en 2016 ?


Nul besoin d’être un acousticien écolo à la Gordon Hempton (voir En vrac) pour comprendre que le silence est un — autre — attribut menacé de notre belle planète. Que la cité soit souvent assourdissante, passe encore, densité de population et vie urbaine obligent. Mais que les paysages sonores des sites naturels soient compromis, c’est inquiétant. Aux États-Unis, pensons seulement au Grand Canyon ou encore au Volcano National Park, à Hawaii, que les touristes survolent en hélicoptère : la vue de là-haut est certainement « magique », mais, sur le plancher des vaches, les randonneurs subissent, flap-flap-flap, une pollution sonore dont ils se passeraient bien. Et tant pis pour le vouh-vouh du vent, le cri de la chouette des saguaros et les secs crac-crac de la lave solidifiée, sous leurs pas.

Reste-t-il seulement encore des recoins en ce monde où l’environnement sonore est intact ? Les décibels discrets ? Le silence d’or ? Mais oui, dira-t-on : tous les lieux inhabités, peu peuplés et fréquentés de la planète se qualifient. À ce compte-là, cap sur Nauru, la plus petite république du monde, avec 10 000 habitants et moins de 200 touristes annuellement, ou sur la Corée du Nord, où la dictature communiste favorise le silence, n’est-ce pas…

Sérieusement, l’Arctique, l’Antarctique et la Patagonie chilienne comme argentine sont autrement plus invitantes, même si ces régions se visitent essentiellement en bateau de croisière. En Terre de Feu, puissent les 200 autres passagers du navire partager notre désir de silence pour que nous puissions tous entendre les raaah annonciateurs du vêlage des glaciers !

Range ton drone, Rolland !

Les déserts (du moins, les secteurs que les guérillas n’ont pas investis) sont aussi propices à l’écoute du silence. Dans le grand sud marocain, une échappée saharienne de quelques jours à pied et à dos de dromadaire demeure une rare expérience de sérénité. Pareillement, dans le nord du Chili, le désert d’Atacama présente les meilleures conditions atmosphériques au monde pour l’observation des étoiles — une activité zen s’il en est.

Toujours au rayon de la contemplation, le safari-photo est un autre prétexte au voyage qui se pratique en mode slow et silencieux, histoire de surprendre les « Big Five » arpentant la savane africaine. Mais soyez prévenus : il paraît qu’un tout nouveau bourdonnement s’y fait désormais entendre, soit le vrrr de minidrones à caméra intégrée !

Direction, la dense forêt, alors… Au Costa Rica, le groupe hôtelier Nayara inaugurera en janvier prochain un campement au coeur du parc du volcan Arenal. Avec ses deux douzaines d’unités ouvertes aux quatre vents, ce Nayara Tented Resort fera la part belle aux lancinantes bandes-son forestières.

Un peu plus au sud, en cette Colombie qui fait encore, et à tort, peur aux voyageurs, les pittoresques haciendas de la région caféière du Quindio sont tout indiquées pour se mettre au vert tranquilo, tandis que, à l’autre bout du monde, des temples japonais (shukubo) et des monastères de l’autre Corée proposent des séjours dans des cadres naturels eux aussi époustouflants. Chez les Nippons, le mont Kôya est un lieu de pèlerinage particulièrement impressionnant. En prime, point d’échanges de palabres inutiles puisque pratiquement personne n’y parle l’anglais !

Aspirant à la paix, on pourrait aussi s’en remettre à un groupe hôtelier qui valorise tout spécialement la quiétude. Chez Relais Châteaux, « on a une charte très stricte, dit le président, Philippe Gombert, et on s’assure que les 5 C, courtoisie, charme, caractère, cuisine et calme, sont là. C’est l’aspect technique qui existera toujours. » On retient donc que le calme est à l’honneur chez les membres de l’association, présents sur tous les continents.

Le regroupement Healing Hotels of the World, dont fait partie le sublime Monastère des Augustines, à Québec, promet pour sa part la tranquillité couplée au bien-être. De l’Argentine à la Turquie en passant par les Maldives, les complexes hôteliers membres proposent des programmes de remise en forme par le biais de la méditation, du yoga, de la massothérapie, d’activités sportives et d’une saine alimentation. Même si l’on n’a nul besoin d’être requinqué, y loger peut être gage d’un environnement apaisant.

Et puis, dans l’île Saint-Bernard, à Châteauguay, il y a le Manoir D’Youville, l’ancienne maison de retraite des soeurs grises reconvertie en un hôtel de 118 chambres. L’intérêt ? Il avoisine le refuge faunique Marguerite-D’Youville, qui constitue 90 % du territoire de l’île. En ce milieu naturel diversifié, suffisamment exceptionnel pour attirer la rare mésange bicolore, on peut de même trouver la sainte paix, cui-cui. Qu’elle soit pareillement avec vous en 2016 !

En vrac

Pour en savoir plus sur Gordon Hempton et son projet « One Square Inch of Silence », qui vise à nous sensibiliser à la pollution par le bruit en préservant des intrusions sonores une zone de l’Olympic National Park, dans l’État de Washington, aux États-Unis.

Les hôtels urbains sont toujours trop bruyants pour vous ? Le site web quiethotels.com regroupe des établissements où l’on prend le sommeil des hôtes au sérieux grâce à un double vitrage, à une bonne qualité d’insonorisation et à d’épais revêtements de sol.

Renseignements : terdav.ca (randos aux quatre coins de la planète), spiritours.com (randos dans le désert), arenalnayara.com (dormir sous la tente au Costa Rica), combia.com.co (une belle hacienda du Quindio), eng.shukubo.net, eng.templestay.com (hébergement dans des monastères de la Corée du Sud), relaisetchateaux.com, relais.com/apalta, healinghotelsoftheworld.com, ilesaintbernard.com (l’hiver, le Manoir est réservé aux groupes, mais, dès le printemps, on peut à nouveau réserver des chambres à l’unité).

Le répit du Nyepi

Saviez-vous que Bali célèbre le Jour du silence ? Nous non plus, mais rien n’est moins étonnant pour une île où tout n’est qu’harmonie, grâce et beauté. Lors de ce Nyepi ou Nouvel An balinais, la population cesse toutes ses activités habituelles pour méditer. L’aéroport international est fermé, la circulation routière est interdite, les touristes sont priés de rester à l’hôtel et, en cette nuit de nouvelle lune, l’éclairage électrique est proscrit. L’an prochain, cette fête hindoue, que célèbrent tous les Balinais, se tiendra le 9 mars.
2 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 1 janvier 2016 05 h 53

    Vingt-deux ! V’là les flics !


    (Familier) Indique l’arrivée intempestive et dérangeante d’une ou plusieurs personnes. (Wiktionnaire).

    Destination silence, c'est aussi un lieu calme où il n'y a pas certains flics qui vous harcèlent pour votre notoriété, votre nom ou votre popularité. ;-)

    (Un Québécois à pied et à pied d'oeuvre à Ottawa)

    P.S.: Bonne année 2016! Plus particulièrement à tous ceux et celles qui font comme moi leur devoir de parent et de bons citoyens honnêtes et propres!

  • Jérôme Faivre - Inscrit 1 janvier 2016 17 h 51

    Le prix du silence

    Bonne réflexion pour tous les besogneux de «l'industrie touristique du Québec» qui se demandent souvent pourquoi le Québec n'attire pas plus de touristes.
    Une piste serait que le Québec compte d'abord sur un tourisme de masse, d'abord quantitatif et plutôt quelconque coté qualité...Même le Club Med revoit ses normes à ce sujet.
    Ce qui signifie une offre habituellement très bruyante, basée sur les foules (festivals de toutes sortes), l'animation à tout prix (l'interprétation de n'importe quoi à coups de haut -parleurs), les sports les plus bruyants (motoneiges et autres réjouissances). Par ailleurs, les règlementations sur le bruit sont plutôt inexistantes ou pas appliquées, que ce soit dans la construction, la conception des édifices, la simple vie en collectivité. Je ne parlerais pas du simple civisme dans ce domaine, pas une grand spécialité au Québec...
    Nous sommes aussi très forts sur les visions marketing confondant bruit/animation/lumière et dynamisme/jeunesse (Le syndrome du marchand de vêtements voulant faire croire que tout va bien avec de la musique d'ascenseur réglée sur les sons graves).

    Le véritable riche est celui qui peut s'acheter du silence et de l'obscurité.
    Avec ses espaces et un peu plus d'imagination, le Québec pourrait diversifier son offre en pariant sur des possibilités d'endroits «où aller pour fuir le capharnaüm de la vie moderne», avec des thématiques culturelles plus variées...
    Je ne viendrais pas du bout du monde pour m'installer auprès d'un lac québécois ou un talentueux citoyen tourne en rond pendant des heures avec une motomarine. J'ai toujours en tête les paroles de la chanson de Renault: «Ils vont polluer toutes les plages, Et par leur unique présence, Abimer tous les paysages».

    Il y a encore des possibilités de trouver le silence. Mais comme pour les beaux coins et les endroits préservés, il ne faut surtout pas en parler, au risque d'y retrouver ce (ceux) qu'on fuyait. C'est à ce prix.
    Bon 2016 !