La trilogie touristique de l’Ouest floridien

La plage de Clearwater est si vaste et si large que la densité de baigneurs y demeure supportable, pour ne pas dire faible, par moments.
Photo: Gary Lawrence La plage de Clearwater est si vaste et si large que la densité de baigneurs y demeure supportable, pour ne pas dire faible, par moments.
Pourquoi s’enfarger sur des bronzés ventripotents, se faire jeter du sable par des marmots turbulents et supporter la musique tchikaboum de vacanciers cordés comme des harengs sur une plage de la côte est de la Floride, quand on peut s’éviter tous ces tracas et divertir aussi sa smala sur la côte ouest de l’État ?
 

Debout devant mes rejetons en train de tremper petons et popotin dans l’immensité empourprée du golfe du Mexique, j’aborde la première « quidame » que je croise pour partager mon ébahissement avec un être humain.

— Fabuleux, ce coucher de soleil et ces nuages pommelés, n’est-ce pas ?

— À qui le dites-vous !

— Mais… à vous ! Vous êtes de la région ?

— Non, de Caroline du Sud.

— Ah. Et… vous n’aimez pas vos plages ?

— Si, mais ici, elles sont plus tranquilles et… il y a des couchers de soleil !

En fait, il y a bien plus encore. Partie intégrante d’un triangle de plaisirs formé par Tampa, St. Petersburgh et Clearwater — la ville où est née la chaîne pseudosexy Hooters et où pullulent les scientologues —, St. Pete Beach forme l’une de ses facettes les plus cool. Même si ses plages sont flanquées d’un long boulevard Taschereau (baptisé ici Gulf Blvd.), elles sont assez en retrait pour qu’on en fasse fi.

Mieux : St. Pete Beach permet d’aller et venir aisément et quotidiennement en voiture, au coeur de cette trilogie touristique qui s’articule grosso modo autour de Tampa Bay, pour ensuite tâter des innombrables attraits des environs, qu’ils soient culturels, familiaux, hédonistiques ou écotouristiques.

De St. Pete à Clearwater

Entre St. Pete Beach et Clearwater Beach, des îles-barrières s’étirent en une longue succession de plages (pas toutes formidables) et surtout en une enfilade quasi ininterrompue d’hôtels, de condos et de résidences, jusqu’à Indian Shores — là même où se trouve le plus grand hôpital pour oiseaux sauvages d’Amérique du Nord, le Suncoast Seabird Sanctuary.

Puis, à mesure qu’on s’approche de Clearwater Beach, les îles-barrières font place aux hôtels-barrières qui forment un véritable mur portant ombrage aux remarquables liserés sablonneux des lieux.

Ici, la plage est si vaste et si large que la densité de baigneurs y demeure supportable — pour ne pas dire faible, par moments —, tandis que le sable, éclatant de blancheur et farineux à souhait, procure un effet si lénifiant entre les orteils qu’on en finit presque par oublier la civilisation.

Pour minimiser ses chances de croiser du vacancier à la surcharge pondérale agressive, le Caladesi Island State Park forme cependant une meilleure option. Accessible uniquement par traversier et situé à moins de dix kilomètres au nord de Clearwater Beach, il compte cinq kilomètres d’étendues de sables d’une grande finesse, bordées de palmiers et baignées d’eaux aux teintes aigue-marine quasi irréelles, le tout dans un cadre demeuré relativement intact — tout comme c’est le cas, plus au nord, de Honeymoon Island.

De retour sur la Floride continentale, le choc est plutôt brutal par la suite, quand on investit tout de go le Clearwater Marine Aquarium. Plutôt vieillot, décati et imprégné d’une vague odeur de remugle, sa vocation est cependant noble et sans but lucratif. On ferme donc rapidement les yeux sur ses petits défauts et ses bassins un peu glauques.

Résidence officielle de Winter et Hope, deux stars delphinidées qui ont fait l’objet de films fort courus au grand écran, il tient aussi lieu d’hôpital marin et de maison de retraite pour éclopés des mers. Exploité par une armée de bénévoles, il présente également bon nombre de spectacles où les dauphins effectuent moult pirouettes avant de se laisser tripoter par les visiteurs lors de séances de contact — une activité de plus en plus controversée, éthiquement parlant.

Denses contacts à Tampa

C’est un tout autre type d’aquarium qui trône sur Channelside Drive, à Tampa : immense, moderne, doté de tunnels translucides et de hauts bassins vitrés qui permettent de lorgner de près une riche faune aquatique, le Florida Aquarium recrée aussi divers écosystèmes floridiens et permet de toucher du doigt anémones, raies, concombres de mer et autres oursins, voire de nager avec des requins, dans un bassin spécialement conçu à cette fin.

Seule ombre au tableau : le secteur des lémuriens (d’ailleurs, on se demande bien ce qu’ils viennent faire dans ce cirque), un bel exemple d’aménagement carcéral animalier à ne pas suivre, où les braves bestioles aux yeux attendrissants sont confinées dans un espace si exigu qu’on ne peut que s’en chagriner.

Du reste, si Tampa n’a rien du charme et de l’énergie de Miami — à côté d’elle, elle paraît bien drabe, sauf dans le quartier branché d’Ybor City —, elle compte une mignonne et verdoyante promenade en bord de rivière, le Riverwalk, ainsi que bon nombre de musées. Parmi eux, le spectaculaire Tampa Museum of Art — l’immeuble en porte-à-faux vaut à lui seul le coup d’oeil —, ainsi que le Henry B. Plant Museum, un ancien hôtel aux étonnants minarets argentés, qui fut construit par ce magnat du chemin de fer.

Tampa compte également un musée des sciences, un autre consacré aux arts photographiques ainsi qu’un musée interactif pour enfants de dix ans ou moins, le Glazer Children’s Museum.

Enfin, au nord du centre-ville, les immenses parcs thématiques de Busch Gardens et Adventure Island se donnent de petits airs d’Orlando, tandis que le Manatee Viewing Center permet de reluquer des lamantins en train de batifoler dans les eaux chaudes rejetées par une centrale électrique…

St. Petersburg, ville d’art et de culture

Avec Tampa, St. Petersburg forme la deuxième agglomération urbaine de la Floride. Située droit en face de la première, de l’autre côté de Tampa Bay — et jadis considérée comme ringarde —, elle s’est renouvelée, redynamisée et réinventée pour aujourd’hui dégager bien plus de charme, de chic et de joliesse, avec de ravissants exemples d’architecture et bon nombre de galeries, de boutiques et de terrasses, notamment sur l’élégante Beach Drive.

C’est là que trône l’étrange Chihuly Collection, un musée consacré à ce verrier aux créations aussi colorées qu’alambiquées, comme celle qui trône devant le Musée des beaux-arts de Montréal. Pour sa part, le Morean Arts Center présente des expositions de toutes sortes et organise des démonstrations de soufflage de verre dans le Hot Shop attenant, alors que dans un registre plus insolite, le Musée d’histoire de la ville abrite une momie de 3000 ans ainsi qu’un veau à deux têtes…

La palme d’exubérance et d’excentricité revient cependant au fabuleux vaisseau de béton et de verre qu’est le nouveau musée Dali. Rouvert en 2011 après avoir hérité d’un espace agrandi et amélioré, à l’intérieur duquel colimaçonne un superbe escalier, il présente une centaine d’oeuvres du maître du surréalisme, ainsi que d’autres créations contemporaines déployées sur une foule de supports.

L’espace ludique DillyDally with Dali permet quant à lui de se faire tirer le portrait et de le voir projeté sur un cadre, avant qu’il soit pixelisé et intégré comme trame de fond à la célébrissime oeuvre Gala contemplant la mer Méditerranée qui à vingt mètres devient le portrait d’Abraham Lincoln.

Enfin, lors des tours guidés (disponibles en français, tout comme les audioguides), on apprend toutes sortes d’anecdotes sur le peintre catalan — que Freud lui-même n’aurait voulu pour rien au monde psychanalyser, paraît-il — qui ne se gênait pas pour envoyer paître quiconque le tarabustait, pas même ceux qui le faisaient vivre.

Ainsi, Eleanor Morse, cofondatrice avec son mari du musée Dali et mécène de l’artiste, lui aurait un jour téléphoné pour lui dire qu’elle avait finalement compris qu’un élément du tableau La découverte des Amériques par Christophe Colomb était en fait un clin d’oeil aux premiers pas de l’homme sur la Lune.

Avant de lui raccrocher au nez, Dali lui aurait alors froidement répondu : « Bien sûr ! Ne me dites pas qu’il vous a fallu tout ce temps pour comprendre ? Maintenant, laissez-moi, j’ai du travail ! »

L’auteur était l’invité du St. Petersburg/Clearwater Visitors Convention Bureau.

3000 ans
C’est l’âge de la momie exposée au Musée d’histoire de St. Petersburg, qui abrite aussi un veau à deux têtes…

En vrac

Transport. Air Canada desservira Tampa depuis Montréal en vols directs, cinq fois par semaine, du 18 décembre au 10 avril. Le reste de l’année, plusieurs transporteurs états-uniens desservent Tampa et St. Petersburgh, via leur plaque tournante respective. aircanada.ca.

Hébergement. À St. Pete Beach, le Postcard Inn forme un excellent point de chute, avec sa dégaine de motel de surf des années 50, revampé avec une touche contemporaine et éclectique. Doté d’une longue piscine, d’un vaste jardin et d’un bar extérieur ultrasympa, il donne directement sur une immense portion de plage. Parfait pour un séjour en famille, le tout à prix honnête.

Au rayon des établissements cossus, le Loews Don CeSar Hotel, un palace de 1928 qui trône au sud de St. Pete Beach, passe difficilement inaperçu ; son architecture néomauresque, nappée de rose Pepto-Bismol, s’aperçoit de très loin.

Restauration. Non loin du Postcard Inn, le Rumfish Grill sert d’excellents poissons et fruits de mer, à prix abordable et avec service impeccable. La salle à manger donne sur un immense aquarium où nagent les repas en devenir.

À Clearwater, le Palm Pavilion Beachside Bar Grill a pignon sur plage depuis 1926 et il est toujours fréquenté par une clientèle de locals mâtinée de touristes. À enfourner sur place : les coquilles Saint-Jacques au wasabi, les grignotines d’alligator et les succulents beach burgers.

À boire. Depuis quelques années, les microbrasseries essaiment littéralement à St. Petersburgh. À essayer sans autre risque que de verser dans l’excès : Brewers Tasting Room ; Green Bench Brewing et The Ale and the Witch ; 3 Daughters Brewing ; Cycle Brewing (534 Central Avenue, 727 320-7954).

Lézarder. Chaque année, de nombreux palmarès accordent une place de choix à plusieurs plages de la côte sud-ouest de la Floride. Parmi celles qui se retrouvent immanquablement dans le top 25, citons celles de St. Pete, de Clearwater, de Caladesi, mais aussi de Siesta Key, un peu plus au sud, près de Sarasota. On les repère toutes ici.

Lire. Des livres neufs et usagés chez Haslam’s Bookstore, une librairie indépendante de St. Petersburgh qui tient la route depuis 1933.

Guides. Tant Ulysse que Lonely Planet publient des guides en français sur la Floride, avec des chapitres fort complets sur le sud-ouest de l’État.

Renseignements : visitstpeteclearwater.com, visittampabay.com, visitflorida.com, floridastateparks.org.


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