La vraie Sainte-Lucie

Les Pitons vus d’une des suites du Ladera Resort. 
Photo: Émilie Folie-Boivin Le Devoir Les Pitons vus d’une des suites du Ladera Resort. 
La végétation de Sainte-Lucie était assoiffée en ce début mai, attendant l’amorce de la saison des pluies pour retrouver un peu de couleurs. Pourtant, en montant la pente vers l’éblouissante résidence doublée d’un studio de Llewellyn Xavier, je suis accueillie par une forêt de bougainvilliers férocement fleuris, qui ressemble à une pluie de confettis. C’était digne des toiles de l’artiste chéri de Sainte-Lucie.
 

J’ai rendez-vous avec M. Xavier car il a un secret qu’il est enfin prêt à révéler. Depuis dix ans, l’artiste-peintre qui expose autant au MoMa de New York qu’au Smithsonian de Washington travaille sur un projet de parc de sculptures, un musée en plein air qu’il qualifie de « monumental », dont l’objectif est de mettre en valeur les beautés de cette île.

En somme, il veut faire sortir des resorts et des plages les couples en lune de miel et les croisiéristes pour leur faire découvrir une autre Sainte-Lucie. « Une Sainte-Lucie où les visiteurs n’ont pas l’habitude d’aller. C’est aussi pour permettre aux locaux de goûter eux aussi aux retombées du tourisme, explique Llewellyn Xavier, pendant que ses chats Google Earth, Paris Hilton et Frangipane flânent sur l’immense terrasse immaculée de son palace avec vue. « Je veux que les gens voient ce qu’est la vraie Sainte-Lucie. »

La cinquantaine de sculptures commissionnées à plusieurs artistes seront dispersées un peu partout sur l’île, et les créateurs s’inspireront du paysage où elles seront installées pour confectionner leurs oeuvres. Si tout va bien, M. Xavier estime que les premières installations seront révélées dès le début de 2016.

Les 170 000 résidants de l’île ne mettront pas un sou dans ce projet. Les 100 millions nécessaires à sa réalisation proviennent de mécènes, explique l’artiste, qui est revenu s’installer sur son île natale après de nombreux voyages, dont un séjour à Montréal, en 1979, en tant que moine de l’ordre cistercien. « Le parc est un cadeau que moi et ma femme souhaitons faire à la population. »

L’idée lui est venue dans les années 1990, après avoir commissionné un projet où un artiste avait implanté à travers l’île une série de pôles sur lesquels étaient inscrits divers numéros. Rapidement, les Luciens se sont mis à s’approprier les structures d’une manière inattendue.

Certains les ont placées dans leur maison, d’autres les utilisaient pour cueillir les bananes, d’autres encore les ont déplacées pour en faire des cordes à linge. « Les gens interagissaient avec l’oeuvre, remarque Christina, la femme de M. Xavier, également engagée dans le projet. Beaucoup de gens à Sainte-Lucie n’ont jamais été exposés à l’art, et c’était extraordinaire de voir comment ils se sont approprié ces oeuvres. »

D’ici à ce que le parc de sculptures soit inauguré et ajoute à l’offre culturelle de cette île des Caraïbes, il y a plein de petits bijoux à découvrir quand on s’arrête pour explorer.

L’un des charmes de Sainte-Lucie réside dans sa géographie accidentée qui donne des panoramas magnifiques. Sur le bord de la route principale qui fait le tour de l’île, de nombreux cafés, kiosques de fruits et commerces sont perchés près des points de vue d’intérêt.

C’est l’occasion parfaite pour prendre un soda, acheter des fruits exotiques ou l’un de ces délicieux pains créoles au beurre et au fromage tout chaud, pour jaser avec les locaux tout en profitant de la vue de la côte ou des villages nichés au creux des montagnes.

Festival de jazz

Lors de notre passage, au mois de mai, nous étions en plein Festival de jazz de Sainte-Lucie, niché à Pigeon Island. Ce magnifique parc national situé à Gros-Islet, au nord de l’île, est ouvert à l’année, mais pendant la semaine du festival, les amoureux de musique s’y rassemblent en famille pour festoyer.

Fiers et élégants, les Luciens se mettent sur leur 36 et passent du bon temps sur le site, où des tentes de restauration typiquement caribéenne servent de savoureux pilons de poulet et des morceaux d’agneau pour quelques dollars.

Pigeon Island

Le reste de l’année, le parc national de Pigeon Island est ouvert au public. Lieu chargé d’histoire, on y retrouve notamment de nombreux bâtiments historiques en ruine, dont le Fort Rodney où les Britanniques espionnaient les ennemis français. C’est vraiment un endroit où passer la journée : on en profite pour faire une petite randonnée sur la colline, qui donnera une vue sur la baie de Rodney et la ville, pour flâner sur la plage et faire un pique-nique.

Le jump-up de Gros Islet

Un incontournable pour saisir le pouls de Sainte-Lucie est de passer la fin de la soirée au jump-up du vendredi soir à Gros-Islet, une grosse fête de rue endiablée qui a lieu toutes les semaines. Les touristes sont plus que les bienvenus à cette festivité caribéenne locale, et tout ce beau monde danse jusqu’aux petites heures sous la soca du DJ stationnée à l’intersection de la rue Dauphine (fermée à la circulation automobile).

Les commerces sont ouverts et une foule de vendeurs itinérants offrent des grillades sur un BBQ improvisé et servent de surprenants rhum and coke, faits à partir de rhum dans lequel chacun fait macérer des herbes parfumées et des épices selon sa recette personnelle.

Le marché public de Castries

Dans la capitale Castries, située au nord sur la côte ouest, c’est une bonne idée de visiter le vaste marché public, grouillant de résidants qui viennent acheter leur poisson et leur viande sur les étals extérieurs.

Si c’est l’endroit où de nombreux touristes vont chercher des t-shirts souvenirs et repartent illico, c’est le moment de se trouver une chaise sur la terrasse de l’un des peuplés (et minuscules) cafés-bars qui ceinturent le marché et profiter du chaos ambiant.

On sirote une Piton, la bière locale, et on observe le chahut des vendeurs ambulants installés dans tous les coins libres pour vendre épices, sous-vêtements, fruits et légumes. Les gourmands ont intérêt à se procurer des fruits exotiques. Pour quelques sous, j’ai essayé la surprenante pomme de lait (caïmite), un fruit sucré dont la chair suinte un petit lait collant.

En plus de nous faire goûter du pays, acheter les aliments locaux permet d’encourager les producteurs et les vendeurs tout en ayant la garantie que ces produits ne sont pas made in China. Si on désire repartir avec des sauces piquantes et des épices, il faut négocier, surtout que les prix varient énormément d’un kiosque à l’autre.

Les Pitons et la Soufrière

Bien sûr, ce serait presque un sacrilège de passer à Sainte-Lucie sans aller jeter un coup d’oeil à l’emblème de l’endroit : les deux photogéniques aiguilles volcaniques tout près de la ville de Soufrière, où passent 90 % des visiteurs. On peut se contenter de les photographier, mais une belle façon de rendre le séjour mémorable est de gravir le Gros Piton, le plus accessible des deux, qui s’élève à 2619 pieds du niveau de la mer.

Sulphur Springs, le site volcanique environnant, propose aussi de voir les fumées sulfureuses de la caldera et de faire ainsi une initiation rapide sur les volcans. On pensera à apporter son maillot parce qu’on peut aussi prendre un bain dans les sources chaudes. Les couples et les groupes se rassemblent dans la piscine d’eau boueuse avant de s’enduire d’une boue qui, selon la rumeur, fait rajeunir de dix ans.

En vrac

Pour suivre les développements du Parc de sculptures de Sainte-Lucie, l’imposant projet de l’artiste Llewellyn Xavier, on se rend sur le site saintluciasculpturepark.com. Pour des informations sur le célèbre peintre : llewellynxavier.com.

Se restaurer. Chez Jambe de bois, le café-resto sur le bord de l’eau situé à Pigeon Island, à Gros Islet. Essayer le « roti », une sorte de pâté rempli de lentilles et de pommes de terre, de viande ou de poisson, au goût. Délicieux, surtout avec la sauce piquante locale. Abordable et sans prétention.

Le restaurant Dasheene, du Ladera Resort : on y va pour le brunch ou le souper. Sa salle à manger ouverte a toute une réputation. D’abord pour sa vue imprenable sur les Pitons, mais aussi pour sa cuisine authentique mettant en valeur les produits locaux. On risque fort de tomber en amour avec le panorama : si on veut y prolonger l’expérience et qu’on a les moyens de ses ambitions, on réserve l’une des 32 spectaculaires suites.

Toutes en bois et aménagées grâce au travail des artisans de Sainte-Lucie, chacune est munie d’une piscine privée qui donne sur les Pitons et la mer des Caraïbes. Pour une lune de miel mémorable, très intime et avec une touche typiquement insulaire. ladera.com.

Conseil. Pour un séjour d’une semaine, on suggère de passer quelques jours au nord de l’île et quelques jours au sud, pour profiter des attraits de chacun et aussi maximiser son temps de transport. La géographie de Sainte-Lucie rend plutôt sinueuse la route qui ceinture l’île. Les paysages sont superbes, mais ceux qui ont tendance à avoir le mal des transports — et même ceux qui sont moins sensibles — préféreront prendre quelques Gravol avant de monter en voiture.

Pendant le Festival de jazz, certains hôtels offrent des forfaits pour prendre part aux festivités. Petit conseil d’ami : si on a l’intention de s’y rendre, il vaut mieux opter pour un hôtel situé à proximité du site, car l’événement est si populaire qu’il y a une circulation monstre sur l’unique route qui se rend à Pigeon Island. Le prochain festival aura lieu du 29 avril au 8 mai 2016.

Renseignements : stlucianow.com.

Notre journaliste s’est rendue à Sainte-Lucie à l’invitation du Saint-Lucia Tourism Board.


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