Le Costa Rica sans tracas avec sa smala

La playa Carrillo, l’une des plus ravissantes de la péninsule de Nicoya
Photo: Gary Lawrence La playa Carrillo, l’une des plus ravissantes de la péninsule de Nicoya
Parcs nationaux dignement aménagés, infrastructures bien rodées, nature exubérante, biodiversité foisonnante… Plus que tout autre pays d’Amérique centrale, le Costa Rica se prête admirablement bien à un voyage en famille. Morceaux choisis après un mois d’explorations, d’une mer à l’autre.
 

En juillet dernier, j’ai sillonné pendant 28 jours le Costa Rica, des Caraïbes au Pacifique, avec ma douce et nos deux bourlingueurs de 7 et 10 ans. Même si j’en étais à mon troisième séjour, jamais je n’avais parcouru le pays du ¡Pura Vida! en songeant aux intérêts de jeunes voyageurs.

C’est maintenant chose faite et j’en rapporte une foule d’expériences mémorables, dont celles-ci, avec suggestions de pied-à-terre testés et approuvés.

Finalement, nous l’avons baptisée Ursule. Ursule la tarentule, dont l’envergure dépassait celle de ma main ouverte. Elle se tenait là, immobile, aux abords du sentier, par cette pluvieuse nuit d’été, comme si elle nous attendait. « Elle sait se montrer très coopérative : elle sort souvent quand je passe vers cette heure-ci », dit Leo Laguna, vénérable guide de Rainforest Adventures.

Aménagé en bordure du parc national Braulio Carillo, le site de cette réserve privée s’inscrit dans le prolongement d’un pan protégé de la forêt pluviale costaricaine, là où la biodiversité atteint des sommets inégalés de variété. Qu’on arpente cette réserve de jour ou de nuit, il suffit de progresser lentement et de demeurer aux aguets pour dénicher une foule de créatures… avenantes ou pas.

La fourmi balle de fusil

« Vous voyez cette fourmi balle de fusil ? C’est la plus grosse du Costa Rica et sa piqûre provoque encore plus de douleur que celle d’un scorpion », prévient Leo, qui porte sur l’avant-bras un tatouage de l’énorme insecte pour se rappeler de toujours s’en méfier. Remarquez qu’il peut y avoir pire sous les feuilles mortes qui jonchent le sol. « Surtout, ne marchez pas hors du sentier : c’est là que peut se terrer le fer-de-lance, le serpent le plus agressif et le plus mortel du pays », ajoute Leo en ouvrant la marche, les pieds enfoncés dans ses hautes bottes.

En lieu et place, ce sont finalement des sauterelles dodues, des grenouilles miauleuses, des phasmes sans enthousiasme, une vipère pépère et même un amblypyge, cette araignée-scorpion qui semble sortie d’un épisode d’Alien, qui ont défilé sous nos yeux. Et malgré tant de bestioles aperçues avant d’aller pioncer, personne n’a fait de cauchemar cette nuit-là. Le lendemain, dès potron-minet, le Rainforest Aerial Tram s’active. Inventé ici par un biologiste soucieux d’explorer la canopée, cette sorte de téléphérique aux multiples télécabines ouvertes s’enfonce sur 2,6 kilomètres en forêt. On s’y embarque pour gagner le sommet des arbres et scruter le foisonnement de la végétation, mais aussi pour reluquer sa faune aviaire.

Le meilleur de Rainforest Adventures reste cependant à venir : un parcours d’une dizaine de tyroliennes — ces longs câbles sous lesquels on se laisse glisser, sanglé à un harnais — qui zigzaguent de plateforme en plateforme dans les hauteurs de la forêt pluviale.

Après les avoir toutes essayées, fiston et moi avons emprunté la bien nommée Adrena-Line, une vertigineuse tyrolienne de 700 mètres qui franchit une vaste vallée. Au terme de cette folle descente aérienne, nous en sommes venus à la même conclusion : l’Adrena-Line, c’est bien plus terrifiant qu’une tarentule rencontrée sur le bord d’un sentier.

Au coeur de la réserve, le Rainforest Lodge dispose de bungalows rudimentaires, étroits et assez humides.

Les repas servis dans l’aire commune sont copieux et honnêtes. Tarifs élevés mais peu d’autres options d’hébergement dans les environs.

 

Nos amies les bêtes

Dès l’instant où nous sommes arrivés au Jaguar Rescue Center, sur la côte caraïbe, les enfants se sont mis à béer d’admiration devant tant de mignardise animalière. Non seulement des préposées chouchoutaient des bébés paresseux comme s’il s’agissait de leur progéniture, mais encore une bénévole se promenait avec un bébé singe… qui portait une minicouche. Un petit coup de biberon avec ça ?

Fondé par un couple de biologistes européens gagas de faune costaricaine, ce centre animalier recueille ou soigne les bêtes abandonnées, orphelines ou blessées — comme Electro, un paresseux qui a survécu à la décharge d’une ligne à haute tension —, avant de les réintroduire dans la nature.

Les visites guidées (disponibles en français) permettent de toiser de près toucans, serpents, crocos, ocelots, singes hurleurs ou aphones, dendrobates et grenouilles acrobates, dont la si singulière rainette aux yeux rouges, emblème du pays.

C’est à une trentaine de minutes plus au nord qu’on trouve le doyen des centres animaliers costaricains : le Sloth Sanctuary, seul au monde à se dédier entièrement à la protection, au soin et à l’étude des paresseux — et il en abrite 170, rien que ça.

La très enrichissante visite de ce sanctuaire permet d’en apprendre tout un rayon sur cet animal aussi craquant qu’intrigant, alors que l’Insider’s Tour ouvre les portes normalement closes du slothspital, de la salle d’opérations et, surtout, de la pouponnière. Une douzaine de bébés paresseux y vaquent à leurs occupations — c’est-à-dire paresser — dans des incubateurs, le nez enfoui dans une couverture ou les doigts agrippés à une peluche. Taux de récurrence des « Aaaaaaaw ! » et des « Ooooonnnnn ! » chez les jeunes visiteurs : très élevé.

Géré par deux Québécois, le Playa Negra Guesthouse est joliment aménagé autour d’un vaste jardin où trônent une belle piscine et trois agréables bungalows, dans la bourgade sympa de Cahuita. Pas d’air climatisé ni de resto, très bon rapport qualité-prix et plage juste de l’autre côté de la route.

 

Phénoménal Arenal

Bien qu’il ne crache plus de flammèches rouges et qu’il n’expurge plus de coulées ignées, l’Arenal demeure une destination phare — et très touristique — au Costa Rica : même en basse saison, on se bouscule au portillon. Et pour cause : la forme conique quasi parfaite de ce volcan mythique et ses champs de lave durcie frappent toujours l’imaginaire, tandis que les abondantes sources chaudes qui l’entourent sont autant d’incitatifs à se la couler douce.

Laisser mijoter ses muscles endoloris dans des glouglous revigorants demeure d’ailleurs l’une des rares activités qu’on peut pratiquer ici par temps pluvieux. Pour ce faire, les Paradise Hot Springs méritent autant leur nom que la considération : plusieurs piscines et bassins aux eaux de plus en plus chaudes s’y déploient dans une orgie de végétation et de fleurs tropicales, créant un environnement aussi apaisant que lénifiant. Le soir, des éclairages rougeoyants évoquent les coulées de lave qui striaient jadis les flancs du géant volcanique tout proche.

Non loin du barrage qui retient les eaux du lac Arenal — et quel lac ! —, le parcours en forêt aménagé par Mistico Arenal Hanging Bridges vaut assurément le coût (24 $US, gratuit pour les enfants). En deux heures — voire plus si on prend son temps —, un long sentier fort bien aménagé permet de sillonner la forêt où se déploient une multitude de ponts, dont une dizaine suspendus.

Depuis ces derniers, on a droit à des points de vue fabuleux sur la forêt, la canopée et même l’Arenal, par moments. Toutes ces passerelles aériennes sont grillagées et laissent voir sous ses pieds, et l’une d’elles s’élance sur une centaine de mètres dans le vide. Frissons et éblouissement garantis, peu importe l’âge des participants.

À 45 minutes du volcan, le Ceiba Tree Lodge domine le majestueux lac Arenal. Propriété d’un couple germano-costaricain, il compte une poignée de chambres et deux bungalows tout neufs, avec vue imprenable sur le lac et sur un fromager cinq fois centenaire. Pas d’air climatisé (inutile à cette altitude), accueil hyper-sympa et très bonne table.

Vamos a la playa

Pendant deux semaines, chaque matin, ma smala et moi avons été confrontés au même cruel questionnement : sur quelle plage s’échouer aujourd’hui ? Car dans la splendide région de Nosara, dans la péninsule de Nicoya (côte Pacifique), ce ne sont pas les options qui manquent.

Nous les avons toutes essayées : la playa Pelada, où les Ticos s’affalent en famille le week-end, après avoir englouti un ceviche et une cerveza au resto-bar Olga ; la déserte playa Garza, où dodelinent les bateaux de pêche au loin ; et l’inoubliable playa Carrillo, à l’édénique enfilade de cocotiers qui courbent leur tronc comme pour montrer qu’ils s’inclinent devant la splendeur du décor.

Plus au nord, les sombres étendues de la playa Ostional sont aussi sauvages que vierges : elles sont au coeur d’une réserve créée pour protéger — et observer — les centaines de tortues de mer olivâtres qui viennent y pondre leurs oeufs au début de chaque saison des pluies.

Au sud de Nosara, c’est tout le contraire : la remarquable playa Samara est de plus en plus développée et harnachée de petits hôtels. Il faut dire que sur cette côte où abondent les courants d’arrachement (rip currents), la barrière de récifs qui s’élève au large freine les puissantes vagues du Pacifique, ce qui rassure certains vacanciers — dont plusieurs retraités.

Ce n’est pas le cas de l’immense, interminable et admirable playa Guiones, tellement vaste qu’on se croirait quelque part en mer du Nord, la chaleur et les palmiers en plus. Gratifiée par des vagues assez costaudes pour procurer des sensations fortes mais pas assez pour susciter la frayeur, elle voit déferler des dizaines de surfeurs, de la mémé à la peau fripée par le soleil jusqu’aux jeunes fringants, en passant par les rastas aux nattes mouillées.

C’est d’ailleurs la présence des surfeurs qui crée une atmosphère si détendue et sans chichi à Guiones, le coolissime hameau qui borde la plage. Face à l’engouement pour leur sport qui permet de génialement communier avec la mer, les écoles de surf essaiment justement. Fiston en a même profité pour suivre deux cours privés, avant de louer sa propre planche à 5 $ pour deux heures les jours suivants.

Parce que la nature est ici empreinte d’une telle joliesse, un premier centre de yoga — aujourd’hui de réputation internationale — a aussi ouvert ses portes il y a 20 ans. D’autres ont suivi, et aujourd’hui, surfeurs et yogis de passage abondent dans les petits commerces sympas qui champignonnent, du marché bio au pressoir à jus santé en passant par Il Basilico, ce resto où les enfants peuvent préparer eux-mêmes leur pizza directement sur le gros comptoir en bois.

Cela dit, Nosara et ses environs sont parfois surnommés « the dust bowl » parce que les voitures qui empruntent les routes de terre qui y mènent soulèvent quantité de poussière. C’est un mal pour un bien, assure Francinny Gonzalez, qui vit à Guiones depuis quatre ans. « Nos mauvaises routes nous ont prémunis du tourisme de masse ; si elles étaient meilleures, nous serions envahis de vacanciers et la côte ressemblerait à celle de Jaco ou Tamarindo ! »

Dont acte, et gardez donc les routes du littoral de la péninsule de Nicoya en piteux état. Comme ça, vos charmants bleds idylliques y demeureront longtemps à hauteur d’homme — et de surfeur.

Plusieurs résidences, condos et appartements sont disponibles sur Airbnb, à Nosara et dans les environs. À Guiones, l’hôtel Harmony mérite aussi le séjour.

En vrac

Transport aérien. De décembre à avril, plusieurs transporteurs desservent San José et Liberia en vol direct depuis le Québec. Toute l’année, on peut aussi s’envoler sur COPA via le Panama, sur Aeromexico via Mexico ou sur un transporteur états-unien (correspondances de retour pénibles).

Forfaits. Entre autres voyagistes, Canandes propose des circuits en liberté pour la famille, avec hébergement et location d’un VUS. Sur place, le réseau solidaire francophone Tout Costa Rica offre aussi 300 hôtels et la location de voiture aux meilleurs tarifs.

Hébergement. Avec huit ravissantes propriétés réparties un peu partout au Costa Rica (et une au Nicaragua), Cayuga Collection permet de séjourner en grand luxe et tout confort, mais aussi de dormir la conscience tranquille : tous les établissements et écolodges de ce regroupement ont la fibre verte développée, en plus de se soucier du développement durable là où ils sont établis. Dans un autre registre, l’hôtel City Express forme un bon plan modique, près de l’aéroport de San José.

Apprendre le surf. Avec Ricardo Moraga, très doué avec les enfants et joignable au Nosara Mountain Biking and Surf.

Guides. Lonely Planet, fort complet, en français (2015). Le guide Ulysse, aussi disponible en version numérique, sera réédité en novembre.

Renseignements : visitcostarica.com.

Notre journaliste était en partie invité par Cayuga Collection et Airbnb.