Une aubaine au soleil plombant

Au programme : randonnée dans la chaleur désertique au cœur du paysage cinématographique de Brown’s Ranch, dans le McDowell Sonoran Preserve, un parc protégé de 30 000 acres.
Photo: Émilie Folie-Boivin Le Devoir Au programme : randonnée dans la chaleur désertique au cœur du paysage cinématographique de Brown’s Ranch, dans le McDowell Sonoran Preserve, un parc protégé de 30 000 acres.
Dès que la chaleur torride s’installe sur Scottsdale en juin, les golfs se vident, les hôtels offrent des rabais sauvages, et cette banlieue de Phoenix est soldée, au bonheur des voyageurs prêts à braver les éléments.


« Vous êtes si chanceux d’être en ville aujourd’hui! D’ordinaire, il fait 43 degrés Celsius en juin, et là, il n’en fait que 33. C’est rare ! » se réjouit le barman du Virtù, s’adressant au jeune couple d’Américains en lune de miel accoudé sur le bar de cuivre du restaurant maintes fois primé. La jeune mariée frissonne dans son coton ouaté (« je croyais qu’il ferait plus chaud ») pendant que son mari a les yeux encore brillants de sa journée.

Alors que chez lui, à Chicago, les terrains de golf sont pris d’assaut dès l’arrivée du beau temps, ici, il a pu profiter d’un 18 trous à lui tout seul. « Ah ! C’est l’avantage de Scottsdale, souligne le barman. En plus d’être moins cher, si tu es prêt à jouer sous un soleil de plomb, tu en as vraiment pour ton argent ! » D’autant plus qu’il avait de la chance d’être tombé sur un week-end anormalement « frisquet », où quelques millimètres de pluie s’étaient même ajoutés aux maigres 19 centimètres de précipitations annuelles.

La clim, ce précieux allié

Si tu sais comment t’y prendre, Scottsdale l’été est super, m’a confié une résidente croisée dans le trolley couvert qui permet d’explorer gratuitement et bien au frais les divers districts du centre-ville (magasinage, divertissement, mode, arts, Old Town et Waterfront).

Comment s’y prend-on, alors ? Tout dépend de ce qu’on cherche. Entre les musées, les boutiques, les gros centres commerciaux et l’exploration du désert de Sonora, il y a de tout, pour tous, car Scottsdale est une banlieue cossue et aussi fière de son apparence que des gens qui fréquentent son centre-ville. Elle est prisée autant des riches collectionneurs d’art et des retraités amoureux de plein air que des bachelorettes venues profiter de la grouillante scène nocturne.

Si les sportifs et les cyclistes vont plutôt se faire rares sur le vaste réseau cyclable en après-midi, les lève-tôt vont en profiter pour sortir et faire de la rando dès l’aube. Les jeunes s’entassent sur les terrasses « brumatisées » des très nombreux restaurants et bars branchés qui font battre le centre urbain, tandis que les amateurs d’art vont faire le tour de la centaine de galeries toutes concentrées dans un petit pâté facile à marcher.

Si la fin de semaine, les résidents paradent avec leur Jaguar décapotable en ville et que le centre-ville s’anime, en semaine, Scottsdale est fantomatique. Seul un petit lapin prenait sa collation sur la jolie promenade manucurée bordant le canal.

Ce n’est qu’une fois dans Old Town — le quartier historique de Scottsdale, rempli de commerces vendant des souvenirs du Far West, de l’art et des bijoux nichés dans des bâtiments rappelant l’héritage western de cette ville fondée en 1951 — que je les ai aperçus. À 15 h, en plein jeudi, une vingtaine de quidams mangeaient des hot-dogs et buvaient une bière devant un chanteur country tout en profitant de l’air conditionné du Rusty Spur Saloon, aux murs ornés de billets d’un dollar laissés par les clients, que l’établissement remet aux bonnes oeuvres chaque année. Clint Eastwood, John Wayne autant que Jennifer Aniston ont foulé le sol ce dive bar rustique, dont l’air est encore chargé de souvenirs. Et c’est l’un des rares lieux épargnés par la modernité et la branchitude planant sur le centre-ville.

Oasis kitsch

Reste qu’aux balbutiements de Scottsdale dans les années 1950, l’endroit attirait déjà l’attention d’Hollywood, car le centre urbain était réputé pour la mode et ses défilés, sans compter qu’un nouvel hôtel, le Valley Ho, venait de mettre la ville sur la map. Les célébrités se sont mises à fréquenter le Valley Ho d’une part parce que les paparazzis n’allaient pas jusqu’en Arizona, mais aussi parce que le luxueux hôtel était à la fine pointe de la technologie. L’hôtel avait muni ses chambres d’une télévision, et il était le premier à offrir l’air conditionné central dans tout l’édifice. C’était à une époque où la plupart des hôtels avoisinants fermaient à l’arrivée des grandes chaleurs estivales.

« Quand il a rouvert en 2005, à la suite d’une restauration qui l’a rendu fidèle à ce qu’il l’était à son ouverture en 1956 — l’hôtel qui a reçu une désignation historique —, il a été le catalyseur de la renaissance du centre-ville de Scottsdale », explique Ace Bailey, l’énergique et passionnée concierge du Valley Ho, dans une visite guidée de l’hôtel. Dans les années 1950, la taille de Scottsdale était relativement petite, mais lorsque les habitants ont réalisé qu’ils pouvaient construire leur maison à même le désert, la ville s’est étendue en une longue bande de 10 kilomètres de large par 50 kilomètres de long. C’est seulement dans les années 1990, fatiguée du trafic, qu’une partie de population est revenue s’installer dans son coeur. On y trouve désormais de colorés condos, qui contrastent avec les teintes discrètes du stucco beige et chocolat au lait des bâtiments et une foule de bonnes tables qui font l’envie des touristes et des résidents de Phoenix.

Terrain de jeux désertique

En plus d’être un superbe hôtel à l’esprit fifties, rétro de la musique du lobby jusqu’à sa piscine bonbon, le Valley Ho est aussi l’un des représentants des aubaines les plus incroyables qu’on peut faire à Scottsdale : l’hébergement. À ce temps-là de l’année, les hôtels, et surtout ceux plus haut de gamme qui sont habituellement hors de portée du voyageur à petit budget, sont offerts au tiers du prix. C’est ainsi qu’un centre touristique tel le Four Seasons devient tout à fait abordable. C’est d’ailleurs un bon pied-à-terre pour les amateurs de plein air qui veulent profiter du désert, à l’extrême nord de la ville.

C’est justement dans cet hôtel entouré de cactus et de végétation typique du désert de Sonora que Phil, qui combine son amour du vélo de montagne et de la rando en étant guide pour Arizona Outback Adventure, vient me chercher à 6 h du matin pour une randonnée dans le McDowell Sonoran Preserve, un parc protégé de 30 000 acres en plein coeur du désert. À cinq minutes de voiture, le Brown’s Ranch permet de se lancer à l’assaut du désert.

Un désert qui est particulier. On y retrouve une espèce de cactus originaire du Sonora, le saguaro — on le reconnaît à ses longs bras qui nous donnent l’impression qu’il nous salue —, mais aussi une végétation étonnamment verdoyante dans les circonstances. « Certains visiteurs s’attendent à ce que le paysage ressemble au Sahara, dit Phil en souriant. C’est qu’ici, il y a peu de gel et il y a deux périodes de pluies, ce qui est tout de même beaucoup pour un désert, c’est pour cette raison qu’il est si luxuriant. Venez en mai, et vous avez un tapis de fleurs qui défile devant vous. C’est magnifique. » En ce début de juin, la période de floraison venait de se terminer, et en prévision de la période sèche, les arbustes et cactus commençaient à perdre leurs feuilles pour conserver leurs réserves d’eau.

Si l’idée de profiter du grand air sous le ciel sans nuage et le soleil plombant semble de la folie en juin et en juillet, il serait plutôt fou de se priver de ce que la nature a à offrir. L’effort de se lever à l’aube est mille fois récompensé quand on se trouve sur le sentier silencieux du parc. Contrairement à ce que l’on pense, c’est non pas à midi, mais à 15 h que le soleil est à son zénith ici, alors à cette heure-là, vaut mieux siroter une margarita sur une terrasse que de se lancer à l’assaut du désert.

Au fil des kilomètres, bien que l’on croise quelques férus de cross-country et de vélo de montagne, on rencontre surtout des habitants du désert (des lapins, un lièvre de Californie, une immense couleuvre à nez mince — un serpent qui pastiche le serpent à sonnette). « L’avantage ici, c’est qu’il a beau faire un soleil de plomb, jamais tu n’es trempé, car l’air est si sec que la sueur sèche tout de suite », note mon fin connaisseur de guide entre deux anecdotes fascinantes sur les divers cactus du désert. Ses conseils, si on vient faire une randonnée ? Apporter de l’eau en quantité plus que suffisante, ainsi qu’une pince et un peigne. Un peigne ? « Tu vois ce jumping cholla ? » dit-il en approchant son bras d’un cactus. Il le frôle à peine qu’un bout de branche se détache aussitôt et se colle aux poils de son bras. C’est pour détacher les épines et les morceaux de cactus qu’il vaut mieux en avoir un.

Après avoir gravi une petite montagne pour observer le panorama subjuguant du Sonora et aperçu un lézard à cornes, que Phil a attrapé pour me montrer sa magnifique carapace épineuse, on a bouclé la boucle. Plus tard dans la journée, cet infatigable homme sans âge allait revenir faire du vélo de montagne. « Je préfère profiter de chaque minute de cette météo exceptionnelle, ça ne passe pas souvent ! »

Alors que le malheur des résidents qui doivent passer leur été dans cette fournaise fait le bonheur des touristes, on pouvait dire que cette fin de semaine là, le bonheur des autres faisait tout autant le bonheur des uns.


La journaliste s’est rendue à Scottsdale à l’invitation du Scottsdale Convention and Visitors Bureau.

En vrac

Dormir : Pour un pied-à-terre tranquille dans l’Art District du centre-ville, le Bespoke Inn, Café Bicycles est le refuge parfait. Un douillet hôtel « boutique inn » de quatre chambres chaleureuses, d’un chic rustique. Il y a une piscine, un foyer extérieur et une terrasse où flâner. Kate, la propriétaire décontractée, est amicale comme tout, ce qui donne le ton à l’endroit. Avec la boutique de vélo au rez-de-chaussée qui fait de la location et du prêt de bicyclettes, l’endroit est prisé des cyclistes, qui réservent parfois les lieux au complet pour un séjour intime. À 15 minutes de l’aéroport et au centre de tout, c’est un lieu que je recommande chaudement (249 $US la nuit en juin et septembre, 399 $US en haute saison).

Tout au nord, le Four Seasons at Troon North, classé AAA et cinq diamants, devient étonnamment abordable en basse saison. Les casitas s’ouvrent sur les paysages désertiques, et les lieux ont une petite allure western tout à fait à propos. Il y a plusieurs attentions pour les familles, dont une rafraîchissante soirée cinéma dans la piscine chaque semaine. En plus de son spa primé (bon à savoir : il offre un apaisant traitement d’après-soleil), Proof, son resto, offre une cuisine américaine (il y a même de la poutine avec du fromage en grains) dans un décor jeune et ludique, serti de vieilles tables d’air hockey (à partir de 179 $US en basse saison et 459 $US en haute saison).

Avec son design mi-siècle, l’hôtel Valley Ho est à envisager si on veut faire une saucette avec l’histoire. On aime sa gueule, ses pool parties des vendredis et samedis soir, le fait qu’il soit situé dans le centre-ville et, surtout, que les chambres sont soldées autour de 129 $ la nuitée pendant l’été (479 $US en haute saison).

Manger : Que ce soit pour le brunch ou le souper, Virtù, le restaurant du Bespoke Inn est une valeur sûre dans le centre-ville. Savoureuse carte de cocktails avec des mocktails attentionnés (essayez le succulent strawberry fizz), la cuisine d’inspiration méditerranéenne, qui fait une belle place aux fruits de mer, est généreuse, et le menu varie au fil des saisons. Pour le brunch, on essaie la crêpe classique richement garnie de jambon, de gruyère et d’oeufs. Le personnel est cordial et on s’y sent vite chez soi.

Caché dans un recoin du Art District, le FnB a été le premier de Scottsdale à servir une cuisine de saison mettant en vedette les produits des fermiers locaux et les vins d’Arizona, ce qui lui a valu de nombreuses accolades. Prisé des oenophiles, on aime la présentation délicate des plats richement sertis de fruits et légumes.

Transport : On se rend au centre-ville très facilement à pied, et on peut utiliser le trolley gratuit pour les déplacements. Si on loue une voiture, les prix de la location sont beaucoup plus élevés près de l’aéroport, on optera pour une location plus près de l’hôtel, pour réduire sa facture. Pour ceux qui préfèrent ne pas louer de voiture, l’Office de tourisme suggère d’utiliser UberX, plus simple que le taxi.

L’aéroport de Phoenix est situé à 15 minutes du centre-ville.

Info : http://downtownscottsdale.com ; www.experiencescottsdale.com.
1 commentaire
  • Jean Houde - Abonné 25 juillet 2015 10 h 02

    Et le Desert Botanical Garden?

    Pourquoi cette omission?
    Le magnifique et insolite jardin botanique de Phoenix (situé à Scottsdale) émaillé des extraordinaires sculptures de verre de Chihuly, dont on peut admirer une oeuvre devant le Musée des beaux arts de Montréa, est un incontournable de quiconque fait une visite dans les environs de Phoenix. De plus le restaurant du jardin offre de jour comme de soir une excellente table à prix abordable. Je ne comprends pas que vous n'en fassiez pas mention.