Guide de survie pour voyageuses peureuses

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Avant même de choisir une destination, les femmes qui veulent partir en voyage en solo ont une foule de questions en tête. Où aller ? Est-ce sécuritaire ? Ariane Arpin-Delorme et Marie-Julie Gagnon, deux trouillardes assumées et pourtant voyageuses en série, ont rassemblé toutes les préoccupations féminines dans un livre de voyage qui donne aux voyageuses les meilleurs outils — et la poussée dans le dos — pour qu’elles osent partir à la découverte du monde.


Les filles ne sont pas toutes chochottes. Il y a autant de voyageuses que de manières de voyager. Mais si une chose est certaine, c’est qu’elles ne peuvent pas voyager comme les hommes. « On peut voyager autant que les hommes, mais comme les hommes, ça non, affirme Marie-Julie Gagnon, auteure, chroniqueuse et blogueuse voyage sur Taxi-brousse. Vous connaissez beaucoup d’hommes qui se sont fait violer, vous ? Pas moi. Des femmes, par contre, oui. On a toujours notre sécurité en tête et certaines de nos peurs sont justifiées. »

Cette nuance fait la différence dans la manière d’entreprendre le voyage, et c’est là où le livre Le voyage pour les filles qui ont peur de tout trouve sa niche. « Malgré que le livre s’adresse aux voyageuses, on souhaite aussi que les hommes soient intéressés à le feuilleter, car il y a des astuces pratiques pour tous, et pas seulement pour les voyages en solitaire », note la coauteure Ariane Arpin-Delorme, aussi conseillère en voyage à l’agence Esprit d’aventure, enseignante en tourisme et conférencière.

C’est en effet un livre richement garni. Dans le premier quart, les deux auteures dressent le portrait de différents types de voyageuses (la Mère Teresa, la gourmande, la serial shoppeuse), pour aider les lectrices à trouver des conseils adaptés selon leur personnalité. Trucs et astuces qu’elles sont allées chercher en interviewant une précieuse armada de journalistes et blogueuses spécialisées en voyage.

La petite voix intérieure

Les auteures se penchent notamment sur l’incontournable question de sécurité et, par ricochet, celle de l’habillement (« pour une fois, c’est justifié de se questionner sur ce qu’on va porter le matin ! », pointe Marie-Julie), deux des principales inquiétudes qu’ont les filles avant de choisir une destination.

Car ce n’est souvent qu’une fois ailleurs qu’elles réalisent à quel point elles doivent se préoccuper de choses auxquelles elles n’ont pas à penser au Québec. « L’égalité homme-femme est une utopie dans bien des coins du monde, et arriver avec nos gros sabots de Québécoise libérée n’est clairement pas la bonne stratégie à adopter pour vivre une expérience positive, explique Marie-Julie Gagnon. On est aussi plus inquiètes parce qu’on nous répète depuis l’enfance que nous sommes vulnérables, même si on nous dit, du même souffle, qu’on est l’égale de l’homme… »

Ariane, qui travaille dans l’industrie du tourisme depuis plus de seize ans et qui a pris le large autant pour participer à des projets de coopération humanitaire à l’adolescence que pour des sabbatiques de quelques mois à un an en Asie, a vécu ces moments d’inconfort à quelques reprises. « Au début, je me souviens, j’essayais de me défendre, je n’acceptais pas l’attitude des hommes, et en bonne Québécoise directe, je le leur disais directement. Et les choses empiraient. J’ai décidé d’ignorer et de trouver d’autres solutions temporaires. Ça ne veut pas dire qu’on accepte leur comportement, mais qu’on se protège. On ne changera pas le monde, et vaut mieux ne pas porter de jugement sur la culture. »

Parmi les (nombreux) conseils qu’elles prodiguent, se fier à son instinct semble la clé passe-partout pour s’éviter les embrouilles. « Le fait de se trouver dans une culture différente fait qu’on ne décode pas toujours très bien ce qui nous entoure, mais notre petite voix intérieure a généralement raison, reconnaît la « technomade » blogueuse de Taxi-brousse. Il faut réapprendre à écouter cette voix à qui on dit souvent de se taire dans la vraie vie. » Le sens de l’humour est aussi un atout fabuleux pour désamorcer certaines situations pendant le voyage.

Les femmes en transition

Au fil de ses recherches pour la rédaction du Voyage pour les filles qui ont peur de tout, Ariane Arpin-Delorme a été surprise de constater que les femmes prenaient davantage le large que les hommes, et qu’elles n’attendaient pas de trouver un partenaire pour partir à la découverte du monde. « Pour les femmes, le voyage est très émotif et c’est souvent lié à un moment de transition, comme un divorce, le passage dans la cinquantaine, un changement de carrière. Elles essaient de se retrouver. »

Quant à Marie-Julie, elle constate que la vulnérabilité de la femme seule peut aussi être un atout en voyage. « On nous propose de partager un repas. On veut prendre soin de nous. C’est un discours qui est revenu souvent [chez les voyageuses] ». Celle qui a vécu des moments magiques autant avec des hommes qu’avec des femmes (« cela dit, même si on parle de “solidarité féminine”, il y a des pestes partout ») ajoute que « parfois, le seul fait d’être un étranger pique la curiosité des gens et ouvre bien des portes ».

Des portes qui ne sont qu’à un billet de train, de ferry ou d’avion d’être ouvertes. Suffit d’écouter son état d’esprit, de se faire confiance. Et de sauter à bord.

Le voyage pour les filles qui ont peur de tout

Ariane Arpin-Delorme, Marie-Julie Gagnon, éditions Michel Lafon, 300 pages, juin 2015

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