Petits et grands gueuletons dans les Cantons

André Vézina et Marie-Josée Pelletier, propriétaires de l’auberge La Chocolatière, à North Hatley.
Photo: Gary Lawrence André Vézina et Marie-Josée Pelletier, propriétaires de l’auberge La Chocolatière, à North Hatley.
Déjà bien pourvue en fines tables, en producteurs artisanaux, en vignerons et en créateurs de gourmandises diverses, la région des Cantons-de-l’Est part en croisade gustative pour conquérir davantage de globe-croqueurs. Voici quelques bonnes adresses où sont mis en valeur certains de ses multiples atours gastronomiques.


Quand nous sommes arrivés à l’auberge La Chocolatière, à North Hatley, les proprios André Vézina et Marie-Josée Pelletier s’apprêtaient à convoler en justes noces, le lendemain. « J’espère qu’on ne vous a pas trop dérangés avec nos préparatifs ? », de dire la fiancée.

Si les sympathiques futurs mariés n’avaient pas abordé leurs imminentes épousailles, jamais nous ne l’aurions su : rien n’y paraissait, tous deux vaquaient alors à leurs occupations en gardant le sourire. Ainsi va la vie d’hôte et d’hôtesse, quand on a la vocation : se donner corps et âme à sa passion, et ensuite un peu à l’autre, s’il reste un chouia de temps et d’énergie.

Mais ici, l’énergie s’écoule en barres ou en centilitres : il suffit de croquer dans une tablette chocolatée à la fleur de sel, ou de tremper ses lèvres dans une tasse remplie de chocolat chaud à la cardamome, pour sentir ses papilles papillonner et ses pupilles se dilater, preuve irréfutable de l’éveil des sens.

Depuis cette année, l’auberge La Chocolatière verse aussi dans le thé : récent ajout à la Route des thés à l’anglaise — un itinéraire rappelant les origines loyalistes de la région —, elle forme un nouveau jalon où s’offrir le High Tea avec porcelaine chic, scones, sandwichs au concombre et tout le toutime.

Calories chocolatées

Aux étages se succèdent une douzaine de chambres, correctes et semi-rénovées ; au rez-de-chaussée, la terrasse et la petite salle invitent à s’affaler pour bouquiner ; dehors, des vélos un peu déglingués sont gentiment mis à la disposition des clients pour chevaucher les Grandes Fourches, une jolie piste cyclable qui longe la bucolique rivière Massawippi, jusqu’à Lennoxville — ce qui permet d’évacuer le trop-plein de calories chocolatées.

Bien assis sur sa monture de fer, on peut ensuite grimper la côte voisine de l’auberge et arriver bientôt au Domaine Bergeville pour étancher sa soif… de savoir sur la méthode traditionnelle de fabrication du vin : le vigneron-copropriétaire, Marc Théberge, est intarissable sur le sujet.

Son vignoble est d’ailleurs le seul au Québec où on ne produit que du vin mousseux — certifié biologique et biodynamique de surcroît —, que ce soit un rafraîchissant rosé, un blanc sec juste assez acide pour souligner ses origines québécoises (et qui a récolté une Grappe d’or dans le Guide Phaneuf 2015) ou un étonnant rouge effervescent aux arômes de fruits noirs et aux notes de poivron. « Au début, ça surprend, mais c’est excellent avec du canard ! », assure le principal intéressé, qui dégorge lui-même à la volée toutes ses bouteilles, après les avoir remuées et élevées sur lattes, comme on le fait en Champagne.

Des bulles

Des bulles, il y en aussi dans certains mets de Plaisir Gourmand, une excellente table située à une dizaine de minutes de voiture de là et où le foie gras de canard est décliné en macarons, en popsicles et en sphères en sucre pétillant. Là ne s’arrête pas la liste des délices de ce charmant resto qui tient la route (243, en l’occurrence) depuis plus de 10 ans, et où le chef Éric Garand et sa conjointe sommelière Jinny Dufour célèbrent à leur façon le terroir québécois, non loin des célébrissimes Manoir Hovey et Auberge Ripplecove.

En plus de faire sécher son propre prosciutto de sanglier à la cave, Éric Garand concocte notamment un subtil ceviche de pétoncle fumé avec eau d’argousier et mousse de sapin baumier, un oeuf à 65 ° déposé sur de succulents raviolis de champignon et leur goûteux jus de veau, et une morue noire si bien cuite sous vide qu’elle se rit des lames en se détachant d’elle-même dans l’assiette tant elle est tendre.

À Magog, la tendreté se manifeste aussi entre deux tranches de mie beurrées, avec les rillettes de canard des grilled cheeses de La Shop, dans un registre plus accessible et populaire. Ce « café de village » des Cantons-de-l’Est, attenant au resto Fondissimo, permet de se caler une dent sans prétention et de l’arroser avec une pinte de nectar de microbrasserie locale, avant d’aller évacuer ses toxines au Spa Nordic Station, à la sortie de la ville.

Copionnier des spas nordiques au Québec, ce mignard centre de thermothérapie s’intègre harmonieusement à la nature qui l’héberge avec sa déco simili-antique aux accents scandinaves. On peut y laisser mijoter ses quadriceps dans un bain à remous ou piquer une tête dans le ruisseau, après avoir frisé le point d’ébullition en passant par la cocotte-pression de la crypte-vapeur (un joli bain turc) ou au tout nouveau banya russe.

Celui-ci amalgame la chaleur sèche d’un sauna et une certaine dose d’humidité grâce à l’envoi constant de jets d’eau sur des pierres brûlantes — ce qui permet parfois d’avoir droit à des pointes de 90 °C d’étuve.

Le petit village de Racine

Enfin, à une trentaine de minutes de ce ravissant hôtel particulier qu’est le manoir Maplewood de Waterloo (doublé d’une très bonne table : voir Le Devoir du 6 juin), le petit village de Racine brille par la vitalité de ses producteurs locaux et artisanaux. Géré par une coopérative, son marché locavore met en valeur une foule de produits du terroir de la région, des cidres au sureau en passant par le lapin, la pintade, la farine et les légumes bios.

C’est tout juste à côté que se dresse la boutique de la fromagerie artisanale Nouvelle-France, qui élève ses brebis non loin de là pour en tirer de délectables meules, dont le Zacharie Cloutier (meilleur fromage au Québec en 2014 et 2011) et la Madelaine (meilleur fromage québécois au lait de brebis, pâte molle, en 2014).

La ferme

Comme si ça ne suffisait pas, la ferme rattachée à la fromagerie écoule de sapides pièces de viande d’agneau racinois — qu’on dit plus délicat en goût et moins gras que celui de la Nouvelle-Zélande —, alors qu’un peu plus haut, sur la route 222, Patrick Mathey vient d’installer les pénates de ses fameux Cochons tout ronds (directement des îles de la Madeleine, cochonstoutronds.com), et dont les cochonnailles sont si fraîches qu’on pourrait presque les entendre grouiner. Une histoire (et des petits gorets) à suivre…