Paris, Patricia de Gorostarzu

Paris, sans les Parisiens… Après l’Ouest américain, New York et Marseille, Patricia de Gorostarzu pointe son Polaroïd sur Paris, qu’elle décline en une invitation intime et poétique, lente, à mille lieues du Paris-lumière que l’on connaît. En première lecture et sans s’y attarder, le rendu particulier des images semblera familier. C’est que nos gadgets électroniques, iPhones et autres bidules photographiques aux effets décalés, délavés, parfois surprenants mais tellement formatés, saturent nos années numériques depuis fort longtemps, sans livrer âme ni matière. Mais la photographe nous emmène ailleurs. Pour faire court, la technique utilisée (numérisation du « négatif », élément habituellement non utilisé du Polaroïd) procure des effets de matière aléatoires, difficiles à contrôler et superbes. N’offrant aucune possibilité de recadrage, c’est dans un sens aigu de la composition que les instantanés prennent vie dès la prise de vue. Avec lenteur et minutie. Un clic à la fois et sans bidouillages. Rues dépeuplées, fragments de tour Eiffel, ponts sur la Seine ou HLM désolés sont autant de lieux que les Parisiens semblent avoir désertés. Car ils brillent par leur absence, les Parisiens : quelques vitrines, une enseigne mythique ou des ombres furtives, ça et là, seront les seuls témoins de leur existence. Loin des clichés, un Paris qu’on aime.

Paris

Patricia de Gorostarzu, Albin Michel, Octobre, 2014, 160 pages