Kauai, aux portes du Parc jurassique

Avec ses montagnes dramatiques et effilées, la majestueuse côte de Na Pali est la vedette de nombreux lieux de tournage hollywoodiens, dont «Le parc jurassique» et «Le monde perdu».
Photo: Émilie Folie-Boivin Le Devoir Avec ses montagnes dramatiques et effilées, la majestueuse côte de Na Pali est la vedette de nombreux lieux de tournage hollywoodiens, dont «Le parc jurassique» et «Le monde perdu».
Le film Le parc jurassique de Steven Spielberg a fasciné toute une génération d’enfants à sa sortie en 1993. Notre journaliste était de ceux-là. Vingt-deux ans plus tard, la passion est comme au premier jour. Si bien que juste avant la sortie de Monde jurassique, elle a voulu réaliser son rêve de voir « le vrai » Parc jurassique. Kauai lui en a ouvert certaines portes.


En vingt-deux ans, beaucoup de choses ont le temps de changer. Par exemple, il y a un bail que je ne cours plus autour de ma maison de banlieue, imaginant être pourchassée par un T-Rex — bien que je visionne Le parc jurassique tous les deux mois, une variable inchangée. C’est aussi une période sur laquelle les arbres ont le temps de pousser et la nature de se densifier. C’est long, 22 ans. Assez pour entraîner l’extinction des visites tournant exclusivement sur les sites du film.

C’est donc avec un sacré retard que je débarquais sur l’île hawaïenne, prête à construire un itinéraire à la pièce.

Je savais que j’irais voir l’arbre aux racines sinueuses où le Dr Grant, Lex et Tim découvrent les oeufs de vélociraptors, rencontrer la fameuse chute où atterrit l’hélicoptère, jeter un oeil à la dramatique côte Na Pali, ainsi qu’apercevoir l’endroit où les docteurs Sattler, Malcolm et Grant aperçoivent les dinosaures pour la première fois.

Mais, plus que tout, je voulais voir la porte du Parc jurassique. Les recherches avant le départ m’ont vite montré qu’il n’en restait pas grand-chose. Et qu’il n’y avait plus de tours guidés en 4x4 jusqu’à elle. Heureusement, des aventuriers passionnés l’avaient fait, et ils ont partagé sur Internet l’itinéraire menant jusqu’à elle en empruntant un chemin sur un terrain privé assez glissant. Un périple qu’ils suggèrent d’entreprendre avec un véhicule tout-terrain ou dans une randonnée pédestre de quatre heures aller-retour.

J’ai fichu mes bottes de randonnée dans le fond de mon sac à dos de voyage. Et j’ai prié pour que mon chum accepte de consacrer une précieuse journée de nos vacances pour marcher avec moi jusqu’à la porte du Parc jurassique. Ça me semblait dans la poche, surtout que j’avais pris soin de ne pas trop insister sur un détail : il ne reste absolument rien de la porte. Sauf deux pôles de métal.

Dans un jardin

Steven Spielberg a vu plus que juste en prenant Kauai pour interpréter Isla Nublar, l’île fictive au large du Costa Rica où John Hammond établit son parc jurassique. Car, tout, de la côte Na Pali — où les vagues du Pacifique se fracassent comme des damnées sur les rochers —, de sa jungle dense, sa végétation préhistorique et ses vallées bordées de montagnes dramatiques et affilées comme des lames, fait d’elle la candidate parfaite pour interpréter une île mystérieuse (dans ce rayon, Kauai s’y connaît, ayant endossé le rôle pour Avatar, Pirates des Caraïbes, Indiana Jones, et le Pays imaginaire dans Hook).

Partout, la végétation épaisse et sauvage, qui va jusqu’à orner les panneaux de circulation Kauai, a le potentiel de cacher des dinosaures. Même notre studio loué sur Airbnb et niché dans la forêt tropicale était encerclé de plantes géantes aux feuilles longues de deux mètres, dans lesquelles des vélociraptors auraient pu se cacher.

Mais, tout comme les autres îles d’Hawaï, il n’y a aucun serpent, et à part les cochons sauvages, le potentiel de croiser un animal terrifiant est faible, voire nul.

« Ici, tout ce qui peut te sauter dessus quand tu marches dans la forêt, c’est du poulet », dit en riant Sam Bustillos, notre guide interprète à travers l’Allerton Garden. Les poulets sauvages étaient déjà établis sur l’île bien avant que l’ouragan Iniki — qui a dévasté Kauai, en 1992, pendant la fin du tournage du Parc jurassique — ne libère dans la nature des hordes de poulets domestiques ainsi que des coqs de combat.

Depuis, les espèces se sont croisées et sèment la terreur sur le territoire, mangeant les semences dans les jardins et se jetant sur les voitures, faisant sursauter les automobilistes en visite. Les poulets sauvages sont l’équivalent de nos écureuils et de nos pigeons, mais en pire car ils n’ont aucun prédateur et n’ont peur de rien.

« Voilà d’autres poulets à votre droite », dit Sam en nous conduisant dans un minibus jusqu’au coeur du jardin où allait commencer la visite. « Prenez-les et emmenez-les chez vous ! »

Si l’Allerton Garden fait partie des endroits à visiter pour les fans du Parc jurassique, c’est qu’on doit se rendre à ce jardin rustique peuplé de plantes et de sculptures pour rencontrer les fameux Moreton Bay Fig. Ces arbres envahissants, importés d’Australie, sont aussi surnommés « strangled trees » à cause de leurs racines qui étranglent tous les autres arbres environnants (la carcasse d’un manguier en témoigne).

Les quatre arbres sont tout à fait à leur aise dans le climat paradisiaque d’Hawaï : plantés il y a plus de 70 ans, ils ont la même taille qu’atteignent leurs cousins australiens à l’âge de 400 ans.

Inutile de dire qu’après les nombreuses pièces de cet immense jardin méditatif, les arbres sont pris d’assaut par notre groupe, majoritairement composé de retraités américains.
 

Au large de la côte

La magie du Parc jurassique n’a pas d’âge et elle opère aussi pendant les tours d’hélicoptère, une visite quasi incontournable sur l’île. À toute heure du jour, on les entend passer à la queue leu leu au-dessus des plages bordant la Na Pali Coast, et il n’est pas étonnant qu’ils soient si courus.

L’île Jardin est non seulement la plus ancienne de ce chapelet volcanique (ce qui explique qu’elle soit si luxuriante), mais elle est aussi la moins peuplée (elle compte 62 000 habitants, soit l’équivalent de Granby) et sa topographie accidentée recèle une foule de recoins inaccessibles autrement que par les airs.

C’est le cas notamment de la Manawaiopuna Falls. La chute du Parc jurassique.

Nous étions dans les airs depuis à peine sept minutes quand le pilote de l’hélicoptère a demandé « Are you ready for Jurassic Park ? » en faisant retentir dans nos écouteurs la chanson thème du film.

Je ne savais pas que les 20 secondes vaudraient presque à elles seules les 80 minutes du vol. L’hélico s’est bercé dans l’immense cuvette montagneuse tapissée d’une végétation dense dont les couleurs se transformaient au fil du relief. C’était l’expérience ultime du Parc jurassique. On pourrait tout à fait s’imaginer un T-Rex apparaître dans une clairière, ou un troupeau de brachiosaures lever leur long coup pour nous observer.

Quand l’hélico s’est posé devant la chute, à une centaine de mètres de la (maintenant détruite) plate-forme bétonnée, les passagers l’ont mitraillée de photos. Et, vite, ils ne savaient plus trop quoi faire. Pour être franche, moi non plus. Le pilote insistait. « Allez ! Vous avez du temps, profitez-en ! » Le hic, c’est qu’à part se laisser humidifier par la bruine de la chute et prendre des photos, il n’y avait pas vraiment d’endroit à explorer sur ce terrain privé. Cette chute a beau être célèbre… elle reste une simple chute.

Et ça fait partie de l’expérience de revenir sur des lieux de tournage. Ils ne sont jamais identiques à l’image qu’on s’en est faite. Et ça me convenait tout à fait. Le cinéma a justement ce pouvoir de nous inspirer des voyages vers des contrées qu’on n’aurait pas découvertes autrement.

En tout cas, l’hélico permet un point de vue qu’on n’aurait jamais eu depuis la terre ferme de la côte Na Pali, cette partie du littoral taillée au couteau qui donne à ce coin de Kauai un petit air de Vietnam. Comme elle est inaccessible en voiture, on peut explorer cette côte dans une randonnée (assez sportive) de quelques jours, ainsi qu’en kayak, quand l’océan est clément. Mais le plus simple pour un être humain moyen est de la voir en catamaran.

Puisque l’hélico ne s’y attarde que quelques subjuguantes minutes, le tour de bateau transforme les minutes en heures et permet de faire des photos extraordinaires… pourvu qu’on sache dompter la houle. Le capitaine se permet quelques explications, pointe ça et là les lieux de tournage de quelques films, mais, sinon, le tour est une agréable promenade pour profiter du paysage, où le plaisir est de manger de bons plats maison, de prendre du soleil sur le pont devant une carte postale bien réelle, en format panoramique.

Au loin, j’ai reconnu l’endroit où a été tournée la scène d’ouverture de The Lost World. M’enfin, je pense l’avoir reconnu. Quand je me suis retournée pour vérifier mes impressions auprès de mon chum, je l’ai retrouvé dans un coin du bateau à essayer de gérer son mal de mer.

Si ce n’était pas cet endroit exact, cette plage recluse accessible seulement par la mer a sûrement servi de lieu de tournage pour un autre film. Après tout, il y a plus de 600 sites visités par Hollywood depuis les années 1930. « Kauai a été l’Afrique, la Nouvelle-Zélande, Tahiti, le Vietnam et même Honolulu. Mais, ici, on joue rarement nous-mêmes ! », remarque Mickey Gautney, notre interprète de Roberts Hawaii, la plus ancienne compagnie de tours guidés d’Hawaï, qu’on a rencontré sur son movie tour, une visite de plus de cinq heures axée sur les lieux de tournage.

« Cette île peut avoir l’air de n’importe où et les équipes de productions l’adorent. C’est l’un des rares endroits dans le monde où elles n’ont pas besoin de passeport et où les acteurs peuvent tourner dans le fond de la jungle le jour et boire des mai tai à l’hôtel le soir. »

Le seul site de tournage du Parc jurassique, près duquel on passe pendant ce tour, est la vallée où l’on aperçoit pour la première fois les brachiosaures, une vision qui laisse le Dr Grant en état de choc. Et moi aussi, j’étais en état de choc quand Mikey a montré du doigt le Kahili Ranch pendant que le minibus continuait à rouler près de Kilauea. « Voyez ! C’est juste à côté de l’autoroute. C’est la magie d’Hollywood ! », dit-il en promettant de s’arrêter au retour pour prendre une photo à travers la fenêtre teintée de l’autobus.

Enfin, je lui ai demandé s’il était possible de visiter la « porte » du Parc jurassique. Car, depuis mon arrivée à Kauai, toutes les personnes interrogées m’ont découragée de m’aventurer sur ces chemins hasardeux qui menaient près du Blue Hole, l’un des lieux sacrés de l’île.

Comme guide, il avait sûrement des contacts, ai-je supposé, mais comme les autres, il a vite fait une bouchée de mon plan, prétextant que l’accès était beaucoup plus compliqué depuis le récent tournage de Monde jurassique sur l’île. J’ai ouvert la bouche pour argumenter, avant de vite comprendre que certaines portes doivent rester fermées.

Tout le reste de la journée, j’ai malgré tout cherché des astuces pour m’y rendre parce que dans mes rêves, cet article se terminait par une excitante aventure dans laquelle « non » n’était pas une réponse satisfaisante.

Mon chum, qui a accepté de consacrer ses vacances à réaliser mon rêve, s’est opposé pour la première fois du voyage. « Sérieux, Émilie. On ne fera pas quatre heures de marche pour avoir une photo de toi entre deux pôles de métal. »

De sa bouche, mon plan semblait encore plus ridicule qu’il était foireux. Alors j’y ai renoncé, étonnamment sans broncher.

Parce que, si la « porte » est toujours là 22 ans plus tard, je savais qu’elle y sera encore lorsque je reviendrais à Kauai.

Kauai a été l’Afrique, la Nouvelle-Zélande, Tahiti, le Vietnam et même Honolulu. Mais, ici, on joue rarement nous-mêmes !

En vrac

Se munir de The Ultimate Kauai Guidebook (Wizard Publications), un précieux allié et l’un des meilleurs guides de voyage que j’aie lus. Les auteurs ont passé au peigne fin chaque resto, jusqu’à la moindre piste de randonnée, et partagent leurs impressions dans des textes détaillés, rigoureux et remplis d’humour. On souhaiterait qu’ils nous fournissent des guides de chaque pays du monde, mais on devra se contenter de ceux sur Hawaï (Oah’u, Maui, Big Island). Je suggère de le dénicher avant de partir ou de télécharger l’application.

 

Visiter le National Tropical Garden, et surtout les 80 acres de l’Allerton Garden, dans un tour guidé. Les voyageurs qui ont le pouce vert peuvent même profiter de leurs vacances pour faire du bénévolat sur place. 40 $ par adulte pour un tour de deux heures et demie.

 

Pour voir la côte Na Pali : si vous avez le pied marin, sautez dans un tour en catamaran de Blue Dolphin Charter. Pendant cinq heures, on vous nourrit, vous laisse faire du snorkling avec les tortues de mer et prendre mille photos de la superbe côte et des dauphins. Sur le chemin du retour, c’est bar ouvert (autant pour les tours en avant-midi qu’au coucher du soleil). Les « locaux » les surnomment les boozy cruises… et c’est mérité (environ 150 $).

 

Si vous avez moins de temps devant vous, optez pour d’hélicoptère. Le coup d’oeil sur la côte est rapide, mais vous aurez en plus une vue ahurissante sur des panoramas de Kauai autrement inaccessibles. La vue à l’intérieur du cratère du mont Wai’ale’ale — le sommet le plus humide au monde — et du mur de fines chutes d’eau est un moment fort de l’excursion. Si toutes les compagnies survolent la chute du Parc jurassique, seule Island Helicopters a la permission d’y atterrir. Pour les fans, c’est l’expérience ultime (269 $ par personne avec rabais en ligne, un tour d’environ 80 minutes).

 

Pour en savoir plus sur les films tournés à Kauai, le tour guidé de Robert’s Hawaii est tout désigné. Preuve qu’ils prennent ça cool à Kauai, le tour dure presque six heures et survole les films depuis les débuts de l’intérêt d’Hollywood pour l’île.

 

La qualité des vidéos est un peu datée, mais le guide ponctue son tour d’anecdotes personnelles sur les (nombreux) tournages. Un incontournable pour les mordus de cinéma qui ont toute la journée devant eux. Mettez-le à l’horaire en début de séjour : vous découvrirez plusieurs plages secrètes et serez heureux d’avoir encore de longues journées pour revenir y flâner.

 

Pour d’autres lieux de tournage du Parc jurassique sur l’île, allez ici.

 

Renseignements : gohawaii.com/en/kauai.



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