Tendances voyage 2004 - Le touriste responsable et... voyeur

Séismes, sécurité, SRAS, surbooking, sables éprouvants. Les trois S de Sea, Sex and Sun ont la vie dure...

L'année 2003 n'a pas eu tous les atouts requis pour que le touriste se sente l'âme vagabonde. Et pourtant, comme chaque année, des millions de touristes déferlent sur les bacs à sable, harcèlent les musées, traquent l'alligator, épient l'edelweiss et titillent le rural. Certes, on privilégie partout le tourisme de proximité par mesure de sécurité. Les Allemands redécouvrent la Bavière des klein villages, les Français «tripent» sur les yourtes mongoles de la Lozère, les Italiens du sud fréquentent le nord de la botte et les Suédois ont pour les lapones quelques palpitations. Ici, le Québec est devenu une destination à part entière avec ses fjords qui seraient plus beaux que ceux de la Norvège, son rocher Percé aux brouillards salvateurs et ses îles de la Madeleine qui subliment les blanchons en hiver et les prix de locations de masures en été.

Tout est beau et bon, comme les fromages, les pâtés, les gîtes, les mouches et le skidoo.

Il n'y a pas de nouvelles destinations en vue, mais plutôt des destinations qui se trouvent une soudaine attraction. Cuba a trouvé dans le parcours du Che un créneau porteur. Des longs séjours y sont proposés en remplacement de la Floride où, comme chacun le sait, on mange beaucoup trop. Le Mexique bétonne la Riviera Maya pour faire plus neuf, mais garde ses excursions de masse vers les sites des empires disparus. L'Argentine est devenue une terre d'accueil à bon marché. On note des augmentations de 300 % au Cambodge pour visiter les sites khmers et de 400 % en Afrique du Sud pour guetter des girafes débarrassées de l'apartheid et visiter la prison de Nelson sur la route des vendanges. La Croatie retrouve son sourire vacancier du côté de Dubrovnik et de ses îles après avoir oublié les Serbes. Prenez un conflit et, dix ans plus tard, on obtient une destination à la mode. Je guette Bagdad, Kaboul et Gaza pour les années 2015.

Quelques voyagistes états-uniens et européens font aussi dans le tourisme responsable; celui de visiter des coins du monde où la situation de la population est en dessous du seuil de pauvreté et des droits de l'homme, de son amazone, de ses progénitures. L'Inde, l'Afrique, le Népal sont visités à coups d'écoles, d'hôpitaux et de camps. D'autres voyagistes retiennent 1 $ par forfait vendu pour les verser à des organismes qui dispensent de l'eau où il y en a pas et de la dignité où il y en a peu.

Certains hôteliers de République Dominicaine, de Cuba, du Venezuela et de Colombie ont également pensé à flirter avec la générosité des vacanciers en bord de crique. Le projet consisterait à aménager, lors d'une soirée yé-yé, en semaine, une sorte de «tout-inclus-thon», dont les fonds seraient versés au village, à la ville, au maire, aux amis, au ministre et... à l'État. On sortirait les plus pauvres ou les plus démembrés pour la circonstance.

Il reste également une forme de voyage de plus en plus populaire, celle qui permet de vivre l'extrême en toute sécurité. Tree and breakfast à Hawaï, tente et merguez dans le désert, igloo and golf sur la banquise, tipi et champagne dans l'Ouest canadien, grottes et baguettes au Vietnam, la Mongolie à cheval, la Turquie à pied... Le touriste étant devenu responsable, informé, courageux et un peu voyeur.

On vit une époque formidable.