Le rêve fou d’un enfant du Languedoc

La fontaine de Philia, une sculpture représentant une jeune fille endormie au bord d’un bassin où flottent des lotus géants. <br />
Photo: Nicole Pons La fontaine de Philia, une sculpture représentant une jeune fille endormie au bord d’un bassin où flottent des lotus géants. 

C’est un pari insensé pris dans les années 1980 par un enfant du pays languedocien. Daniel Malgouyres n’a jamais eu peur de rien, pas même d’avoir à déplacer des montagnes.

Tombé amoureux du site d’une ancienne carrière de basalte dans laquelle il jouait dans sa jeunesse, pendant des années il rêve de l’acheter. L’endroit datant de l’époque romaine est devenu une décharge de gravats (non polluants) lorsqu’il peut enfin l’acquérir. Qu’importe. Daniel Malgouyres est tenace et sa femme, Françoise, déborde de courage. Menace de destruction par le passage d’une autoroute, vie difficile dans une caravane sur le chantier pendant sept ans, deux enfants à élever, des tonnes de roche à déblayer au tractopelle… il fonce. Au fil du temps le projet change. Oublié l’élevage de carpes prévu au début en créant des bassins naturellement étanches grâce au basalte ; on va faire un jardin où l’eau sera reine.

Quatorze ans de travaux titanesques plus tard, le désert de caillasses est devenu une splendide oasis de quatre hectares, un jardin paysagé à l’esprit sauvage. Un exploit, étant donné la déclivité du terrain entièrement composé d’immenses dalles de pierre taillées en escalier par les carriers d’antan. Quatre grands bassins d’environ quatre mètres de profondeur reliés par des cascades s’y sont lovés. Un formidable terrain de jeu pour l’amour argenté, un gros poisson d’environ 1,3 mètre, originaire du fleuve Amour en Chine, la carpe Koï, venant du Japon, et le black-bass de la famille de la perche, qui y ont trouvé leur place. Le côté minéral est omniprésent. Tout est bâti avec des matériaux de récupération. Un choix idéologique. Les déblais ont servi pour les collines ; les pierres, pour les monuments, le majestueux amphithéatre dédié aux spectacles, les murets et les arcades ; un monolithe de neuf mètres de haut trouvé sur les lieux trône dans le jardin ; les sols des sentiers sont composés de tuiles récupérées.

Il fallait arborer le site, très aride. « Sur le terrain il y avait peu de végétation, seulement des amandiers sauvages et des chênes verts », souligne Aurélie, la fille du couple, qui, avec son frère Olivier, a rejoint l’aventure familiale. « Nous avons beaucoup planté en privilégiant les essences à croissance rapide, comme le saule pleureur et le bambou. » S’ajoutent le rosier, le laurier rose, l’agave du Mexique, l’eucalyptus, le palmier de Californie, le pin d’Alep, des oliviers vieux de 800 ans venus d’Espagne, et partout des fleurs champêtres et une pelouse qui demande beaucoup d’entretien sous ce climat aride.

Daniel, qui n’est pas sculpteur, a imaginé et réalisé de ses mains la fontaine de Philia, une sculpture représentant une jeune fille endormie au bord d’un bassin où flottent des lotus géants. Il lui a fallu trois mois pour créer son oeuvre taillée dans un seul bloc de pierre long de plusieurs mètres recouvert d’un ciment spécial, le sculpter en terminant par un vernis marin doré protecteur. Chapeau l’artiste ! Une femme de son entourage lui a servi de modèle.

Lauréat de nombreux prix depuis 15 ans, le jardin est inscrit en 2013 à une célèbre émission de télévision de France 2, Le jardin préféré des Français. Il s’agit de choisir, parmi 22 jardins répartis dans chaque région de la France, le site préféré des téléspectateurs. Saint-Adrien remporte le titre. Une reconnaissance nationale amplement méritée.

Informations

Jardin de Saint-Adrien, Servian (Hérault), route nationale 113, à mi-chemin entre Pézenas et Béziers. Tél. : 04 67 39 24 92. Ouvert jusqu’au 1er novembre inclusivement. Fermé l’hiver. Horaires, visites guidées, animations et spectacles.