Des palaces chez l’habitant

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Inspirés par le succès d’Airbnb, des sites Internet proposent aux voyageurs de louer chez des particuliers. Ces start-up s’adressent à une clientèle aisée, habituée aux hôtels de luxe.

La location de vacances entre particuliers vient d’atteindre l’âge de raison : cela fait sept ans qu’Airbnb a révolutionné l’économie hôtelière mondiale et bouleversé les habitudes.

Depuis la création du célèbre site, 25 millions de voyageurs ont tourné le dos aux hôtels traditionnels pour poser leurs valises chez l’habitant.

Inauguré avec les trois matelas pneumatiques que les fondateurs avaient mis en location dans leur appartement de San Francisco, Airbnb propose aujourd’hui des pied-à-terre dans plus de 34 000 villes du monde.

Mais le site a beau offrir 300 châteaux, des villas à couper le souffle ou des lieux insolites et chics (bateaux, cabanes, wagons, cabines de téléphériques…), il ne garantit pas (encore) que ces destinations sont à la hauteur des photos. Et il ne propose pas (encore) de services de luxe, comme une conciergerie.

Or, au-delà d’un certain plafond (environ 675 $CAN), la tolérance du client pour le filet d’eau tiède de la douche ou les ressorts qui massent les vertèbres chute rapidement. C’est dans cette brèche que s’est engouffré un nouveau type de start-up.

Elles visent une clientèle habituée aux 5 étoiles, qui a le goût de la décoration pointue et du personnel de maison, mais pas celui du risque.

Le site français Le Collectionist, lancé en décembre 2013 avec une dizaine de maisons à Saint-Tropez et à Deauville et qui en compte plus de 200 cette année, propose ainsi des lieux de résidence somptueux à des prix allant de 13 500 $ à 135 000 $ la semaine : manoir du XVIIe siècle sur l’île de Bréhat, en Bretagne, villa remplie de pièces de designers dans les environs d’Aix-en- Provence…

On trouve même une maison sur l’île de Vaehina, dans l’archipel du Vanuatu, à l’est de l’Australie, avec plage privée, à partir de 19 000 $ la nuit. À ce tarif, le site s’occupe de tout : ménage quotidien, état des lieux et chef étoilé au besoin.

Dans un style plus yankee, Inspirato fonctionne comme un club privé : on devient membre en s’acquittant d’un droit d’entrée pouvant atteindre 25 000 $US.

Ensuite, il faut verser une obole annuelle (entre 2600 et 4600 $), qui permet d’accéder à un catalogue de près de 400 maisons, essentiellement aux États-Unis, avec intérieurs aux tons pastel, canapés épais et colonnades.

Onefinestay, un autre site lancé à Londres en 2009, gère plus d’un millier de maisons et d’appartements privés à New York, Los Angeles et Paris.

« Nos clients ? Beaucoup de parents qui optent pour le tourisme urbain mais ne veulent pas être séparés de leurs enfants à l’hôtel, ni se retrouver au petit-déjeuner avec des financiers en train de lire leur journal », explique Keyvan Nilforoushan, directeur de Onefinestay en France.

Le site ne prélève pas de commission mais propose un prix au propriétaire, puis détermine sa marge. Les tarifs — de 200 $CAN la nuit pour un studio à Paris à 5000 $ pour une maison dans Londres, ou 3400 $ pour un loft à Brooklyn — incluent tous les services d’un palace.

Un iPhone est même mis à la disposition des « invités » (on ne dit pas « clients ») pour leurs appels locaux et pour pouvoir contacter l’agence 24 heures sur 24, qui leur donnera de bonnes adresses ou les dépannera en cas de problème.

« Les propriétaires et les invités ne se voient jamais et ne discutent pas entre eux directement », précise Keyvan Nilforoushan. Nous prenons tout en charge, même la mise en place de scellés sur certaines portes. La seule chose qu’on demande aux propriétaires, c’est de préciser les dates sur le calendrier. »

Des inconnus en couchsurfing

Mais pourquoi des propriétaires aisés laisseraient-ils des inconnus couchsurfer (dormir sur le canapé) sur leur Knoll vintage 1975 ?

« Ces propriétés coûtent cher à entretenir, rappelle Max Aniort, directeur général du site Le Collectionist. Les revenus générés par la location permettent parfois de garder une maison dans la famille depuis longtemps.

« De nombreux propriétaires sont aussi des gens d’affaires qui ne louent que quelques semaines par an pour couvrir les charges. »

Même pour les gens plus fortunés, avec le développement de l’économie participative, il n’y a plus de petites économies.