Des airs de désert

Quriyat, une ravissante ville côtière de la mer d’Oman.
Photo: Gary Lawrence Quriyat, une ravissante ville côtière de la mer d’Oman.
Splendide contrée d’Arabie, le paisible sultanat d’Oman forme un passionnant concentré de culture et d’histoire arabe, avec authenticité mais sans excentricité, avec kebabs mais sans shebab, avec la mer et les déserts pour uniques frontières.


Après quelques heures à rouler entre massifs arides aux stries à rides, palmeraies aux douces claies et fortins jalonnant les anciennes routes caravanières d’épices et d’encens, elles sont soudainement apparues, hautes et immenses, pareilles à un tsunami ocre qui s’apprêterait à submerger les modestes demeures du village de Bidiyah.

Lointainement reliées par ciel et terre au fabuleux Quart Vide — le désert des déserts de la péninsule arabique —, les dunes de Sharqiya étalent leur superbe sur des milliers de kilomètres carrés, en un incommensurable tapis de gigatrilliards de grains de sable épars, qui ondulent dans le sud-est du placide sultanat d’Oman.

Aussi appelées dunes de Wahiba, elles abritent toujours de nombreuses familles bédouines — de plus en plus sédentarisées — et servent de cadre à toutes sortes d’activités pas toujours traditionnelles, du surf sur sable aux sorties en quad, des balades à dos de chameau aux courses de dromadaires organisées par le « ministère des Affaires chamelières » (le Ministry of Camel Affairs, ça ne s’invente pas).

Plus fréquemment, le moutonnement des sables de Sharqiya tient aussi lieu de terrain de jeu aux adeptes de dune bashing, une activité inventée par des ados squattant un corps d’adulte (comme mon guide Rachid) et qui consiste à gravir, descendre, virer, déraper et naviguer en 4X4 sur une mer de dunes, en brassant allègrement la carcasse des occupants… qui adorent ou qui exècrent, c’est selon.

Mais au coeur de ce néant sablonneux où pèse lourdement le silence, il y a tellement mieux à voir et à faire… ou à ne rien faire. Car rares sont les lieux du globe aussi propices au ressourcement que le désert, comme si la vacuité environnante aspirait le trop-plein de tracas.

Pour ce faire, on peut prendre part à une longue et lente méharée ou rallier des oasis esseulées lors d’une grande traversée des sables en Land Rover. « La dernière fois que j’y ai guidé des étrangers, nous avons roulé pendant dix jours et j’ai abouti sur un rivage perdu au milieu de nulle part, à Ras Runis, se rappelle Rachid. Il n’y avait rien, sauf le sable, la mer et des Bédouins qui vendaient de l’essence dans des tonneaux de bois ! »

Inutile d’aller si loin pour vivre l’isolement propre aux déserts, cependant : il suffit de séjourner dans un établissement à cinq milliards d’étoiles. À Oman, plusieurs campements permettent ainsi de s’enfoncer au coeur des dunes et de profiter de nuitées plus ou moins luxueuses, du chic Desert Nights Camp à l’authentique Nomadic Desert Camp, tenu par une famille bédouine. Entre les deux, le camp Sama Al Wasil est juste assez modeste pour ne pas coûter la peau des fesses, et juste assez confortable pour ne pas esquinter le dos de ses hôtes.

Situé au bout d’une vallée dunaire et lové au pied d’une muraille de sables, il compte une vingtaine de maisonnettes disposées en cercle. Devant chacune, des coussins et des tapis persans pour s’affaler ; en dehors de l’enceinte, une vaste tente bédouine où l’on enfourne de bons petits mets le soir venu : citrouilles en papillotes, mezzes, kebabs de viande de chameau, jus de citron-menthe, dattes et café à la cardamome.

Preuve qu’il faut impérativement passer la nuit dans le désert : les deux instants inoubliables du séjour sont directement reliés à l’apparition et à la disparition du soleil. Le soir, les dunes s’embrasent follement en rougeoyant ; le matin, elles s’illuminent doucement, passant de l’ocre grisâtre au jaune aurifère, avant d’être délavées par l’effet blanchissant du vortex solaire. Entre ces deux moments magnifiquement atmosphériques, mieux vaut se retirer à l’ombre ou… se réfugier dans une oasis.

Pause fraîcheur dans les wadi

Ah, Rachid ! Comme ça, tu te rinces l’oeil quand d’autres se trempent le popotin ? Bien sûr, ce n’est pas tous les jours que des naïades venues du froid se délestent de leurs atours sous tes yeux prétendument chastes. Mais ce n’est pas parce que tu les observes de loin en faisant mine de les croquer avec ton appareil photo qu’elles ne t’ont pas vu venir avec tes grosses babouches.

Nous sommes à Wadi Bani Khalid, l’une des oasis les plus notoires d’Oman, et pour cause. Alimenté par une source située en amont, ce wadi (vallée plus ou moins irriguée selon la période de l’année) compte une succession de piscines naturelles aux eaux émeraude, qui se lovent en autant d’alcôves creusées dans le roc blanchâtre, faisant naître çà et là des bouquets de palmiers.

Très prisé par les Omanais les week-ends (qui se gardent une petite gêne en se baignant le corps couvert, même quand il fait 50 °C à l’ombre), Wadi Bani Khalid l’est tout autant par les étrangers, heureux de s’y rafraîchir en piquant une tête à l’écart des regards (sauf ceux des guides) ou pour vérifier s’ils seront téléportés dans des jardins luxuriants en prononçant « Salim bin Saliym Salam » en frappant les parois de la grotte de Moqal, comme le veut une légende.

Si plusieurs autres wadi et oasis édéniques ponctuent le pays, la seule région omanaise qui pourrait correspondre à tant de verdoyance demeure le Dhofar, qui profite chaque année de la mousson de l’océan Indien — et d’où provient le meilleur encens du monde.

Hélas, c’est aussi la seule région du pays à éviter par les temps qui courent puisqu’elle est limitrophe du Yémen, où vivent bien des agités du bocal enturbannés. Une exception qui confirme une règle : Oman forme l’un des pays les plus sûrs du Moyen-Orient et du monde musulman.

Une Arabie à l’islam modéré

Paisible contrée aussi voisine de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de l’Iran (de l’autre côté du golfe d’Oman et du détroit d’Ormuz), le pays où Sinbad le marin aurait vu le jour incarne à maints égards les traditions arabes dans ce qu’elles ont de mieux. Son peuple de 3,2 millions d’âmes demeure conservateur et réservé, certes, mais il est surtout simple, hospitalier et d’une grande aménité, pratiquant un islam modéré, l’ibadisme, dans un cadre arabo-persan mâtiné d’influences indiennes et swahilies par endroits.

Situé au carrefour des routes caravanières et maritimes entre l’Inde et l’Afrique, cet ancien protectorat britannique a longtemps dominé la côte est-africaine et l’océan Indien, avant de devenir une pétromonarchie dirigée depuis près de 45 ans par le sultan Qabous. En plus d’avoir réinvesti allègrement les profits du pétrole en infrastructures et en services à la population, celui-ci mise de plus en plus sur le tourisme, mais dans une moindre mesure que ses cousins éloignés de Doha (Qatar), d’Abou Dhabi et de Dubaï (Émirats arabes unis).

Hormis certains projets d’envergure (comme le développement récréotouristique The Wave ou le Centre de congrès et le futur aéroport de Mascate), Oman préfère jouer la carte de l’authenticité, de l’intégrité et de la pérennité de sa culture plusieurs fois millénaire… dans un environnement dominé par les déserts, qu’ils soient de sable ou de pierre.

Au coeur du pays, de rudes massifs montagneux s’élèvent ainsi, comme celui du djebel Shams (alias la montagne du soleil, 3075 mètres) qui domine le « Grand Canyon d’Arabie », le Wadi Ghul, dont les parois verticales dépassent 1000 mètres.

Au hasard du relief apparaissent également villages de pisé bordés de palmeraies ; d’impressionnants forts comme Rustaq, digne des Croisés, ou Bahla, patrimoine mondial de l’UNESCO ; une ravissante ancienne capitale, Nizwa, dont la mosquée couronnée d’un dôme d’or et de lapis-lazuli fleure bon la Perse ; et de vertigineux fjords entamant la péninsule de Musandam, « la petite Norvège d’Arabie ».

Même les plages idylliques du sud-est, où vont pondre les tortues, ainsi que les villes jalonnant les 1700 kilomètres de côte, comme Sour, chef-lieu des boutres, ou Mascate, l’adorable microcapitale, sont entourées de décors rêches et désertiques. Implacable et omniprésent, plat ou tout en hauteur, ondoyant ou tarabiscoté par la tectonique des plaques, le désert imprime ici sa marque presque partout, dardé qu’il est par un astre qui semble tarauder toute chose en tout instant.

Pas surprenant, dès lors, qu’une grande majorité d’Omanais portent encore et toujours la dishdasha, cette longue tunique blanche qui garde le corps bien au frais, ainsi que le kumma, un petit couvre-chef aéré qui leur protège le crâne.

Quant aux femmes, même si elles jouissent ici d’un statut plus envieux qu’en bien des contrées musulmanes, elles se font souvent rares et arborent parfois des voiles vivement colorés — comme pour compenser leur faible nombre en apparence.

« Fais cependant attention quand tu les prends en photo : beaucoup d’Omanaises détestent ça, surtout en zone rurale, prévient Rachid. J’ai des clients qui se sont déjà fait lancer des pierres à cause de ça ! »

Merci de signaler cette singularité culturelle, Rachid. Maintenant que nous voilà prévenus, ne sois pas surpris de recevoir quelque invective en pleine poire la prochaine fois que tu prendras en photo des étrangères en train de se baigner.

 

Notre journaliste était l’invité de Qatar Airways.

En vrac

Transports. Qatar Airways relie Montréal à Mascate trois fois par semaine, via le nouvel aéroport Hamad de Doha. Compter une treizaine d’heures de vol, dont douze pour gagner le Qatar. Le départ se fait tard en soirée, ce qui maximise les chances de dormir à bord. Classe affaires impeccable, classe économique avec beaucoup d’espace et excellent choix de divertissement, avec 1000 options (films, musique, jeux).

 

Meilleures saisons. De la fin de l’automne au début du printemps, à moins de vouloir explorer les hautes montagnes, auquel cas l’été conviendra mieux.

 

Hébergement. À Mascate. Shangri-La Barr al Jissah: trois splendides hôtels en un, soit Al Waha, un 5 étoiles pour la famille, Al Bandar, un 5 étoiles de luxe, et Al Husn, un 6 étoiles avec plage privée. Grand Hyatt Muscat : un peu clinquant mais impressionnant, cet hôtel arabo-kitsch dispose d’un immense jardin en bord de mer et d’une vaste plage aussi large que tranquille. The Chedi : considéré par plusieurs comme la fine fleur hôtelière de Mascate, cet établissement grand luxe au design stylé borde une longue plage. Dans un registre plus modeste : Golden Tulip Seeb, hôtel standard avec chambres correctes mais un peu vieillottes, service attentionné, bon buffet abordable le soir et navette pour l’aéroport (à cinq minutes).

 

Région de Nizwa. Alila Jabal Akhdar, un superbe hôtel boutique perché à 2000 mètres aux abords d’un canyon vertigineux.

 

Dunes de Sharqiya. Camp Sama Al Wasil : une vingtaine de minibungalows sommaires mais sympas, très bien situés au pied d’immenses dunes. Pour plus de luxe : Desert Nights Camp.

 

Guides. Oman et les Émirats arabes unis, Lonely Planet, 2014, 320 pages. Oman et les Émirats arabes unis, Bibliothèque du voyageur, Gallimard, 2014, 288 pages.

 

Renseignements:
omantourisme.com