Nevada blues

S’il n’y a aucun vent, on peut attendre des heures caméra à la main avant de voir rouler un virevoltant.
Photo: Hélène Clément S’il n’y a aucun vent, on peut attendre des heures caméra à la main avant de voir rouler un virevoltant.
Avoir une envie folle d’aller jouer au poker dans la « cité aux mille tentations » n’a rien de très exceptionnel. Mais un road trip dans le 36e État des États-Unis, de Las Vegas à Elko, via les villes fantômes de Pioche, Currie, Eureka… au coeur du Grand Bassin, c’est un peu moins tendance. Sauf si on s’intéresse à la vie des cow-boys du Far West. Cap sur Elko, dans le nord du Nevada.


«Un road trip au Nevada ? À Elk… quoi ? De la poésie cow-boy ? Sont poètes, les cow-boys ? » Étonnement. Sourire. Froncement de sourcils. Voilà, en gros, la travée de questions et d’émotions que suscite un voyage dans le Far West américain.

Eh bien oui, il y a une poésie cow-boy. Jolie, d’ailleurs. Qui parle de la nature, du cheval, des vaches, des montagnes, du soleil, du blizzard, de l’entraide, de la famille, de Dieu… Des mots ordinaires, sur une vie ordinaire racontée de façon extraordinaire. Et qui prend aux tripes.

Le cow-boy peut se montrer courtois, sentimental, contemplatif, verveux aussi. La montée en popularité, depuis 31 ans, du National Cowboy Poetry Gathering en fournit la preuve.

Cette année, une cinquantaine de poètes, conteurs et musiciens venus des États-Unis, du Canada, d’Australie et du Mexique ont participé à la fête. Et des milliers de propriétaires de ranch, rodéistes, fadas de folklore, wanabee cow-boys convergent des États voisins pour les applaudir.

Gardiens de troupeaux et fermiers

« Notre but est d’encourager la transmission du mode de vie traditionnel des gardiens de troupeaux et des fermiers de l’Ouest américain », explique David Roche, directeur du Western Folklife Center, une organisation à but non lucratif basée à Elko. « Et d’en assurer la durabilité. »

Si la poésie et la musique occupent une place de choix au festival, l’événement d’une durée de cinq jours propose une panoplie d’ateliers allant du tressage du cuir à l’orfèvrerie, la poésie, l’écriture, la musique, la cuisine et la danse… On y présente des films et des documentaires.

« Le côté moins connu du festival : les conférences et débats sur l’actualité économique et environnementale de l’Ouest qui, depuis 20 ans, permettent aux intéressés d’exprimer leurs craintes sur l’avenir de la ruralité dans l’Ouest et le travail d’équipe sur le ranch. L’idée : apporter des solutions et partager des modèles de réussite sociale », précise David Roche.

Une joyeuse célébration de la vie de ranch qui encourage les échanges entre les gardiens de troupeaux dans le monde. Le festival a déjà accueilli des gauchos d’Argentine, des gardiens du sud de la France, des butteris d’Italie, des csikos de Hongrie et des nomades de Mongolie.

Cette année, les invités d’honneur étaient les vaqueros de l’État de la Basse-Californie du Sud, sur la péninsule mexicaine. De très rudes travailleurs qui préfèrent la mule au cheval.

C’est justement lors d’un voyage à Elko, il y a cinq ans, que j’ai découvert le « vrai » cow-boy. Celui qui, le jour, rassemble le bétail pour le mener au pâturage dans les montagnes, et qui, le soir, gratte la guitare autour d’un feu en fredonnant une chanson. Pour garder les bêtes tranquilles.

Le cow-boy qui trime dur dans le ranch en essayant tant bien que mal de survivre à une industrie grippée. Celui qui arpente à cheval la piste sur des milliers de kilomètres. Celui qui est vêtu d’un jeans à la taille, d’une ceinture stylée et d’un chapeau à large bord. Et qui devient poète.

Oui, Elko appartient à l’Ouest, l’authentique. L’élevage fait partie des richesses de la région et on y fabrique des selles reconnues dans le monde entier. Les cow-boys que l’on croise dans la rue ne sortent pas d’un film. Et ils ont troqué leur fusil contre un téléphone portable.

Mes deux filles m’accompagnaient. Le film Fievel auFar West n’était pas bien loin dans leurs souvenirs. Et pour s’imprégner de l’âme cow-boy, nous avons opté pour un road trip au départ de la « cité des péchés ». Question de découvrir dans le détail les étendues désertiques et montagneuses du Nevada qui inspirent tant ces buckaroos.

Notre seul souci : le climat. Car, si les températures en janvier oscillent autour de 15 °C à Las Vegas, dans le nord, c’est différent. À Eureka, par exemple, sur la route 50, il peut tomber jusqu’à 50 centimètres de neige en un jour. Sans chaînes aux pneus, on ne passe pas les cols.

Mais Chioné a eu pitié de nous. Point de blizzard ni de tempête de neige ni vent violent. Et des températures anormalement douces, si bien que bottes et manteaux sont restés dans les valises.

Virevoltant, harmonica et fantômes

Depuis Las Vegas, il faut plus de huit heures pour rejoindre la ville d’Elko, située au pied des Ruby Mountains, entre Reno et Salt Lake City. Mais le voyage en voiture sur les grandes routes solitaires du Great Basin, au coeur d’un désert rustique parsemé d’armoises, d’arbres rabougris, de cactus, de genévriers, et dominé par des montagnes aux sommets enneigés, vaut le coup.

« Nulle imagination humaine, même nourrie de toutes sortes de descriptions, ne peut se représenter la beauté et le caractère sauvage des sites qui se présentent quotidiennement sous nos yeux dans ces contrées romantiques », lit-on d’entrée dans le guide Ulysse Sud-Ouest américain.

Rien de plus vrai que ces quelques mots énoncés en 1830 par le peintre américain George Catlin, qui a passé une partie de sa vie à représenter en peinture et en dessins les us et coutumes des Amérindiens de la Californie, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique, de l’Utah et du Nevada.

Qu’on roule sur la route 93, ou Great Basin Highway, de Las Vegas à Wells, sur la 80 — l’ex-California Trail, entre Wells et Reno via Elko et les Ruby Mountains, ou sur la fameuse 50, the loneliest route in America, toutes tiennent sous le charme d’un bout à l’autre. « Yes, ma’am, it’s Nevada. » Une mégadose de beaux paysages qui réjouissent et tranquillisent l’âme.

Les premiers virevoltants, c’est dans le parc provincial Cathedral Gorge que nous les avons aperçus, à 20 kilomètres au nord de Caliente. Une halte obligatoire sur la route 93. Imaginez pinacles et grands murs d’argile, sorte de badlands aux formes originales de cathédrale, de forteresse, de dragon… uniques survivants de l’érosion dans un immense désert de poussière.

Impossible de quitter les lieux sans avoir photographié la fameuse boule errante qui parcourt les routes dans un silencieux périple. Les clichés ont la vie dure. Il doit bien y avoir une vieille éolienne quelque part, un troupeau de vaches, un cow-boy égaré qui joue de l’harmonica.

Si le virevoltant tient la cote auprès des cinéphiles, l’agriculteur l’a en horreur. C’est que la plante xérophyte, importée de Russie au Dakota du Sud, au XIXe siècle, élimine du sol en moins de deux jusqu’à 166 litres d’eau, mettant ainsi en difficulté une récolte complète de blé.

Nous sommes à admirer les derniers chatoyants du couchant lorsque les deux virevoltants observés depuis une heure se mettent à rouler. Le temps d’une photo rapide. Plus savoureux, les murs d’argile aux formes de cathédrale subito teintés d’un orange pétant. De quoi devenir poète.

Tête de Pioche

Cap sur Pioche avant la noirceur. Qui aimerait se trouver la nuit sur une route habitée par les coyotes, les virevoltants et les fantômes des frères Dalton ? Où ne passe qu’une voiture toutes les 20 minutes. Où il faut rouler des centaines de kilomètres avant de croiser une station d’essence.

Au temps de la conquête, Pioche était une ville minière sans lois qui abritait douze saloons et un cimetière bondé de défunts meurtriers. Pioche, qui exploitait ses mines de fer entre deux coups de fusil, fut prospère jusqu’en 1871, année où elle fut littéralement pulvérisée par l’explosion d’une cargaison de 300 tonnelets de poudre, tuant une douzaine de ses habitants et laissant les autres sans adresse. Mais Pioche a refusé de disparaître.

Le centre-ville historique est suffisamment loin des routes balisées pour être demeuré totalement authentique. Un genre d’inconfortable mélange de vieux dans de l’ancien. Une demi-journée est nécessaire pour découvrir la trentaine de sites historiques, les deux musées, le cimetière Boot Hill où seraient enterrés, comme le veut la légende de l’Ouest, ivrognes et joueurs tués dans une bagarre et inhumés bottes aux pieds, le vieux théâtre Gem, l’opéra…

L’hôtel historique Overland Hotel & Saloon est parmi nos coups de coeur : une dizaine de chambres rétros aux noms charmants de Kokopelli Suite, The Fishing Hole, The Anasazi Dwelling… Un vieux bar qui empeste la boucane et raconte mille histoires. Du whisky.

Les comtés Eureka, Lincoln, White Pine et Elko comptent une cinquantaine de villes fantômes nées de la conquête de l’Ouest. Des villes abandonnées à la suite d’une catastrophe naturelle, du retrait brutal des voies de communication ou d’une activité économique grippée. Parfois, on n’y trouve qu’un tas de pierre, une vieille pharmacie, une ancienne prison, un hôtel, un opéra. Mais le paysage reste celui qui a alimenté le rêve d’aventure de plusieurs enfants et qui inspire tant les cow-boys du Nevada et d’ailleurs. Suffisant pour devenir poète.

En vrac

S’y rendre. Air Canada offre un vol direct vers Las Vegas. De l’aéroport, louer une voiture en s’assurant, si l’on visite le Nevada à la saison froide, qu’elle soit équipée de bons pneus d’hiver. On dénombre dans cet État plus de 300 montagnes sur un territoire couvrant 286 351 kilomètres carrés. Le sommet le plus élevé, le Boundary Peak, culmine à 4005 mètres. Pioche se trouve à 1850 mètres d’altitude, Ely à 1962, Elko à 1544 et Eureka à 2000 mètres.

 

Itinéraire en boucle. La 93 Nord de Las Vegas à Wells via Alamo, Caliente, Pioche et Ely ; la 80 Ouest de Wells à Elko ; la 80 Ouest d’Elko à Carlin ; la 278 Sud de Carlin à Eureka ; la 50 d’Eureka à Ely, puis la 93 Sud d’Ely à Las Vegas. Neuf jours de désert, neuf jours de bonheur.

 

Où dormir. À Pioche (282 km de Las Vegas), à l’hôtel historique Overland Hotel & Saloon. À Ely (460 km de Las Vegas), à l’historique Hotel Nevada and Gambling Hall. À Elko (760 km de Las Vegas), au Red Lion Inn pour une expérience plus chic. Spectacles et activités reliés au National Cowboy Poetry Gathering y prennent place. À Caliente (240 km de Las Vegas), au Shady Motel. Ici, la nuit, lorsque passe le train reliant Los Angeles à Salt Lake City toutes les deux heures, on comprend mieux la vie à proximité d’une voie ferrée.

 

Aimé. Les brioches à la cannelle du Windmill Ridge, un café-resto-hébergement sympa sur la route 93, à Alamo (155 km de Las Vegas). Le copieux souper du restaurant basque The Star (sorte de « all you can eat » basque), au 246 Silver Street, à Elko. Les Basques sont nombreux à vivre au nord du Nevada et à faire l’élevage de moutons. Le resto Jailhouse, à Elko. Ce n’est pas tous les jours qu’on mange (et bien) dans une cellule d’une ancienne prison du Far West. Siroter un whisky au bar du Western Folklife Center, à Elko. Parcourir la ville d’Ely à pied. Une vingtaine de murales peintes sur les murs des édifices de la rue principale racontent l’histoire du comté de White Pine, de l’époque amérindienne à celle où Ely vivait de son élevage de bétail et de son industrie minière, elynevada.net. Une virée dans les Ruby Mountains, particulièrement le Lamoille Canyon.

 

Le National Cowboy Poetry Gathering: la 32e édition se tiendra du 25 au 30 janvier 2016.

 

Renseignements généraux sur le Nevada : office-tourisme-usa.com/etat/nevada.

Un compagnon de route pratique

Le fournisseur de voyage Expedia.ca s’est avéré une bonne ressource lors de ce voyage au Nevada. Le site propose une belle sélection d’hôtels à las Vegas, bien sûr, mais aussi ailleurs dans les régions plus reculées de l’État. Seules les petites structures hôtelières des villages fantômes sont absentes du radar d’Expedia.

 

Tous les villages et villes (fantômes ou pas) traversés lors de ce road trip, ainsi que les hôtels et les restaurants fréquentés au Nevada offrent le Wi-Fi. Cela permet de réserver son hôtel au jour le jour en cas de changement de cap.

 

Au grand bonheur des utilisateurs, Expedia.ca lançait iI y a quelques semaines son nouveau programme de fidélité qui propose aux voyageurs d’accumuler des primes voyages. Aucune période d’interdiction n’est imposée pour l’échange des points et ceux-ci sont multipliés par trois si la réservation est faite par l’intermédiaire de l’application mobile Expedia.

 

Le fournisseur propose des réservations auprès de 400 compagnies aériennes, 365 000 hôtels, des activités, des forfaits voyages et des voitures de location. On s’inscrit au programme sur le site.