Avec le «bleisure», Tourisme Laval sort une nouvelle carte professionnelle

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
L’hôtel Hilton Montréal-Laval vient d’adapter son offre de type long séjour avec l’aménagement de ses 42 suites-appartements. Un étage est complété, six suites sont déjà opérationnelles.
Photo: Tourisme Laval L’hôtel Hilton Montréal-Laval vient d’adapter son offre de type long séjour avec l’aménagement de ses 42 suites-appartements. Un étage est complété, six suites sont déjà opérationnelles.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme et évasion

Monsieur Anderson de Toronto passe quatre jours dans la région lavalloise. Réunions d’affaires, réseautage, retour à l’hôtel. Entre deux séances de travail, il compte tester le simulateur de chute libre du SkyVenture, visiter la Cité de l’astronautique du Cosmodôme et magasiner. La cuisine tout équipée dans sa chambre d’hôtel lui permettra, en outre, de souffler un soir, de tomber la cravate. M. Anderson est un client-type bleisure.

Contraction des termes anglais business (affaires) et leisure (loisirs), le bleisure titille les observateurs et les experts en tourisme d’affaires depuis 2010. Déferlera… déferlera pas ? Toujours est-il que cette tendance floute les frontières autrefois bien distinctes entre le tourisme d’affaires et le tourisme d’agrément. Soit le voyageur d’affaires est accompagné de sa famille ou de son ami(e) et il se prévoit quelques pauses loisirs (le nomadisme des outils technologiques d’aujourd’hui permettant de travailler partout), soit il séjourne en solo et s’octroie quelques plages divertissantes dans son horaire pour profiter un peu de la destination. Comme en Amérique du Nord, et contrairement à nos voisins européens, les congés payés se comptent sur les doigts d’une main, ces nouvelles formules travail-loisirs ouvrent la voie à de multiples opportunités pour des grands centres urbains tels que Laval.

À l’hôtel, comme à la maison

L’hôtel Hilton Montréal-Laval vient d’adapter son offre de type long séjour avec l’aménagement de ses 42 suites-appartements. Un étage est complété, six suites sont déjà opérationnelles. Il s’agit d’espaces comprenant une ou deux chambres fermées, un salon, une salle à manger et, grande nouveauté, une cuisine tout équipée (réfrigérateur, évier, lave-vaisselle, micro-ondes, plaques chauffantes). De là à ce que notre M. Anderson se lance dans la préparation d’une sauce à spaghetti dans sa chambre, il n’y a plus qu’un pas… de bonne volonté à franchir ! Sinon, notre Torontois réchauffera un plat concocté par le chef de l’hôtel ; plat ramassé à la petite épicerie que l’hôtel envisage d’ouvrir au rez-de-chaussée. Se croire à la maison sans être à la maison. Avec le bleisure, l’offre hôtelière revoit sa copie en ce qui concerne l’accueil et l’expérience client. Savant dosage à trouver…

Laval mise sur sa localisation

« Les voyageurs d’affaires qui viennent à Laval pour plusieurs jours aiment s’entraîner, sortir, magasiner, bien manger. Ils recherchent une expérience complète. Laval permet cela (boutiques, lieux de congrès, restaurants, vie nocturne), tout en limitant les déplacements, car notre offre touristique se concentre sur un rayon de quelques kilomètres. Bien entendu, nous proposons des produits de plein air, comme le Centre de la nature. Mais ce qui nous distingue vraiment, c’est le tourisme d’intérieur », confirme Geneviève Roy, présidente-directrice générale de Tourisme Laval depuis juin 2014. Mme Roy cite aussi les résultats d’une étude menée depuis plusieurs années par Clientis. Régulièrement, cette société spécialisée en développement d’affaires interroge des planificateurs de réunions, de congrès et des décideurs québécois, torontois, canadiens. La question posée est chaque fois la même : selon vous, quel est le principal critère pour choisir un lieu de congrès ? Jusqu’à présent, la réponse était « le budget ». Mais ô surprise, pour 2014, l’emplacement arrive en tête.

Le défi ? Rester compétitif malgré la concurrence des villes voisines

L’emplacement. Voilà justement l’atout sur lequel mise la région lavalloise depuis plusieurs années pour s’attirer les voyageurs d’affaires. Un réseau de transport bien desservi, un maillage bien ficelé, une situation géographique à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal. « Tout est concentré, et il y a de la vie autour d’un lieu de congrès. De quoi programmer une sortie culturelle, une virée familiale », renchérit Mme Roy. On saisit d’autant plus l’importance de la situation géographique en regard du profil des visiteurs d’affaires majoritairement provincial (partis politiques, organisations syndicales, associations professionnelles, etc.). Loin donc d’une clientèle d’affaires internationale comme celle que captent Montréal et Québec (qui ont toutes deux réaffirmé leur intention de développer leur offre en tourisme d’affaires), mais bien connectée aux régions limitrophes et au-delà. « Nous avons une très bonne clientèle provinciale. Le défi est de rester compétitif. » Comment y parvient-on ? « Entre autres, grâce à l’expertise que nous partageons et au volet humain. » Outre des guides pratiques gratuits, Tourisme Laval propose un outil permettant de simuler la planification d’un événement appelé le Simplificateur. De plus, l’organisme offre de l’accompagnement et du soutien sur le terrain (deux personnes accomplissent cette tâche, ndlr).

Tourisme Laval lorgne du côté du tourisme sportif

Hormis le tourisme d’intérieur sur lequel misent beaucoup l’organisme et l’ensemble de ses partenaires, chez Tourisme Laval, on rêve désormais à de plus grosses affaires : le tourisme sportif. Un créneau en plein essor. En 2012, au Canada, le marché a représenté 4,34 milliards de dollars en dépenses internes et amené 19,4 millions de visiteurs (dont 18,5 millions de Canadiens). Les prévisions de croissance affolent les esprits. Laval s’imagine déjà accueillir des événements sportifs capables de recevoir des cohortes de visiteurs d’affaires et familiaux, à la Place Bell, complexe multifonctionnel culturel et sportif prévu pour l’automne 2017. De son côté, le promoteur de spectacles Evenko (qui vient de lancer son agence) a commencé à approcher des artistes. Quant à la programmation sportive, ce sera l’embarras du choix en raison des trois patinoires intérieures prévues dans ce gros amphithéâtre ! D’ici là, la panoplie de festivités au programme du 50e anniversaire de la ville de Laval fera sans nul doute grimper les taux de fréquentation : spectacle du Jour de la Terre avec les Cowboys Fringants, rallyes, fêtes familiales, demi-marathon, tour cycliste… L’année 2015 s’annonce plus que remplie touristiquement parlant pour Laval. Sans compter que la ville poursuit sur sa belle lancée démographique. Dans le dernier bilan de l’Institut de la statistique du Québec (décembre 2014), Laval arrive en tête avec un taux de 13,6 % et une hausse significative des naissances. De quoi alimenter le bassin actuel et futur de visiteurs récréotouristiques.

Et Mme Roy de conclure tout en se projetant vers l’avenir : « On travaille présentement pour être une destination pour le tourisme familial. On travaille très fort pour être une destination pour le tourisme sportif et le tourisme culturel. À Laval, on peut considérer que notre créneau tourisme d’affaires est acquis. Il est inscrit dans notre ADN, c’est notre créneau d’excellence depuis une vingtaine d’années. »

Bilan touristique lavallois 2014

Avec un taux d’occupation* hôtelière de 68,8 % pour 2014, Laval confirme sa deuxième place, derrière Montréal. Pour Geneviève Roy, présidente-directrice générale de Tourisme Laval, il s’agit d’une belle croissance (hausse de 1,6 %), car en 2013 le score était de 67,2 %; la moyenne pour l’ensemble des régions touristiques québécoises étant de 55,1%.

*Taux d’occupation moyen des établissements d’hébergement : rapport entre le nombre d'unités de location occupées durant le mois et le nombre d’unités de location effectivement disponibles.

Source: Tourisme Québec