Le milieu touristique réclame des moyens pour séduire

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
D’ici 2030, on estime que le tourisme international augmentera de 5 %. Le tourisme au Québec, lui, ralentit, voire stagne, comme dans l’ensemble du pays d’ailleurs.
Photo: Olivier Zuida D’ici 2030, on estime que le tourisme international augmentera de 5 %. Le tourisme au Québec, lui, ralentit, voire stagne, comme dans l’ensemble du pays d’ailleurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme et évasion

La révision du modèle d’affaires et de gouvernance de l’industrie touristique à laquelle le ministère du Tourisme s’attelle cet hiver devra être profonde, estiment différents intervenants du secteur. Elle devrait ainsi apporter davantage de changements qu’une simple centralisation et une uniformisation de la taxe spécifique sur l’hébergement (TSH), dont on parle beaucoup actuellement.

L’Association des professionnels de congrès du Québec (APCQ), qui regroupe 33 villes « destinations-membres » et 86 hôtels et centres de congrès, s’attend à ce que le chantier lancé à l’automne soit l’occasion de reconnaître la juste part du tourisme d’affaires. Le secteur apporte beaucoup plus qu’il en reçoit, dit le président de l’APCQ, Steeve Gagné.

« Il faut que le tourisme d’affaires soit enfin reconnu comme un levier économique, dit-il. Soixante pour cent de l’achalandage des hôtels est lié à un congrès, à un salon, à une foire, ainsi qu’à des activités de professionnels qui ne voyagent pas pour faire les touristes, mais pour leur métier. Le tourisme d’affaires, c’est aussi du travail sur le terrain. »

La question de la perception de la THS préoccupe notamment Steeve Gagné, parce qu’il considère que les revenus tirés de cet « outil important pour les régions » sont mal distribués. « On considère que la THS est en grande partie générée par le tourisme d’affaires, soit 60 % de la taxation, et que le secteur reçoit nettement en bas de 60 % des sommes amassées. Chaque région décide de réinvestir l’argent comme elle le souhaite, et dans certains cas, il n’y a rien pour le tourisme d’affaires », s’offusque celui qui oeuvre également à Tourisme Victoriaville.

Pierre-Paul Leduc, président des Associations touristiques sectorielles du Québec, voit d’un bon oeil que la révision pilotée par la ministre Dominique Vien inclue le tourisme d’affaires parmi un des six sujets de réflexion — le Nord, le Saint-Laurent, l’hiver, la culture et la nature sont les autres. « Ça démontre l’importance du secteur », note-t-il.

Le tourisme d’affaires, en plein développement, doit être mieux défini et évalué, reconnaît-on à l’APCQ. « Les festivals l’ont fait et ont maintenant les moyens pour évaluer leur achalandage ou leur impact touristique », constate M. Gagné.

Sans vouloir commenter la réforme à venir, Steeve Gagné souhaite que le ministère du Tourisme demeure un joueur central, capable d’avoir une vue d’ensemble. Il espère surtout que les avenues proposées ne viennent pas affaiblir davantage les régions.

« L’ensemble des régions forme le coeur du Québec, il ne faudrait pas qu’elles arrêtent de battre. Oui, Montréal et Québec sont des pôles, mais sans les régions, ils ne fonctionneraient pas », estime-t-il.

Pour plusieurs intervenants, les enjeux de la révision ministérielle, dont les résultats sont attendus au printemps, devraient reprendre les orientations du Plan de développement de l’industrie touristique, élaboré en 2012, qui visait une croissance de visiteurs annuels de 5 % d’ici 2020.

« L’urgence, c’est qu’il faut s’ajuster pour répondre aux défis, [pour suivre] l’évolution de la clientèle, qui est plus exigeante, plus difficile à aller chercher. Les nouvelles technologies et les Airbnb [plateforme Internet de location de logement entre particuliers] de ce monde ont beaucoup d’impact », estime Louis Rome, consultant pour l’industrie touristique.

D’ici 2030, on estime que le tourisme international augmentera de 5 %. Le tourisme au Québec, lui, ralentit, voire stagne, comme dans l’ensemble du pays d’ailleurs. À l’époque de l’Expo 67 et des Jeux olympiques de Montréal, le Canada se classait deuxième derrière l’Italie comme « destination selon les arrivées internationales ». En 1990, il est tombé au 9e rang et, vingt ans plus tard, au 15e échelon, derrière notamment la Malaisie, l’Ukraine et Hong-Kong, puis à la 16e place du palmarès 2012 de l’Organisme mondial du tourisme.

Depuis quelques années, la force du dollar canadien n’a pas aidé : elle a repoussé les touristes des États-Unis. « La cause de la diminution de la clientèle américaine au Canada et au Québec s’explique essentiellement par des raisons économiques et plus particulièrement par l’évolution du taux de change entre le dollar américain et le dollar canadien, lit-on dans le mémoire des Associations touristiques régionales présenté à la ministre Dominique Vien en octobre. C’est un impact majeur sur l’ensemble de notre performance puisque cette clientèle représente, encore en 2012, 71 % de toutes les clientèles hors Canada venues au Québec. »

À l’Association québécoise de l’industrie touristique (AQTR), il est urgent de freiner cette tendance. « Depuis 2009, on s’inquiète de notre performance. On est en déficit, c’est-à-dire qu’il y a plus de sorties du Québec que d’entrées [de visiteurs] », dit Lucie Charland, directrice de l’AQTR, dont le modèle est l’Australie, qui a augmenté son taux de visites de 3,5 %.

La gestion de la TSH peut susciter des débats, les modifications au modèle d’affaires et à la gouvernance devront toucher plus en profondeur toute l’industrie touristique. La concurrence est forte, et non seulement mondiale.

« Séduire, ça ne se fait pas avec de l’air », estime en fin de compte Steeve Gagné.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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