Le boisé d’Émélie

À Saint-Alphonse-Rodriguez, un hameau de chalets au bord du lac Pierre porte le nom d’Émélie Marchand-Payette, native de l’endroit.
Photo: Geneviève Tremblay Le Devoir À Saint-Alphonse-Rodriguez, un hameau de chalets au bord du lac Pierre porte le nom d’Émélie Marchand-Payette, native de l’endroit.
Qu’a donc à offrir le piémont de Lanaudière, cette terre de vallons, de lacs et de rivières qui scinde la région en deux? En hiver, le silence monastique de ses villages figés dans la neige et désertés par les vacanciers appelle au repos ; mais le cadre est tel qu’il encourage, lui, au plein air et aux vagabondages.​
 

Juste avant Rawdon, la forêt se fait plus dense et coiffe les premières ondulations depuis les plaines de la vallée du Saint-Laurent. Pas de grand centre en vue : que des villages aux noms saints où traîne parfois, clin d’oeil de l’histoire, un patronyme hérité des colons écossais et irlandais ayant peuplé la région au XIXe siècle. C’est l’entrée dans le coeur sauvage de Lanaudière, plus timide, méconnu des citadins et autres chercheurs de grands espaces.

À Saint-Alphonse-Rodriguez, petit village de 3000 habitants dont la population quadruple lorsqu’arrive l’été, un petit hameau de chalets au bord du lac Pierre porte le nom d’une native de l’endroit : Émélie Marchand-Payette. Au début des années 20, fuyant les dures conditions de vie du nord de l’Ontario où elle avait suivi son mari bûcheron, Émélie revient au bercail avec ses neuf enfants. Quinze ans plus tard, elle entame la construction de 14 chalets d’été qui lancent dès lors une tradition familiale, et régionale, a-t-on envie d’ajouter : héberger le passant, le survenant.

Ne rien dénaturer

« Elle a bien travaillé, Émélie. L’été, ça marchait en masse. Ça grouillait pas mal plus qu’aujourd’hui au village, se souvient Marcel Gaudet, 84 ans, maire de Saint-Alphonse-Rodriguez pendant 22 ans. Y’avait cinq messes le dimanche, ça te donne une idée ! » Après être passés de main en main, 6 des 14 chalets de l’époque ont été rachetés par Louis yves Lebeau, petit-fils d’Émélie et maire du village de 2005 à 2009, et sa conjointe Nancy Demers. Disséminé sur de petites buttes boisées reliées par des sentiers, le lot a été patiemment rénové depuis et cherche à perpétuer l’« esprit d’accueil » ancestral.

« Le but est d’harmoniser les chalets avec les alentours pour ne rien dénaturer, explique Mme Demers. Personnellement, louer un chalet aseptisé… Il faut garder une histoire, sentir la campagne. » Ce cachet d’antan se devine dans le cocon des petites chambres, dans les murs de lattes de bois et la luminosité des espaces.

Et ce n’est pas un hasard si la nature lanaudienne paraît si proche : c’est elle qui sert d’inspiration, voire de matière première aux chalets. « Les Lanaudois la respectent énormément. Elle est intacte, encore présente et sauvage. On essaie de travailler avec les matériaux qu’elle nous offre. » En l’occurrence, le bois récolté durant le traçage des sentiers du centre de plein air Aux 4 sommets, ouvert il y a deux ans sur le terrain adjacent.

Dans un cadre pareil, aussi bien profiter des possibles de cette nature généreuse. C’est du moins l’équation qu’ont faite les propriétaires, soucieux d’offrir à leurs hôtes de quoi bouger à proximité de leur pied-à-terre. À deux minutes de marche des Chalets d'Émélie, les sentiers de ski de fond (30 km) et de raquette (10 km) du centre, dédiés tant au loisir qu’à la compétition, partent à l’assaut des vallons. Une patinoire a été aménagée entre les arbres et un chalet d’accueil en bonne et due forme sera construit au printemps.

« On veut partager la passion du plein air. Nos sentiers sont d’ailleurs considérés assez costauds ; c’est un dépassement de soi », illustre Nancy Demers, faisant référence au dernier triathlon des neiges et à la course en raquette du 21 février prochain, dans le cadre de la Coupe des neiges 2015. Dans le tracé libre et en buttes des sentiers, le randonneur a de quoi stimuler ses pulsations cardiaques. Et dans un calme quasi absolu, les sommets en question n’ayant comme voisins immédiats que des ruisseaux et la petite faune du coin.

Redémarrer le tourisme

Depuis qu’ils vivent la moitié de l’année dans le piémont, Louis yves Lebeau et Nancy Demers travaillent à redémarrer le tourisme autour des 34 lacs du secteur de Saint-Alphonse-Rodriguez. Ce n’est pas chose facile, semble-t-il ; faute de réseau, la région apparaît endormie. « Il y a une proximité, une entraide qui se crée, mais par lac, avance Nancy Demers. La région est développée en silos, le défi reste de remettre tout ça ensemble. »

Pour autant qu’il soit prêt à une virée en campagne par monts et par vaux, le voyageur trouvera de quoi faire et, surtout, de quoi apprécier l’hospitalité lanaudienne. Certains parcs régionaux ouvrent leurs portes même l’hiver, les érablières battront bientôt leur plein et des artisans font affaire dans les villages avoisinants: Sainte-Marcelline-de-Kildare, Sainte-Mélanie, Rawdon...

«On a de beaux paysages, mais on est loin des grands centres. Faut se faire connaître », glisse Jean-Philippe Demontigny, qui exploite avec ses parents la Terre des bisons à Rawdon. D’où l’idée du vagabondage dont on parlait.

En vrac

Dormir. Aux Chalets d’Émélie. Six chalets tout équipés, d’une à trois chambres, au bord du lac Pierre.

Bouger. Aux 4 sommets. Le centre organise régulièrement des compétitions et fait de la location d’équipement. Ouvert durant l'hiver (ski de fond, raquette, fat bike, patin) et l'été (vélo de montagne, randonnée, escalade). Sinon, la patinoire de la rivière L’Assomption, à Joliette, est ouverte jusqu’au début mars. Et le parc régional de la Chute-à-Bull, à Saint-Côme, donne libre accès à ses sentiers durant l’hiver.

Goûter. Aux produits de la Terre des bisons, à Rawdon, aux confitures de Simon Turcotte, à Sainte-Marcelline, aux miels du Miel de chez nous, à Sainte-Mélanie et aux bières de l’Alchimiste, à Joliette. Avis aux routards: la carte des Chemins de campagne est un bon compagnon de route.

Paresser. Dans le spa nordique et le sauna sec des Chalets d’Émélie, compris dans la location d’un chalet. Pour des installations plus complètes: le Spa La Source, à Rawdon.

Notre journaliste était l’invitée des Chalets d’Émélie.
1 commentaire
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 16 février 2015 09 h 10

    Ne rien dénaturer

    Ne rien dénaturer comporte une incontournable exigence: l'interdiction de sports motorisés. Tout ce que décrit cet article perd tout son sens si motoneiges et vtt envahissent les lieux.

    Desrosiers
    Val David