Les grands classiques du Chiapas

Le majestueux canyon de Sumidero que l'on visite en quelques heures en bateau.
Photo: Hélène Clément Le majestueux canyon de Sumidero que l'on visite en quelques heures en bateau.
L’État du Chiapas, au sud-est du Mexique, regorge de splendeurs. À commencer par les villes coloniales San Cristobal de las Casas et Chiapa de Corzo, puis le site maya de Palenque, mais aussi les villages indigènes San Juan Chamula et Zinacantan, le canyon de Sumidero ou encore les cascades Agua Azul et la chute Misol-Ha. De Tuxla Gutiérrez à Palenque, une invitation à communier avec la musique, la gastronomie, la nature, l’architecture, l’histoire.
 

De la capitale de l’État du Tabasco, Villahermosa, nous ne verrons que son aéroport international qui dessert depuis peu le site maya de Palenque, dans l’État du Chiapas. C’est ici que prend fin notre voyage, qui a débuté dans la capitale chiapanèque, Tuxla Gutiérrez.

Cinq jours nous ont permis de découvrir les classiques de cet État méridional du Mexique, bordé au sud-ouest par l’océan Pacifique, à l’est par le Guatemala, au nord par l’État du Tabasco et à l’ouest par les États d’Oaxaca et de Veracruz. Une région montagneuse à forte culture indigène.

Comme nous voyageons sur les ailes d’Aeromexico et que seule la compagnie aérienne mexicaine Interjet (low cost) dessert l’aéroport de Palenque — ouvert à l’aviation civile depuis février 2014 —, nous parcourons en minibus les 115 kilomètres qui séparent Palenque de l’aéroport international Carlos Rovirosa Pérez. Il faut compter pas moins de deux heures pour s’y rendre.

C’est d’ailleurs pour accéder plus facilement à la fameuse cité maya que cet aéroport a vu le jour. Une sorte de pied de nez à une infrastructure routière pas toujours des plus modernes. Inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, le site de Palenque attire annuellement un million de visiteurs et se classe au quatrième rang des principaux sites archéologiques mexicains.

Puis, une fois à Palenque, les voyageurs aventureux oseront peut-être tâter plus en profondeur cet État peu populaire auprès du touriste fuyant les frimas de l’hiver. Il est vrai que les tout-compris pleins d’étoiles ne courent pas les rues ici. Et qu’une petite laine est fort appréciée le soir. Aussi, on dit bien des choses sur le Chiapas. Qu’il est dangereux. Qu’il est pauvre. Synonyme d’agitation politique. On se souvient de la révolution zapatiste de 1994. Et tout ça inquiète.

Oui, le Chiapas est pauvre. C’est même l’un des États les plus pauvres du Mexique, bien qu’il soit l’un des mieux pourvus en ressources naturelles. Grand fournisseur d’hydroélectricité, de pétrole et de gaz naturel, il est aussi le premier producteur de café, de cacao, de mangues et de bananes.

Une richesse mal partagée qui a mené à la révolte du 1er janvier 1994, jour de l’entrée en vigueur du traité de l’ALENA. La façon zapatiste d’attirer les regards du monde sur les piètres conditions de vie des indigènes, dont le nombre représente un quart de la population du Chiapas.

Mais le calme est revenu dans cet État de plus de quatre millions d’habitants. Et le Chiapas est au nombre des États mexicains qui ne font l’objet d’aucune mise en garde du gouvernement canadien. Pas étonnant que les Chiapanèques, frappés à leur tour par la fièvre du tourisme, aient envie de présenter leurs joyaux. Et ils sont d’autant plus accueillants si le visiteur respecte certaines consignes, dont celle de ne pas prendre de photos sans le demander.

 

Au rythme du marimba

Il est 19h30 lorsque nous traversons le centre-ville de Tuxla Gutiérrez. Une foule joyeuse afflue au Jardin de la Marimba où, tous les soirs de la semaine, entre 19h et 21h, se réunit au kiosque à musique un groupe de marimbistes venus battre de la baguette.

Et l’on y danse, et l’on y danse au son des marimbas, cousin du xylophone africain, l’instrument national du Chiapas et du Guatemala voisin, où il prend sa forme la plus sophistiquée.

Les couples se forment et virevoltent sur le sol. Alors que jeunes et vieux se déhanchent dans une ambiance conviviale, vendeurs de ballons et de barbe-à-papa cherchent à se frayer un chemin dans la cohue. Les palmiers décorés de lumières rouges ajoutent à la magie du moment.

Le marimba est partout au Chiapas, dans les restaurants, les bars, les dancings, la rue, et toujours envoûtant. Rien n’exprime mieux la joie de vivre chiapanèque que ces sessions de danse sur les places centrales, alors que les étoiles apparaissent une à une dans le ciel.

Nature et culture

Les superlatifs ne manquent pas à l’évocation du Canon del Sumidero, à quelques encablures de Tuxla Gutiérrez. C’est la raison pour nous de passer cette première nuit dans la capitale chiapanèque qui se trouve à mi-chemin entre l’aéroport Angel Albino Corzo et la petite ville coloniale Chiapa de Corzo, point de départ de l’expédition vers le canyon sur le rio Grijalva.

Bien qu’on puisse visiter le parc naturel d’en haut par la route, le meilleur moyen de voir Sumidero est en bateau. L’expédition d’une trentaine de kilomètres dure deux heures. Notre lancha s’enfonce entre des parois rocheuses qui atteignent parfois une hauteur de 1000 mètres au-dessus de la rivière. Par endroits, le paysage semble extrait du Monde perdu de Conan Doyle.

Il faut de l’imagination pour repérer en cours de route de petits sites archéologiques. Et des yeux de lynx pour localiser la grotte de la Vierge de Guadalupe, planquée au coeur d’un rocher au fond d’une petite baie. Et un sacré bon guide pour raconter l’histoire de ces lieux tout en montrant du doigt des singes hurleurs pendus aux arbres, des crocodiles endormis sur la berge, des vautours, des iguanes, des hérons, des tortues, des aigrettes, des pélicans et des canards.

« Sumidero est entré dans l’histoire vers 1525, lors de la bataille de Tepetchia », explique notre guide Murielle Copin, une Belge installée à San Cristobal depuis 10 ans. « Plutôt que de se rendre aux conquistadores espagnols, les Indiens chiapanèques ont préféré se jeter dans le canyon du Rio Grande de Chiapas. Une bataille qui restera tristement célèbre ici. »

À même le mur vertical d’une haute falaise, on aperçoit une formation naturelle faite d’une cascade de mousse. Elle rappelle curieusement un immense arbre de Noël. Difficile de rendre en images la beauté de ce canyon, les parois étant si proches que le soleil a du mal à se faufiler.

En fin de circuit, le lac atteint 265 mètres de profondeur. L’expédition prend fin près du barrage hydroélectrique de Chicoasén, l’un des plus grands fournisseurs d’électricité du Mexique.

Quant à l’antique ville de Chiapa de Corzo, fondée en 1400 avant Jésus-Christ, il s’agit de la plus ancienne du Chiapas. « C’est ici que se déroule en janvier la Fiesta Grande de Enero, l’un des événements culturels, gastronomiques et religieux les plus importants de l’État », explique Murielle Copin. Une fête inscrite au Patrimoine immatériel de l’humanité à l’UNESCO.

Selon la légende, tout a commencé au début du XVIIIe siècle avec l’arrivée ici de Dona Maria de Angulo, une femme fortunée d’origine espagnole, et de son fils malade. N’ayant trouvé aucun remède efficace en Europe, elle entreprend un voyage en Nouvelle-Espagne pour sauver son enfant. C’est finalement grâce à la médecine locale qu’il guérira.

Dona Maria témoignera à jamais de sa gratitude envers les villageois en leur offrant des présents. En remerciement, la population décide de divertir son enfant en élaborant une danse joyeuse. Mais certains affirment que l’enfant aurait pris peur en voyant les indigènes danser. Les habitants décident donc de se déguiser et de porter un masque en bois laqué de couleur rose, imitant la peau de l’Espagnol, et une perruque de paille représentant la couleur claire des cheveux européens. C’est ainsi que le masque Parachicos est devenu l’icône de Chiapa de Corzo.

Villes magiques

La route qui mène de Tuxla Gutiérrez à San Cristobal de las Casas grimpe et grimpe. Une cinquantaine de kilomètres séparent les deux villes. La capitale chiapanèque niche à 550 mètres, San Cristobal de las Casas à 2200 mètres. Nous sommes au coeur des hautes terres du Chiapas (los altos). Pas surprenant qu’une petite laine soit appréciée pour les promenades le soir.

San Cristobal rappelle un peu Antigua, au Guatemala : piétonne, colorée, branchée, bien pourvue en restaurants, hébergement, cafés sympathiques, bars et magasins. Et riche d’expatriés européens intéressés au sort des indigènes et dont la vie prend son sens dans les rues pentues et les marchés colorés de cette ville coloniale magique, où se croisent tzotzils et tzeltals.

Pourquoi magique ? San Cristobal — comme Chiapa de Corzo et une cinquantaine d’autres villes mexicaines —, est certifiée « Pueblo Magico » par le ministère du Tourisme mexicain. « Une qualification exigeante et difficile à obtenir, mais qui donne aux voyageurs le gage d’un village authentique et intégré dans une région riche en excursions et en sites touristiques », explique Manuel Montelongo, directeur du Conseil de promotion touristique du Mexique.

À la fois traditionnelle et contemporaine, cosmopolite et autochtone, coloniale et verte, on y vient du monde entier pour travailler comme bénévole dans des organisations internationales spécialisées en environnement, éducation, droits de la personne ou soins de santé.

Jusqu’à l’hôpital de la ville qui reconnaît tant la médecine traditionnelle que moderne. Une indigène peut s’y présenter avec sa sage-femme pour accoucher de façon naturelle. D’un côté, donc, on soigne avec plantes et massages, de l’autre avec médicaments et machines.

Une excursion jusqu’à San Juan Chamula permet de mieux comprendre les us et coutumes des Mayas toztiles. La grande attraction : l’église du village. Les Chamulas y laissent entrer le visiteur, mais interdit de prendre des photos ou même des notes. Sous l’allure d’une église catholique à l’extérieur se cache un formidable spectacle à l’intérieur, qui n’est pas sans secouer.

D’abord, pas de banc, ni d’autel, ni de Christ, mais une statue de Saint-Jean. Et des aiguilles de pin sur le sol, symbole de la montagne. Des bougies et de la fumée, si bien que l’air ambiant est irrespirable. De l’eau et de la nourriture pour les saints implorés. De la musique et des enfants qui jouent. Et on prie. Pour une bonne récolte, un membre de la famille, une meilleure santé. Quant aux poules utilisées pour les rituels, elles ne ressortent jamais vivantes de l’église.

Les Chamulas se disent catholiques, mais si le pape entrait ici, il y perdrait tête et tiare. On n’y célèbre aucune messe, on prie directement les dieux et les saints quand on a besoin de quelque chose. L’église est un centre pour guérisseurs. On y entre pour soigner les maladies de l’âme.

Le village voisin de Zinacatan est spécialisé dans le tissage et la broderie de textile. Les costumes que portent les habitants sont différents de ceux de Chamula. Tant les hommes que les femmes et les enfants sont habillés avec des tissus fleuris, brodés avec soin à la main. Femmes et enfants accueillent chez eux le visiteur avec courtoisie et acceptent de se faire prendre en photo.

Notre journaliste était l’invitée du Conseil de promotion touristique du Mexique à Montréal, d’Aeromexico et du ministère du Tourisme du Chiapas.

En vrac

S’y rendre. Aeromexico offre un vol Mexico-Tuxla Gutiérrez au moins quatre fois par jour. La compagnie de type low cost Interjet propose un vol Mexico-Palenque deux fois par semaine.

 

Manger. Le restaurant Las Pichanchas à Tuxla Gutiérrez. La nourriture (tasajo, pollo en molle, puerco en pipian…) y est succulente et le service, impeccable. Un spectacle de danse raconte l’histoire du Chiapas. Et pour un « El Pumpo », il suffit de sonner la cloche au-dessus de la table pour qu’on vous serve le fameux drink composé de vodka, de lime et d’ananas. À San Cristobal, le resto de la jeune chef chiapanèque Marta Zepeda, Tierra y Cielo, qui niche dans l’hacienda ayant appartenu à ses grands-parents. Elle y cuisine une gastronomie chiapanèque succulente dont la soupe azteca, mon coup de coeur. Et le restaurant familial Antojitos Carmelita pour ses chalupas (tortillas garnies), panes compuestos (pains fourrés), tacos dorados (tacos frits) et son agua de Horchata, mélange d’eau, de riz, d’amandes moulues, de cannelle et de sucre.

 

À faire. À San Cristobal. Une dégustation de café en compagnie d’un barista au Café Carajillo, rue Real de Guadalupe 24. Sillonner les andadores turisticos du centre-ville pour magasiner un bijou en ambre ou déguster une tequila au rythme du marimba dans un bar. Grimper jusqu’à l’église de la Guadalupe, perchée au bout d’un interminable escalier ; la vue sur la montagne environnante y est très belle. Marcher dans les rues pentues de Barrio del Cerrillo (le quartier de la petite colline).

 

Flâner au marché Merposur ou au très impressionnant Mercado municipal Jose Castillo Tielemans, qui vend de tout. À côté de l’église San Francisco, prendre une boisson « ponche » à base de jus de fruits chaud auquel on ajoute pain et posh, cet alcool de maïs et de sucre de canne. Visiter le Museo Na Bolom, en fait l’ancienne résidence d’un couple d’archéologues qui ont consacré leur vie à la protection des indigènes ainsi qu’à la jungle du Chiapas. Outre une collection d’objets, on y trouve une bibliothèque de 9000 livres sur l’histoire des Mayas, ouverte au public. C’est aussi un hôtel de charme.

 

Vers Palenque. Les magnifiques cascades d’Agua Azul et la spectaculaire chute de Misol-Ha valent un arrêt pique-nique et baignade. De San Cristobal au site de Palenque (environ 215 kilomètres), il faut compter au moins six heures d’une route assez éprouvante. Tournis garanti si vous êtes assis derrière dans le minibus. C’est que l’on traverse, par la très sinueuse route 199, le Los Altos. Très beau !

 

Planifier son voyage. Pour un guide, faire appel à l’Association des guides indépendants du Chiapas : guides.chiapas@gmail.com. Murielle Coppin fait partie de ceux qui parlent français, murimexico@gmail.com. Certains voyagistes comme Traditours et Canandes proposent le Chiapas dans leurs circuits au Mexique.