La vraie pépite de Dawson

À plus de 500 mètres de hauteur, le Midnight Dome offre un superbe point de vue sur la vallée du Klondike. On y monte à pied ou en voiture et on s’assoit sur son immense banc de bois sculpté, qui nous fait sentir tout petits dans l’immensité du paysage.
Photo: Émilie Folie-Boivin Le Devoir À plus de 500 mètres de hauteur, le Midnight Dome offre un superbe point de vue sur la vallée du Klondike. On y monte à pied ou en voiture et on s’assoit sur son immense banc de bois sculpté, qui nous fait sentir tout petits dans l’immensité du paysage.
Habitée par 1800 aventuriers qui en font toute l’âme, la ville historique de Dawson mérite qu’on s’attarde à l’autre mine d’or cachée derrière sa façade.
 

En débarquant au petit aéroport de Dawson, dont la salle d’attente a autant de charme et de mètres carrés qu’un cabinet de denturologiste, je m’attendais à voir l’une de ces villes-musées inhabitées et gardées en vie par des animateurs errants d’une relique de la Ruée vers l’or à l’autre, engoncés dans leurs costumes d’époque.

Le type d’endroit où on fait le plein de capsules historiques sur le patrimoine canadien en compagnie d’une bande de touristes en short, boit une Molson Canadian dans un simili saloon, se couche faute de mieux et reprend la sortie éducative après un copieux petit-déj’ continental.

Oh que j’étais dans le champ (de patates Yukon Gold).

Le coeur de Dawson est un complexe historique national que protège Parcs Canada avec soin depuis 1967, et la rue principale, Front Street, ressemble bien sûr à un plateau de tournage avec ses vibrants bâtiments restaurés qui sentent la peinture fraîche et la seule rue asphaltée de la ville. Derrière cette façade colorée, les artères de poussière ont le même cachet qu’en 1898, quand y vivaient 40 000 habitants, à l’époque de la Ruée vers l’or.

Dawson vit encore de ses mines d’or, sauf qu’il y a bien plus que les pépites qui donnent envie à plus de 1800 durs à cuire de vivre déconnectés de tout, enclavés dans une forêt d’épinettes compacte.

En deux décennies, le prix des maisons a doublé. La population est en hausse et il y a même une liste d’attente pour la garderie.

À huit heures de route de Whitehorse, la capitale du Yukon peuplée de 27 000 habitants avec deux Starbucks, l’air de Dawson est empreint d’un parfum de liberté qui se mêle aux effluves de gazoline, de conifère et de cannelle.

« Tu peux être ce que tu veux ici, tu n’as rien à prouver à personne », retient Marie-Pier Richard, une étudiante de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec en stage pour l’été à Dawson, rencontrée au restaurant Klondike Kate’s.

La plupart des gens ont deux-trois emplois. Il n’est pas rare que le commis du supermarché, le mardi, soit à l’affiche avec son groupe folk le mercredi soir, barman le vendredi et chanteur au casino le dimanche à minuit.

Les habitants font toute la couleur de Dawson. Parmi eux, on retrouve Caveman Bill. L’homme aux cheveux longs et aux grosses lunettes vit depuis une vingtaine d’années dans une caverne de West Dawson, l’autre côté de la rivière Yukon.

Sur cette rive privée d’électricité et d’eau courante, les résidants habitent des repaires tranquilles meublés de contrastes : les toilettes sèches, à six mètres de la maison, fonctionnent aux sciures de bois, alors qu’une génératrice active leur congélo débordant de viande pour passer l’hiver, pendant que le cinéma maison dernier cri trône au salon.

La ville est remplie d’artistes — pas anodin qu’elle soit sertie d’une école d’arts visuels prisée —, de rêveurs, de profs qui veulent tout lâcher pour devenir coach de vie, de millionnaires dont on ne soupçonne pas l’épaisseur du portefeuille tellement ils se fondent dans le décor avec leur allure de jobber et leur chemise à carreaux.

Dawson est riche de misfits, ces gens qui ne trouvaient pas leur réelle identité ailleurs et dont la vie prend tout son sens dans la tranquillité pastorale du fin fond du pays. Éloignés du bruit ambiant, ils ont tout le temps et l’espace nécessaires pour se (re)trouver.

C’est ce qui avait attiré Marie-Pier, croisée par hasard le jour de la Saint-Jean-Baptiste sur la terrasse du Klondike Kate’s, où la propriétaire, Josée Savard, avait mijoté une fête nationale aux accents de la francophonie canadienne.

La cour arrière était bondée de touristes étrangers, d’expats ontariens, manitobains, et de villageois réunis autour de cocktails inspirés du fleurdelisé et de bières québécoises.

Un accueillant petit groupe, qui n’a cessé de s’agrandir au fil de l’heure, m’a fait une place à sa table comme si j’étais une vieille amie. Ces gens ont partagé avec moi leurs bonnes adresses et leur amour pour Dawson. La seule condition : que je les aide à entonner des chansons à répondre préparées pour la Saint-Jean — dont plusieurs m’étaient si peu familières que je me demandais dans quel répertoire elles avaient été pêchées.

Faites comme chez vous

« Si j’avais à décrire Dawson en trois mots, je dirais : communauté, festive, paisible », lance tout de go Marie-Pier, les yeux pétillants, après une très brève réflexion, ce qu’approuvent Catherine, qui habite la cité historique depuis quelques années, et le jeune Émile, fils d’un Montréalais et l’un des rares pure-laine du coin. « Paisible » est si évident qu’il se passe d’explication, mais après quelques heures à peine d’exploration, la véracité de « communauté » et de « festif » était facile à confirmer.

Jamais, dans un voyage de presse, nos accompagnateurs d’un office du tourisme invitent les journalistes chez leurs copains sous prétexte qu’il y a une petite fête qu’ils ne veulent pas rater. Pourtant, c’est ainsi que j’ai abouti sans être annoncée chez Greg, qui célébrait ses 61 ans, et Shirley, son artiste d’amoureuse. Ils n’avaient aucune idée d’où je sortais mais m’ont accueillie en pointant les assiettes et le buffet de desserts d’anniversaire et en tendant une coupe de rouge.

« C’est très typique d’ici », dit Frank Wilps, responsable de Tourisme Yukon et ami de Greg, en avalant sa bouchée de gâteau fraise-rhubarbe. Les résidants de Dawson ne disent jamais « Qui sont ces gens ? », mais plutôt « Présente-moi tes amis ».

Et c’est pourquoi on se sent si vite à la maison dans cette ville, entourés de ces étrangers étrangement familiers.

Les heures heureuses

Ici, toutes les occasions sont bonnes pour célébrer, il y a une happy hour toutes les heures. Quand ce n’est pas au resto ou dans les bars d’hôtel, c’est au casino Gertie’s, vers 22h. Et si Dawson vit en sourdine le dimanche, après le départ des touristes, les festivités reprennent aussitôt que la nouvelle vague de visiteurs — surtout composés d’adultes de 40 à 60 ans — débarque avec les véhicules récréatifs le mercredi.

La musique est profondément ancrée dans le pergélisol, et plusieurs soirs par semaine, des groupes locaux sont en prestation au Pit, le surnom de l’hôtel Westminster, le plus vieux bar du Yukon. Des artistes de l’extérieur de Dawson viennent chaque week-end animer le Palace Grand Theatre.

L’été, les festivals multiplient les raisons de faire la fête. Le promontoire du Midnight Dome, situé à plus de 500 mètres de hauteur, donne un panorama magnifique sur la région. Le soir du solstice d’été, c’est l’endroit le plus chaud de la ville. Visiteurs et résidants s’y rendent pour un mégajam nocturne et pour veiller sur le soleil qui refuse lui aussi d’aller se coucher.

La longue fin de semaine du Dawson City Music Fest, à la fin de juillet, est un puissant pôle d’attraction alors que s’y produisent des groupes de partout au Canada (on raconte que les soeurs Boulay ont fait un malheur lors de la dernière édition). En juin dernier, sur le babillard du marché bio Bonanza, une petite annonce mentionnait que le festival était à la recherche de bénévoles — locaux ou étrangers — pour héberger les artistes et servir la bière, en échange d’une passe d’une journée pour assister aux spectacles. Dans ce coin de pays, toute la magie opère grâce aux villageois et aux touristes qui se portent volontaires pour prêter main-forte. Et c’est le cas autant pour la Yukon River Quest (une course de kayak de 715 kilomètres sans interruption le long de la rivière Yukon) que pour la fête célébrant la culture autochtone appelée Moosehide Gathering, qui culmine chaque soir par un festin gratuit où les participants sont invités à faire la vaisselle.

Pendant la période estivale, le soleil infatigable veille jusqu’à 2h du matin. Après le souper, le cancan du casino Diamond Tooth Gertie’s et l’essai du fameux SourToe Cocktail au Downtown Hotel — pour entrer dans le fameux « club », les téméraires boivent une once de fort dans lequel marine… un orteil humain —, la nuit de sommeil peut attendre.

À minuit et demie, pendant que la nuit est éclairée par une lueur digne de 20h, la soirée prend un nouvel élan. Les gens collationnent avec l’une des inoubliables pointes de pizza du Back Alley Pizzeria Greek Cuisine, avant d’aller danser au Pit ou de prendre un verre au Bombay Peggy’s.

Je n’ai aucune difficulté à croire Frank Wilps, de Tourisme Yukon, quand il dit que « Dawson ressemble à une ville universitaire pour adultes. Ici, c’est comme si les gens ne vieillissaient jamais. »

Ce qui se mesure moins par la quantité de verres levés que par leur talent à profiter pleinement du temps qui passe.

Il n’y a plus de rush, à Dawson. Et ça semble être devenu la règle d’or.

En vrac

À Dawson City, en été, inutile de remplir sa valise de manteaux chauds. La température de cette ville nordique est encore plus clémente qu’à Whitehorse, plus au sud. En juin, le thermomètre affichait un injuste 24 °C, alors qu’au Lac-Saint-Jean on peinait à décrocher un 15 °.

Sortir des sentiers battus au Klondike Institute of Art and Culture. Plusieurs ateliers de sculpture, de dessin, d’expression corporelle, et des expositions sont au programme. Avec le KIAC, il y a toujours quelque chose à faire en ville.

Surprendre ses papilles au Drunken Goat Taverna, un excellent restaurant grec d’une qualité qu’on ne s’attend pas du tout à retrouver dans le fin fond du Canada. C’est bondé, festif, et les portions sont aussi généreuses que les patrons sont gentils.
L’inventif chef du Klondike Kate’s fait de la magie avec ce qu’il a sous la main et crée à partir de rien des plats inusités, comme des steaks de chou-fleur.

Profiter du réseau Internet gratuit pendant l’heure du lunch au resto style saloon du Triple J Hotel. Les frites de patates douces et le burger végé au tzatziki sur pain ciabbata font un repas très satisfaisant. Le wi-fi est difficile à attraper dans le coin, alors on en profite ici. Ou, mieux, on s’en passe.

Prendre un verre au Downtown Hotel pour son atmosphère western et ses défis de cowboy tel le SourToe cocktail, au Bombay Peggy’s pour son décor victorien et son bar à martinis, et au casino Diamond Tooth Gertie’s, moins pour le gin-tonic que pour les spectacles en soirée. De mai à septembre, sept jours sur sept, on a droit à trois spectacles par soir. Ça commence par un cancan et se termine avec une prestation contemporaine un brin plus aguicheuse.

Arrêt obligé au Pit, le surnom de l’hôtel Westminster. À 10h du matin, la taverne est souvent remplie de mineurs. C’est l’heure parfaite pour un verre matinal dans une ambiance des plus authentiques. Avec ses spectacles, le Pit est aussi un lieu de rencontre des visiteurs et des « locaux » jusqu’à tard dans la nuit. Les murs sont tapissés des toiles d’Halin de Repentigny, un artiste montréalais dont les oeuvres sur la Ruée vers l’or, les mines et les paysages du Yukon ornent plusieurs commerces de la ville.

Prendre un latte et une salade de quinoa dans la petite cabane en bois de l’Alchemy Café. Toujours rempli, ce lieu célèbre la littérature ainsi que la culture bio écolo. Que du beau.

Faire une petite marche de santé le long des berges de la rive ouest de la rivière Yukon pour voir les bateaux abandonnés du Paddlewheel Graveyard.

Pour un bain d’histoire sur la Ruée vers l’or, on se rend au Centre des visiteurs, un bâtiment datant de 1898, pour prendre part à l’une des nombreuses visites guidées. On prend le temps de poser toutes les questions qu’on veut aux guides : ils (et surtout elles) ont beaucoup de choses à raconter et partagent le tout avec esprit.

Renseignements sur les festivals, les visites et les endroits à ne pas rater : dawsoncity.ca.

On s’y rend par avion via Whitehorse sur les ailes d’Air North, ou, mieux encore, par voie terrestre pour contempler le paysage. Si on n’a pas de voiture, la compagnie Husky Bus fait le trajet à partir de Whitehorse pour une centaine de dollars.

Notre journaliste s’est rendue au Yukon avec la collaboration de Via Rail et de Tourisme Yukon. Émilie Folie-Boivin a également essayé le SourToe Cocktail du Downtown Hotel et raconte l’expérience en détail sur son blogue : evasionadomicile.com.
1 commentaire
  • Miss Tinguette - Inscrit 3 novembre 2014 15 h 12

    les $$$ du Yukon

    Être journaliste pourrait aussi dire aller au fond des choses....Dawson a été profilé tant de fois tel ke vous le décrivez...cependant, sachez qu'il y a une vague de suicide en ce moment...3 depuis 9 mois...

    Sachez k'il y a des organismes a but non lucratifs qui ont accumulé des fonds publics et ce de plusieurs MILLIERS de dollards car les gens vont avec le coeur et non avec la tête de gestoinnaire qui se vut kan on utilise ces fonds...

    Sachez aussi qu'il est impossible en ce moment de proposer au maire et son équipe des projets jeunesses relevant de l'éducatoin financières...drôlement nécessaire..

    Sachez que les jeunes de là gagnent en moyenne 75 000$ en sept mois de travail pour ensuite se retrouver sur l'assurance emploi...endettés vu les PICK UP, les SKI DOO, les 4ROUES, la boisson, les party, les voyages....

    Effectivement les adultes du village donnent un drole d'exemple...

    J'en suis sortie encore sobre et pas trop sénile...à force de trouver tout â ça culturellement normal....

    Je propose de vous renvoyer faire un travail de fond juste pour voir ce que vous trouveriez!

    Merci tout de même pour le romantisme touristique!