Le Manoir Hovey, un refuge légendaire

Ancienne luxueuse résidence secondaire d’un riche industriel américain, le Manoir Hover attire aujourd’hui surtout une clientèle québécoise en quête de sérénité pour quelques jours.
Photo: Louise Gaboury Ancienne luxueuse résidence secondaire d’un riche industriel américain, le Manoir Hover attire aujourd’hui surtout une clientèle québécoise en quête de sérénité pour quelques jours.
Il fut un temps où les gens riches et célèbres passaient leurs étés dans de grandes maisons. Aujourd’hui, celles-ci profitent aux citadins qui viennent s’y ressourcer pendant quelques jours.
 

Membre de la prestigieuse famille des Relais & Châteaux, et qui célèbre ses 60 ans cette année, le Manoir Hovey n’a ni tourelles, ni chemins de ronde, ni pont-levis. Son allure rappelle plutôt celle des grandes maisons du Sud, voire celle de George Washington, à Mount Vernon.

Au début du XXe siècle, les riches familles fuyaient la moiteur et les miasmes des villes pour se réfugier à la campagne pendant l’été. L’âge d’or du capitalisme a ainsi vu naître les belles stations de villégiature où les grandes demeures poussaient comme des champignons, notamment à Newport, dans les Berkshires, et… à North Hatley.

North Hatley a eu la faveur d’Henry Atkinson, propriétaire de la Georgia Power d’Atlanta. Encore bouleversé par l’issue de la guerre de Sécession, ce Sudiste boudait la Nouvelle-Angleterre. On raconte même que, dans le train (privé) qui l’emmenait vers les rives du lac Massawippi, il fermait les stores pour ne pas voir le pays des Yankees.

De 1900 à la fin des années 1940, la famille Atkinson passait ses étés à North Hatley, pratiquant le golf, la voile et le tennis, à l’ombre du manoir, avec d’autres estivants américains et les loyalistes qui avaient fui la « révolution » américaine.

Autres temps, autres moeurs, la maison devient auberge dans les années 50, permettant à plus de vacanciers de profiter de ce lieu magnifique. En 1979, l’auberge change de mains et se positionne résolument dans le créneau du luxe avec ses cinq étoiles. Le temps des longs étés à la campagne est bien révolu : le séjour moyen est maintenant de deux nuits. Formant 50 % de la clientèle, les Québécois ont peu à peu remplacé les Américains. Et la clientèle internationale, longtemps marginale, a crû de 1 % par année ces derniers temps.

Alors qu’au début du XXe siècle les séjours à la campagne faisaient partie d’un rite immuable qu’on renouvelait chaque année sans y penser, les nuitées au Manoir Hovey se réservent de plus en plus à la dernière minute. « Il y a 10 ans, toute notre saison estivale était réservée dès le mois de mai, explique le concierge de l’établissement, Marc-André Blais. Aujourd’hui, les clients ont tendance à choisir leurs dates de vacances, et donc d’effectuer leurs réservations, à la dernière minute. »

Bonne table

Côté gastronomie, les clients sont plus curieux. « Il est loin, le temps où la carte ne comprenait que des plats classiques comme le canard à l’orange et le boeuf bourguignon », souligne Roland Ménard, chef du restaurant Le Hatley depuis une trentaine d’années. Maintenant, le menu de ce qu’il qualifie de « cuisine québécoise contemporaine » est plus varié et change constamment.

Proches de la terre, visiblement adeptes du slow food et du mouvement Farm to table, ambassadeurs du terroir, Roland Ménard et son second, Francis Wolf, s’intéressent aux produits locaux et s’approvisionnent auprès d’une trentaine de producteurs de viande, de fruits et de légumes du coin. Ils ont dû les sensibiliser aux besoins d’un restaurant et ont établi avec eux un calendrier d’arrivages.

Aussi, ils organisent avec leur équipe des visites de producteurs en basse saison et sensibilisent également le personnel des cuisines à la récolte des herbes sauvages et des champignons, omniprésents sur les terres du manoir.

Les principales demandes adressées au concierge de l’établissement sont d’ailleurs des indications pour « faire » la route des fromages, des vins, etc., et des recommandations pour rencontrer des producteurs locaux. « Par contre, les clients ont de plus en plus de restrictions alimentaires, souligne Marc-André Blais, ce qui est un défi relativement facile à relever quand on utilise des produits de qualité dont on connaît la provenance et des techniques culinaires où n’interviennent que peu d’irritants possibles. »

Si les clients d’aujourd’hui aiment se retrouver dans la nature en amoureux, ils apprécient quand même l’accès à Internet sans fil, ce que n’aurait sans doute pas dédaigné Henry Atkinson quand il passait de longues semaines loin de ses affaires…