Legoland tout d’un bloc

L’un des espaces les plus intéressants de Legoland est Miniland, où des pans entiers de villes célèbres ont été recréés en blocs Lego.
Photo: Gary Lawrence L’un des espaces les plus intéressants de Legoland est Miniland, où des pans entiers de villes célèbres ont été recréés en blocs Lego.

Aaaah, quel bienfait que toute cette quiétude, après tant de tumulte. Déjà, tout petit, j’arpentais les allées ombragées des Cypress Gardens, foisonnants et inondés de chlorophylle, dont je garde un vague souvenir plus odoriférant que visuel.

Trente-cinq ans plus tard, j’y suis retourné avec ma smala pour revisiter ce qu’il reste de ces ravissantes étendues de verdure et de végétation arboricole, aménagées dans les années trente et autrefois partie intégrante de l’un des plus anciens parcs d’attractions états-uniens.

Aujourd’hui, il subsiste une ô combien agréable parcelle de ces jardins, reconnus historiques en avril dernier. Mais tant le parc d’attractions originel que les manèges ont disparu. Leur esprit forain subsiste cependant à travers Legoland Florida, le plus grand des parcs dédiés à l’univers des célèbres blocs de plastique multicolores.

Inauguré en 2011 et situé à Winter Haven, un bled perdu qui s’étire à une heure d’Orlando, Legoland Florida n’a ni l’envergure ni le panache des Studios Universal ou de Disney World. Quand on y atterrit après avoir vu ces deux parcs thématiques, on le trouve même plutôt riquiqui. C’est d’ailleurs bien tant mieux : moins de monde, moins de frénésie, moins de peur de voir ses mioches avalés par la foule.

Calibrés à hauteur de môme (lire 12 ans et moins), les quelque 50 manèges et spectacles de Legoland sont séparés par thématiques : monde médiéval, terre d’aventure, zone imagination… Certaines attractions, comme le Coastersaurus — des montagnes russes tout en bois —, nous téléportent à l’époque de l’ancien parc, tandis que d’autres — comme les voiturettes vertigineuses de Project X — sont élevées à l’aune de la modernité et de l’imaginaire entourant les petites briques emboîtables.

Un monde à part

L’un des espaces les plus intéressants, surtout pour les grands enfants, demeure sans conteste Miniland, où on a recréé en blocs Lego des pans entiers de villes célèbres (Las Vegas, New York, South Beach, etc.), mais aussi des personnages grandeur nature et des scènes de Star Wars, parfois avec moult renforts d’effets aussi spéciaux que spécieux.

Puisque les blocs Lego n’ont pas qu’une vocation commerciale et que, à la base, ils sont aussi voués au développement et à l’apprentissage, des sections ludo-éducatives ont également été aménagées : écoles de conduite automobile, d’aviation, de pilotage de bateau… Quant aux aficionados d’Eglor, Cragger, Razar et autres Laval (celui du monde de Chima, pas de Gilles Vaillancourt), ils se retrouvent tous dans la très humide section World of Chima, où d’impitoyables combats à l’aquafusil ne laissent personne revenir à sec.

Dans un proche registre, les spectacles de ski nautique, qui existaient déjà dans les années trente, ont été remis au goût du jour, mais avec des personnages de Lego. Non loin des Cypress Gardens, le Legoland Water Park (accessible avec supplément) comprend tout le bazar habituel des parcs aquatiques : glissades d’eau, « rivière à paresser » (ces « lazy rivers » où on se laisse porter par un placide courant, le popotin enfoncé dans une chambre à air), piscine à vagues et autres modules tarabiscotés avec moult jets d’eau.

Du reste, si la malbouffe est évidemment allègrement présente, terre de l’Oncle Sam oblige, des plats plus sains (saumon poché, salades, etc.) figurent également sur la carte du restaurant principal de Legoland Florida. L’été prochain, il sera même possible de dormir sur place, quand le Legoland Hotel sera inauguré, tout juste à côté de l’entrée principale du parc.

Les enfants se réjouiront de pouvoir passer la nuit dans une construction qu’ils auraient pu eux-mêmes imaginer, et les parents disposeront d’un site additionnel où trouver un peu de répit, et de repos… en marge des Cypress Gardens.

L’auteur était l’invité de Visit Florida et de Legoland Florida.

Quand Lego joue avec Shell

Si le Water Park Legoland permet de terminer la journée en fraîcheur après une journée passée à 40 degrés, nulle part ne permet-il de se rafraîchir la mémoire sur le partenariat qui existe entre Lego et Shell depuis les années 70. Pour Greenpeace, « ce partenariat est extrêmement inquiétant : la compagnie pétrolière s’immisce insidieusement, mais sûrement dans les salles de jeu des enfants, voire dans leur esprit », dit-elle. Toujours selon l’ONG environnementaliste : « Shell cherche aussi à camoufler sa responsabilité [à l’égard des dérèglements climatiques] en s’appropriant une part de l’univers magique de Lego », alors qu’elle est « en grande partie responsable des émissions de carbone mondiales ». Même si Shell a cessé ses opérations de forage dans l’Arctique, Greenpeace craint que celles-ci reprennent et elle a donc lancé une campagne de sensibilisation accompagnée de coups d’éclat et de vidéos — dont une, percutante, qui a été vue 6 millions de fois, de même qu’une pétition exhortant Lego à se dissocier de Shell (983 000 signatures à ce jour).