Lumière sur le Rodez de Soulages

Rodez est une petite ville du sud-ouest de la France. Ci-dessous: des visiteurs du musée devant un tableau de la période outrenoir du peintre Pierre Soulages. Sur la surface intégralement noire du tableau, les reflets de la lumie?re animent la partie peinte.
Photo: Émilie Folie-Boivin Le Devoir Rodez est une petite ville du sud-ouest de la France. Ci-dessous: des visiteurs du musée devant un tableau de la période outrenoir du peintre Pierre Soulages. Sur la surface intégralement noire du tableau, les reflets de la lumie?re animent la partie peinte.

Il y a quelques années, Rodez a pris tout un risque, celui d’élever un important musée en l’honneur de l’artiste Pierre Soulages, son plus célèbre résidant, loin de Paris et des autres grandes villes. Trois mois plus tard, les foules convergent vers cette petite communauté de la région Midi-Pyrénées. Un véritable triomphe, titrait Le Figaro. Rodez a de quoi se réjouir : son audacieuse gageure l’a mise sur la carte.

Le pari était risqué. Très risqué pour cette petite ville de 25 000 habitants dans le sud de la France. Au bout de l’avenue Victor-Hugo se trouve un nouveau et imposant musée d’art contemporain au design ultramoderne, contrastant sous une étonnante harmonie avec son centre historique. Lors de notre passage au début de juin, le musée venait d’ouvrir et à tout coup, les commerçants, restaurateurs et Ruthénois que nous avons croisés étaient sceptiques. On nous posait la même question : « Vous croyez que ça va marcher ? »

 

Ils le souhaitaient. Très fort. Surtout après que la labellisation UNESCO eut échappé à la cité épiscopale en 2012. « Le musée Toulouse-Lautrec, situé tout près d’ici, à Albi, attire les foules, mais avouons que son oeuvre est un peu plus… accessible que celle de Soulages », m’a glissé en douce un employé de l’office de tourisme local, en faisant référence au travail plus hermétique et pointu du maître de l’abstraction.

 

Pourtant, à 94 ans, Pierre Soulages a fait ses preuves : ses oeuvres sont présentées dans 90 musées au monde, et en plus d’être le plus coté aux enchères, il est le seul artiste de son vivant à avoir été exposé au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. Sa rétrospective au Centre George-Pompidou de Paris a d’ailleurs atteint une fréquentation record, arrivant derrière celle de Dalí.

 

L’art pour tous, tous pour l’art

 

Alors que le musée de 6600 mètres carrés dessiné par la firme catalane RCR Arquitectes espérait recevoir au minimum 60 000 visiteurs la première année, il a atteint ce nombre en six semaines. Un succès ? Mieux, un triomphe, s’exclamait récemment le quotidien parisien Le Figaro. Le célèbre joueur de soccer Zinédine Zidane, l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, ainsi que des visiteurs de tous les âges et horizons socioculturels ont passé ses portes, démontrant que l’art contemporain rayonne au-delà de l’élite éduquée qui lui est d’ordinaire associée.

 

Le jour de notre passage, les couloirs de l’établissement étaient remplis d’étudiants et de retraités venus flâner entre les toiles noir sur noir, les jeux de lumière et la collection d’estampes et de gravures du peintre originaire de Rodez.

 

Avec 50 % des visiteurs de la région et l’autre moitié venant de Paris et d’ailleurs dans le monde pour voir ce nouveau musée, Rodez ne pouvait pas se doter d’une plus spectaculaire carte de visite. « C’est notre tour Eiffel à nous », dit Jackie Bru, du Comité départemental de tourisme de l’Aveyron. Il est également situé sur l’avenue Victor-Hugo, leurs « Champs-Élysées », et c’est aussi sur cette rue que se trouvent les grandes attractions de la ville.

 

Les alentours du musée ont été complètement métamorphosés en prévision de cette importante acquisition. Adjacent aux salles d’exposition, le Café Bras fait grand bruit avec la cuisine signature du chef étoilé et artiste culinaire de l’Aubrac, Michel Bras. L’entourage du jardin du Foirail est maintenant doté d’un cinéma et d’une brasserie contemporaine.

 

Beau contraste : à 300 mètres se trouve la cathédrale gothique Notre-Dame-de-Rodez et son clocher qui, depuis sa reconstruction en 1277, avait l’habitude d’avoir toute l’attention et d’où on observe l’agitation moderne de cette ville deux fois millénaire.

 

Installée sur un promontoire de 600 mètres, la cité ancienne est une petite forteresse de rues historiques et effilées où s’entassent les commerces locaux. Il ne faut surtout pas oublier de regarder derrière soi de temps à autre, parce que le détour d’une rue donne parfois le panorama fort joli d’un détail de la façade de la cathédrale.

 

Les rues sont charmantes à marcher, une activité d’ailleurs nécessaire pour digérer les copieux repas mettant en valeur le terroir régional. On ne va pas à Rodez pour manger de la salade ; en fait, oui, mais celle qu’on nous sert est viandeuse à souhait, recouverte de lardons et de gésiers confits. On retrouve également en accompagnement des plats principaux le fameux aligot, cette purée de pomme de terre prodigieusement élastique grâce à la tomme, au beurre et à la crème. Originaire des plateaux de l’Aubrac, l’aligot pourrait constituer un repas à lui seul tellement il est addictif.

 

Au cours des dernières semaines, la presse locale a aussi souligné que le musée Fenaille jouit du succès du musée Soulages. Les statues-menhirs sculptées il y a plus de 5000 ans, les plus anciennes statues monumentales connues en Europe occidentale, attirent les visiteurs dans ce musée d’histoire et d’archéologie.

 

Quelle Conques !

 

Dans une salle immaculée du musée Soulages, on observe les ébauches des vitraux que Pierre Soulages a créés pour l’abbaye de Conques, et la beauté de la chose, c’est sûrement de les voir en personne.

 

En fait, Soulages ou pas, la sinueuse route jusqu’au village de Conques vaut chaque kilomètre car elle permet de voir qu’avec ses paysages vallonnés et ses maisons juchées à flanc de collines, le contemplatif département de l’Aveyron est tout aussi parfait pour la randonnée. Conques est d’ailleurs l’une des étapes majeures — et l’un des plus beaux arrêts — de la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Avec raison.

 

Classée comme l’un des plus beaux villages de France et grand site de Midi-Pyrénées, Conques est niché au creux de l’écrin naturel des montagnes. On y entre après avoir monté (en voiture) une côte si pentue qu’en comparaison, le chemin Camillien-Houde ressemble à une promenade de santé. Des cyclistes et piétons osaient tout de même la gravir le jour de notre passage, et ils ont été récompensés par une journée chaude (il fait toujours plus chaud à Conques qu’à Rodez) et ensoleillée.

 

À notre arrivée, en début de matinée, les pèlerins étaient encore invisibles alors on en a profité pour visiter l’abbaye de Conques avant qu’ils ne déferlent. C’est devant ce joyau de l’art roman qu’à 14 ans, le jeune Pierre Soulages a eu sa première révélation artistique et qu’il a su que l’art ferait partie de sa vie. En 1986, Conques a proposé au créateur de l’outrenoir — cette peinture noire sur noir à laquelle la clarté révèle toute sa texture — d’habiller l’abbatiale d’une nouvelle lumière.

 

L’éclairage naturel est frappant, jaillissant des 104 verrières contemporaines dont l’installation a été terminée il y a 20 ans. Maniant les jeux de lumière comme nul autre, Soulages a conçu ces verrières pour que chaque heure du jour et du soir montre l’abbaye sous une image différente. Avec une acoustique exceptionnelle entre ses murs, l’église est aussi le théâtre de spectacles sons et lumières nocturnes et d’un festival de musique.

 

À l’heure du lunch, les pèlerins ont envahi les petites rues pavées, déposant leur sac à dos sur les murets de pierre pour prendre une pause. La beauté tranquille de ce village de 90 résidences et visité par un demi-million de personnes chaque année leur donne un peu de répit. Si les rues pavées sont escarpées et plutôt sportives, c’en fait une excellente raison pour s’arrêter sous le seul prétexte de reprendre son souffle et d’observer le patrimoine architectural, hérité du Moyen Âge, des maisons construites autour du lieu de culte.

 

D’autres prétextes pour s’arrêter ? Un marcillac servi sur une terrasse, avec encore de l’aligot avec sa pintade. Le détail du tympan du Jugement dernier au-dessus de la porte d’entrée de l’abbatiale Sainte-Foy. L’harmonieux contraste historique et spirituel avec l’art contemporain.

 

Et tout ce que la lumière révèle quand elle s’infiltre dans les moindres zones d’ombre.

En vrac

L’aéroport Rodez-Marcillac est situé à quelques kilomètres de Rodez et un service de taxi plus que courtois permet d’arriver au centre-ville en moins d’une quinzaine de minutes. Air France fait aussi le vol Montréal-Toulouse avec escale à Paris. De Toulouse, on prend le train jusqu’à Rodez, pour un trajet d’environ 2 heures 45 minutes.

Le musée Soulages, à Rodez, présente une exposition consacrée à l’outrenoir, en plus de sa collection permanente. On y retrouve aussi plus de 500 pièces et une importante bibliothèque de consultation. Entrée : 7 euros.

Dormir. À l’hôtel Mercure, pour être au coeur de l’action : des chambres modernes dans un édifice Art déco du centre historique, à deux pas de la cathédrale et du musée.

Ne pas rater, à Conques, le fameux Trésor d’orfèvrerie médiévale de l’abbatiale de Sainte-Foy. Des reliques recouvertes d’or et d’offrandes de pierres précieuses conçues aux environs de l’an mil, par des moines, et qui rappellent l’importance de la dévotion aux reliques dans l’Occident médiéval. $

Jouer au golf, passer la nuit ou s’asseoir à la table de l’Hostellerie de Fontanges, sis dans le château de Mézillac bâti à la fin du XVIe siècle. La terrasse de sa salle à manger donne une vue magnifique sur la cathédrale et la vieille ville à la tombée du jour. Une belle adresse pour profiter de la nature et se détendre.

Renseignements : tourisme-midi-pyrenees.com, tourisme-aveyron.com.


L’auteure était l’invitée d’Atout France et du Comité régional du tourisme Midi-Pyrénées.


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