Échappées belles chez la belle d’à-côté

Le Labyrinthe suspendu du Domaine de la forêt perdue, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.
Photo: Gary Lawrence Le Labyrinthe suspendu du Domaine de la forêt perdue, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

Berceau industriel québécois, haut lieu du plein air et terre de contes et légendes, la Mauricie forme aussi un terreau fertile pour des activités en famille qui embrasent l’imagination, après avoir été forgées avec innovation. Suggestions de visites originales à faire avec sa smala chez « la belle d’à côté », beau temps, mauvais temps.

«Marcel ! Viens arranger la craque dans’ citerne ! », lance le contremaître qui vient d’apparaître dans l’embrasure, tandis que je l’observe, la tête inclinée par derrière.

 

« Ah ! Je ne savais pas qu’il y avait de la visite ! Ben… bienvenue ! », d’ajouter le rondouillard Trifluvien en m’apercevant, avant de causer un brin de son quotidien.

 

En fait, c’est plutôt moi qui l’aperçois, puisque le contremaître en question n’est qu’un parmi les nombreux personnages qui se manifestent dans des vidéos projetées sur les parois des citernes sèches de Boréalis, le Centre d’histoire de l’industrie papetière de Trois-Rivières.

 

C’est dans cet immense espace désaffecté, qui tenait lieu jadis de réserve d’eau à l’usine de filtration d’une pulperie, qu’on a aménagé l’étonnant Parcours des oubliés, une installation de personnages fantomatiques et animés, qui accrochent les visiteurs par leurs histoires d’autrefois et qui réussissent à rendre intéressants et lumineux ces lieux glauques et humides. Même pour les enfants.

 

Munis d’une lampe-torche à l’éclairage ultraviolet, ceux-ci peuvent prendre part à un rallye-mystère où ils balaient les murs de la citerne à la recherche de messages écrits avec une encre spéciale… avant de jouer à cache-cache entre les voûtes de la citerne. Avant, dans d’autres sections du musée, une très articulée jeune guide leur a montré comment fabriquer du papier recyclé, avant d’expliquer brièvement l’histoire des pâtes et papiers de Trois-Rivières.

 

Un sujet qui pourrait être ennuyeux comme la pluie qui tombait ce jour-là, mais qu’on a habilement réussi à mettre en scène.

 

« Dès qu’il fut décidé qu’on ouvrirait un musée sur l’industrie papetière, on a fait appel à des créateurs de chez nous : Trois-Rivières dispose d’un impressionnant bassin artistique, et nous voulions faire revivre notre folklore avec une touche contemporaine », explique Valérie Bourgeois, directrice de Boréalis.

 

La fréquentation actuelle semble lui donner raison : de nos jours, 20 % des gens qui se rendent à Trois-Rivières le font d’abord pour Boréalis.

 

Et parmi tous ceux-ci, on compte une étonnante proportion d’Européens francophones, qui forment près du quart de l’achalandage du centre.

 

« Si la vie des bûcherons et des draveurs les fascine tant, c’est notamment parce que plusieurs Français d’une certaine génération ont appris à l’école que Trois-Rivières a déjà été la capitale mondiale des pâtes et papiers, et ils sont curieux d’en savoir plus en venant ici », explique Valérie Bourgeois.

 

S’ils savaient aussi que plusieurs fois par année Boréalis organise des séances de dégustation de vin sous les voûtes de sa citerne, sans doute seraient-ils encore plus nombreux à s’y bousculer.

 

Boréalis, 200, avenue des Draveurs, Trois-Rivières. % 819 372-4633.

  

Accro au Labyrinthe suspendu

 

« Bon, euh… Fiston ? Tu vas descendre bientôt ? C’est parce qu’on ferme, là. Et puis, ça doit bien faire trois heures que tu es accroché là-haut ? »

 

D’accroché qu’il était, fiston est carrément devenu accro au Labyrinthe suspendu de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, juste au nord de Trois-Rivières. Inauguré en juin dernier et ouvert à l’année, ce parcours d’hébertisme aérien, semblable au nouveau parc Exalto de Montréal — mais en plus grand —, permet de jouer les acrobates des airs sur 69 parcours interreliés et répartis sur quatre paliers.

 

Contrairement aux circuits d’arbre en arbre dont il s’inspire, le Labyrinthe suspendu donne à ses participants la chance d’échanger et de passer du temps ensemble, parce que son réseau de cordes, rondins, câbles et autres toiles d’araignées en cordage est aménagé en circuit fermé sur une structure autonome… et sécuritaire.

 

« Notre système de sangles de sûreté est unique au Québec : tant qu’un mousqueton est attaché au câble de sûreté, il est impossible de détacher l’autre, et on est donc toujours assuré en cas de chute », dit Jean-Pierre Binette, copropriétaire du Domaine de la Forêt Perdue où s’élève le Labyrinthe suspendu. Résultat : des gamins de cinq ans peuvent entreprendre tous les parcours dès que leurs petits bras sont assez longs pour engager et désengager les mousquetons de sûreté.

 

Ces derniers intègrent aussi une poulie qui permet d’accéder à deux longues tyroliennes — d’immenses câbles suspendus dans les airs — et de s’y laisser glisser en deux temps, trois mouvements.

 

Une petite ferme animalière et de nombreuses ruches complètent le site, qui appartient à l’origine à deux apiculteurs soucieux de diversifier leurs activités, devant l’hécatombe dont sont victimes les abeilles, au Québec comme ailleurs. Mais ça, c’est une autre histoire, qu’on ne manque pas de raconter aux visiteurs pour les sensibiliser à cette réalité de plus en plus préoccupante…

 

Domaine de la forêt perdue, 1180, rang Saint-Félix, Notre-Dame-du-Mont-Carmel, % 819 378-5946, 1 800 603-6738.

  

Au Rond-Coin du monde

 

« Quand on a commencé à défricher, les lutins n’étaient vraiment pas contents qu’on s’installe sur leurs terres, alors il a fallu les accommoder en les hébergeant », lance Marylène Desbiens aux trois garçonnets intrigués par les portes lilliputiennes et les fenêtres miniatures donnant sur des microchambrettes illuminées et aménagées dans le grand bar de la yourte géante. « Et là, vous avez vu leur plateforme d’observation, en haut de l’échelle ? », d’ajouter l’aubergiste-conteuse.

 

Au bout du bar, près d’un groupe de farfadets aux allures de nains de jardin, une minitour pour lutins s’élève effectivement, pour ajouter à la féerie du Rond-Coin. Après tout, cette sorte de camping fantasmagorique n’est-il pas situé droit en face de la célèbre traverse de lutins de Saint-Élie-de-Caxton, le village de Fred Pellerin ?

 

Tout a commencé il y a des années quand Keven Gélinas, fabricant de tentes historiques pour des émissions de télé et des événements spéciaux, a élevé l’un de ses abris en toile sur son terrain. « On peut louer pour la nuit ? », a demandé un quidam de passage, à tout hasard.

 

Aujourd’hui, dans la très dense forêt qui entoure la yourte-resto-bar — sans doute la plus grande de ces habitations mongoles jamais construite en sol québécois —, se succèdent une multitude d’hébergements hors normes. Tous lovés dans un recoin de la forêt et isolés les uns des autres, on retrouve ainsi une tente prospecteur, une loge d’artiste, deux camps de bûcherons, une yourte aux allures de guimauve géante, un camion romanichel et une roulotte gitane.

 

Avec ses soieries indiennes, ses rideaux dépenaillés, ses bibelots au lustre ancien, ses lampes en perles de verre et sa lucarne octogonale qui suggère l’arrêt de toute chose, cette roulotte forme une sorte de sas intemporel sans eau ni électricité, un nid d’amour pour couple ou… un lieu de rapprochement père-fils, vu la promiscuité qui y prévaut.

 

– Papa, c’est quoi un gitan ?

 

– Ça peut être quelqu’un qui aime la liberté et l’inconnu, qui ne tient pas en place et qui n’aime pas qu’on lui dise où aller. Ça te rappelle quelqu’un ?

 

Depuis que Fred Pellerin a mis Saint-Élie-de-Caxton sur la mappemonde, le petit village mauricien attire les visiteurs comme une paparmane le fait avec les mouches. « Quand je suis arrivé ici il y a six ans, on accueillait 10 000 visiteurs par année ; désormais, on en compte jusqu’à 35 000 », assure Paul-André Garceau, porte-parole de la Maison du citoyen.

 

Si Fred Pellerin demeure la bougie d’allumage du tourisme au village, et si la visite audioguidée ou en remorque attire toujours son lot de visiteurs — surtout que Fred a récrit tous les textes cette année —, « bien d’autres curieux viennent désormais au village pour le Rond-Coin, le Garage des cultures [un musée local], les petits restos, les artisans… », ajoute Paul-André Garceau.

 

Plusieurs de ces sites forment autant de points de chute pour les quelque 40 vélos bonbon, « les Bixi de Saint-Élie », offerts en libre-service et aisément identifiables à leur couleur rose nanane et orange popsicle, notamment initiés par Sébastien Houle, le Potier du village. Il y a quelques années, ce jeune père est venu s’établir à Saint-Élie avec sa conjointe, également artisane, séduit par la qualité de vie et conforté par l’achalandage touristique qui lui assurerait un minimum de clients.

 

« C’est un village en pleine expansion : il y a 10 ans, l’école a failli fermer ; aujourd’hui, elle déborde ! », dit Sébastien Houle. Et chaque année, de nouveaux venus installent leurs pénates, comme ce fut récemment le cas de Pur safran, la première safranière commerciale au Canada. Qui sait, peut-être celle-ci épicera-t-elle l’un des prochains contes de Fred Pellerin ?

 

Le Rond Coin, 340, rue Saint-Louis, Saint-Élie-de-Caxton, % 819 221-3332.

 

 

L’auteur était l’invité de Tourisme Mauricie.

 Dès qu’il fut décidé qu’on ouvrirait un musée sur l’industrie papetière, on a fait appel à des créateurs de chez nous

En vrac

Nouveautés. Maïkan Aventure propose désormais des forfaits en partenariat avec Parcs Canada : canot-camping et initiation à la pêche à la mouche au parc national de la Mauricie ; descente sur le Saint-Maurice jusqu’au village des Forges-du-Saint-Maurice ou vers Boréalis ; observation des canards en kayak, etc. Un centre d’escalade intérieure a aussi vu le jour au « camp de base » de Maïkan, à Trois-Rivières. 

C’est ce 16 août qu’est présenté le dernier spectacle nocturne de l’épopée d’Amos Daragon à la Cité de l’Énergie. L’auteur de cette célèbre série fantastique, Bryan Perro, a par ailleurs récemment ouvert une librairie avec sa fille, à Shawinigan.

Événements. La 19e édition de la Grande bataille de Bicolline, le « plus grand rassemblement immersif médiéval fantastique au Canada », s’achève ce dimanche 17 août, à Saint-Mathieu-du-Parc. Mais du 30 août au 1er septembre, un tout nouveau tournoi international de joute médiévale se déroulera sur le site de Bicolline. 
À cette occasion, des jouteurs professionnels « reconstitueront une joute fidèle en tout point à celles qui étaient accourues par la fine fleur de la noblesse en quête de renom dans la France du XVe siècle ». Au program­me : trois jours de tournois et de festivités où on aménagera un quartier marchand moyenâgeux et où des cours de chevalerie seront offerts aux enfants, entre autres choses.
Du 5 au 7 septembre, le Festival du vélo rural de Saint-Élie-de-Caxton donnera lieu à des épreuves de cour­se, des projections de films sur le vélo ainsi que divers spectacles et activités.

Restauration. Ces dernières années, les restaurants des établissements muséaux rivalisent d’efforts pour que les visiteurs puissent dignement se caler une dent, avant ou après une visite. Celui de Boréalis ne fait pas exception à la règle, et il sert de bons petits plats goûteux — un excellent panini à l’effiloché de canard, par exemple — et les bières sapides de la brasserie Trou du Diable. Le tout dans un cadre splendide, au con­fluent de la rivière Saint-Maurice et du fleuve Saint-Laurent, droit en face des plages de l’île Saint-Quentin. À Saint-Élie-de-Caxton, la boulangerie Du bon pain… croûte que croûte ! (2380, avenue Principale) embaume de tôt matin le village, avec ses chocolatines et ses croissants au fromage délicieusement décadents, tandis que le Rond-Coin est réputé pour ses succulents « gridchises » (grilled cheese) qui se déclinent en plusieurs variétés : pesto et tomates séchées, saumon fumé, capicollo…

Tourisme Mauricie: 1 800 567-7603, tourismemauricie.com.