Être à la hauteur avec les suricates

Installé par terre, on devient vite un perchoir à suricates.
Photo: Gary Lawrence Installé par terre, on devient vite un perchoir à suricates.

— Alors, c’est entendu ? Départ demain matin à 7 h pour aller voir les suricates ?

 

— Les suricates ? Euh… hum… bof. Bon, d’accord, si on n’y passe pas la matinée…

 

Quand je pense que j’ai hésité à prendre part à cette hilarante sortie, je m’en mords encore les lèvres. Tout comme je me les suis mordues pour ne pas pouffer de rire quand un premier suricate a grimpé sur mon genou.

 

En ce doux matin de mai, la fraîcheur de la nuit est en train de se dissiper, sur les pans salés de Makgadikgadi, dans le Kalahari botswanais. Les suricates, ces drôles de petites mangoustes qui vivent en communauté dans leurs innombrables terriers, commencent à sortir les uns après les autres pour prendre un bain de soleil, alors que les premiers rayons dardent déjà le désert.

 

Pour bien se chauffer la poitrine — mais aussi pour scruter l’horizon à la recherche de prédateurs —, ces mignardes créatures longilignes se dressent du plus haut qu’elles peuvent sur leurs frêles pattes griffues, tout en s’appuyant sur leur queue.

 

Mais pour se hisser davantage en hauteur, les « sentinelles du désert » préfèrent quelque éminence qui émergerait des herbes hautes : butte, rocher, termitière… En fait, à leurs yeux, tout se vaut quand il s’agit de voir de haut, y compris un être humain stoïque. « Asseyez-vous doucement là, et attendez sans bouger, vous verrez », d’intimer Fatty, un pisteur botswanais parti tôt le matin du Jack’s Camp pour repérer le terrier où les suricates avaient passé la nuit.

 

Le premier de notre groupe restreint à vouloir jouer les monticules, William le New-Yorkais, s’installe bientôt devant un terrier : d’abord un, puis deux, et encore trois, bientôt dix suricates s’extirpent du sol et lui grimpent sur les pieds, les jambes et les bras. « Surtout, ne les touchez pas : ils pourraient se sentir attaqués et vous mordre, prévient Fatty. Et leurs dents sont très aiguës : n’oubliez pas qu’ils se nourrissent notamment de scorpions ! »

 

Si redoutables puissent-elles être pour les arthropodes, ces micro-peluches suscitent à tout coup l’envie de leur caresser l’occiput : hauts de moins de 40 cm et recouverts d’un pelage soyeux, les suricates ont l’élégance d’un furet, la tête d’un chiot aux yeux cernés et les pattes pendouillantes comme s’ils faisaient perpétuellement le beau, lorsqu’ils font le guet : bref, ils sont puissamment croquignolets. « C’est pour cette raison que nous ne laissons pas les jeunes enfants prendre part à cette activité : ils ont trop de difficulté à ne pas les câliner », d’ajouter Eric, guide au Jack’s Camp.

 

Arrive ensuite mon tour. Je m’assieds, j’attends, et j’attends encore. Deux suricates finissent par grimper sur mes jambes, mais un troisième y va rondement et se rend directement sur mon épaule. « Je crois que je peux encore aller plus haut », semble-t-il se dire ; il ne fait ni une, ni deux, et hop ! le voilà sur ma caboche.

 

Tandis que les autres observent la scène en tentant de ne pas s’esclaffer, mon passager clandestin gigote frénétiquement en balayant la plaine de ses yeux craintifs, tout en émettant de petits gloussements. Une seule pensée traverse alors mon esprit : « Surtout, ne pas bouger », pour ne pas l’effrayer et risquer de dérégler ses sphincters.

 

« N’ayez crainte : quand vous en aurez assez, levez-vous lentement et il descendra », m’explique Fatty. Après 15 minutes à garder mon torse raide en espérant que le suricate se hisse droit comme un i sur mon occiput, j’abdique : je dois avoir le cuir chevelu trop glissant. Mais sitôt mon nouveau compagnon descendu, j’ai déjà hâte à la prochaine fois. « Euh, hum… S’il vous plaît ? On peut revenir demain matin ? »

 

Collaborateur

L’auteur était l’invité de Passion Nomade et d’Air France/KLM.

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