La croisière zen

Un canal du quartier de Jordaan, à Amsterdam. 
Photo: Carolyne Parent Un canal du quartier de Jordaan, à Amsterdam. 

Rapidement, il est apparu clair que cela n’irait pas. Mais pas du tout. C’est que votre dévouée avait des attentes grandes comme ça quant au contenu bien-être de sa croisière avec la Compagnie du Ponant… Quoi, on n’allait tout de même pas causer pédomètre et ballon d’exercice, des accessoires des années 2000, à celle qui espère recevoir bientôt une montre en or de Nautilus Plus pour souligner sa 30e année d’abonnement !

Tout aussi rapidement, il est apparu clair que chacun peut se concocter son propre programme de bien-être en mer : la navigation n’est-elle pas, d’emblée, la façon de voyager la plus relaxe qui soit ? Et c’est éminemment plus vrai à bord d’un navire à l’échelle humaine comme Le Boréal, où, en mai dernier, par exemple, un équipage de 100 membres veillait au contentement de 200 passagers !

 

Parce qu’elle favorise l’introspection, la croisière permet de prendre de bonnes résolutions et même de passer à l’action. En prenant le large, on a en effet tout le loisir de se laisser dériver vers la sérénité. De se laver les idées dans le grand bleu marin. De s'oxygéner à pleins poumons sur tous les ponts comme sur son balcon. De garder la forme au gym, un espace public généralement peu fréquenté au-delà des deux, trois premiers jours de navigation…

 

Avec un rien de volonté, on s’applique à manger santé, chose facile à bord d’un yacht-boutique comme Le Boréal, où le carpaccio de saumon fumé aux agrumes le dispute au tatin de foie gras aux pommes.

 

On met aussi en pratique la recommandation du Dr Béliveau : faire le plein de polyphénols anticancer en buvant du vin rouge en quantité raisonnable.

 

Au spa, on s’offre un, deux, trois massages en une semaine ou on fréquente le hammam gratis pour ensuite mettre à contribution les talents de massothérapeute de l’être aimé, dans l’intimité de sa cabine.

 

Aux escales, on préfère les visites à pied, à vélo ou en kayak de mer aux balades en autocar. Puis, la nuit venue, ce qu’on dort bien, compliments du grand air, du roulis et du tangage! Une thématique bien-être ? Mais pour quoi faire, au juste ?!

 

« Bien-être, musique, gastronomie: ces thèmes sont des “plus”, estime pour sa part le sympathique commandant Patrick Marchesseau. Car les points forts de la Compagnie du Ponant, ce sont ses expéditions au plus près de la nature en Arctique et en Antarctique, et ses itinéraires. » (Le National Geographic Traveler lui a donné raison en incluant la traversée du passage du Nord-Ouest, du Groenland à la Russie, proposée par la Compagnie, dans sa sélection 2014 des « 50 voyages d’une vie ».)

 

Traitement de canal

 

Rien à redire, en effet, sur notre itinéraire : voir le pont de Londres se lever pour nous laisser passer, c’est assez impressionnant, merci ! Puis, en multipliant les occasions d’apaisement que procure la contemplation de plans d’eau, les escales à Amsterdam, Sylt, Hambourg et Copenhague furent parfaitement salutaires.

 

C’est ainsi que, pour échapper à l’agitation londonienne, nous avons fait un tour de pénichette sur les canaux reliant Camden et Little Venice, un secteur très agréable avec ses méandres aquatiques bordés d’arbres et de villas d’une autre époque.

 

À Amsterdam, bien-être aurait pu rimer avec hasj marocain dans un coffee shop… (La loi qui interdit aux étrangers d’inhaler vise surtout les villes limitrophes de la Belgique et de l’Allemagne et n’est pas appliquée dans la capitale.)

 

Mais nous avons plutôt trouvé notre high sur l’Amstel et les canaux, puis dans le quartier bohème de Jordaan et ses cafés « bruns », ainsi nommés pour leur patine de nicotine. Par contre, traverser l’armoire — littéralement — qui mène dans l’ancienne maison secrète d’Anne Frank fut plus émouvant que planant. Quant au quartier des filles en vitrine, bonjour tristesse…

 

La Nantucket allemande

 

Poursuivant notre navigation en mer du Nord, nous avons ensuite fait escale à l’île de Sylt, la station balnéaire préférée des Hambourgeois fortunés. Un gros village, quelques hameaux, des dunes protégées à perte de vue et des maisonnettes à toit de chaume dignes de la lande de Maléfique : c’est du joli !

 

Nous ne voulions d’ailleurs plus quitter la plage et ses fauteuils-corbeilles, typiques des rivages du nord.

 

Remontant l’Elbe, nous avons largué les amarres à Hambourg-la-verte-et-blanche. Le vert, c’est pour ses parcs, qui représentent près de 20 % de sa superficie ; le blanc, c’est pour le fric qui, ici, s’affiche dans cette couleur. On en veut pour preuve les demeures immaculées des quartiers chics bordant les lacs du centre-ville !

 

Le secteur le plus excitant de Hambourg est toutefois HafenCity. Adjacent à Spreicherstadt (la « ville des entrepôts », en attente d’une reconnaissance de l’UNESCO), cette ancienne zone portuaire en voie de réhabilitation est l’un des plus grands chantiers urbains d’Europe.

 

Les travaux ont débuté en 2000 et, à terme, vers 2025, c’est toute une cité qui aura été créée sur fond d’entrepôts néogothiques monumentaux se mirant dans des canaux. Déjà, on y habite et travaille à l’ombre de l’Elbphilharmonie, une salle de concert en construction dont les lignes font des vagues.

  

Des bouchées de bonheur

 

Après le long transit tranquille du canal de Kiel, qui relie, en traversant la péninsule du Jutland, la mer du Nord à la Baltique, vint le moment tristounet du débarquement, à Copenhague. Mais nous avions un bon plan pour terminer en beauté et dans le plaisir notre croisière zen : un dîner gastronomique chez Marchal, au légendaire hôtel d’Angleterre, qui vient de rouvrir après deux ans de travaux de réfection.

 

Car, non, il n’y a pas que Noma dans la capitale danoise ! Même qu’au dernier compte, 15 restaurants, dont Marchal, se partagent 17 étoiles Michelin dans cette ville de 560 000 habitants.

 

Fière de son étoile, cette nouvelle enseigne porte le nom d’un barbier français de la cour danoise qui fonda, en 1755 et avec la fille du chef-cuisinier du roi, un restaurant à l’emplacement même de la prestigieuse adresse hôtelière.

 

Y officie aujourd’hui le jeune chef Ronny Emborg, qui connaît très bien ses classiques nordiques et français ! L’entrée de saumon, oeufs de lompe et granité de concombre ; le plat de ris de veau, croustillants de porc, radis blanc et sabayon ; ainsi que les fraises sur « neige » vanillée nous ont ravi tant l’oeil que le palais. Et c’est ainsi que des bouchées de bonheur ont succédé aux bouffées de bien-être que nous avait fait connaître l'immensité océane.

Une philosophie alimentaire terre et mer

Laurence Haurat, nutritionniste et psychologue, était au nombre des invités du « plateau bien-être » sélectionnés par le magazine art de vivre Maison Côté Ouest, partenaire de la Compagnie du Ponant pour notre croisière thématique. Sa philosophie alimentaire, qui vaut sur terre comme en mer, est empreinte de gros bon sens : « Je ne mets à l’intérieur de moi que des aliments que j’aime et qui me font du bien, tout comme je ne fais entrer chez moi que des gens que j’aime et qui ne me font pas de mal. Et cela ne veut pas dire de ne jamais manger de chips, mais d’en manger la quantité qui nous convient au moment où l’on en a envie. » Comme quoi le bien-être s’accommoderait d’un peu moins de privations et d’un peu plus de conscience et d’amour de soi.

En vrac

 

Naviguer avec papy et mamie ? Pour le bien-être de tous, les grands écarts générationnels ne sont pas toujours souhaitables sur un bateau de croisière, chaque groupe d’âge ayant ses intérêts et ses activités propres. Aussi, deux bons indices pour s’aviser de l’âge qu’auront les passagers de la croisière qu’on envisage de faire demeurent sa durée et son prix. Règle générale, plus la croisière est longue ou plus elle coûte cher, plus elle est susceptible d'attirer une clientèle aisée qui a du temps, donc des retraités plutôt que des jeunes cadres dynamiques.

 

À emporter, quelle que soit la croisière : son pédomètre ?! Peut-être, mais surtout des guides Grand Week-End (Hachette) correspondant aux endroits où le navire fait escale. (Il en existe un pour la plupart des principales villes portuaires d’Europe comme Londres, Amsterdam, Barcelone, Rome, Venise, Istanbul, Copenhague, etc.) Ils sont compacts, concis, bref parfaitement adaptés à la découverte sommaire d'une destination. Consistant en de grands plans de ville mettant en vedette les quartiers d'une métropole et leurs principaux attraits, les guides Le Routard Express (Hachette) sont également très pratiques.

 

Se renseigner: ponant.comannefrank.org, marchal.dkcarolyneparent.com.

 

Lire aussi Croisière avec escales en Croatie et en Grèce - Il était un petit navire


Carolyne Parent était l’invitée de la Compagnie du Ponant.

2 commentaires
  • Michel Bédard - Inscrit 21 juin 2014 07 h 30

    Une croisière zen au Québec ?

    La croisière sur le fleuve, de Québec vers l'est jusqu'à Tadoussac, départ à 9h... Sublime, avec ce soleil du matin qui éclaire les paysages de Charlevoix. Contemplation de la nature, la plus belle croisière qui soit.

  • Carolyne Parent - Abonnée 21 juin 2014 17 h 49

    Effectivement...

    Vous pourrez me lire bientôt à ce sujet!