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Au-delà du ballet politique, une ville gracieuse et verte

Washington est belle en tout temps, mais en particulier au printemps, lorsque les cerisiers sont en fleurs, et l’été, saison verte et vaporeuse.
Photo: Paule Robitaille Washington est belle en tout temps, mais en particulier au printemps, lorsque les cerisiers sont en fleurs, et l’été, saison verte et vaporeuse.
À l’approche de Washington en traversant le Potomac ou en survolant la ville, on est saisi par une impression de vertige. Elle frappe comme une ouverture de film. Ces dômes néoclassiques d’un blanc immaculé à la mémoire de présidents passés, le Capitole au loin, l’imposant Pentagone, les monuments aux généraux glorieux, les immeubles massifs presque staliniens qui longent le National Mall renvoient tous à ce sentiment de pouvoir et d’ambition. Après tout, la capitale du plus puissant pays de la planète a d’abord été érigée pour intimider l’ennemi.​
 

Ici, même le chauffeur de taxi qui vous amène à destination est politisé. Les Washingtoniens vivent au rythme de la politique américaine, et bien plus, au rythme du monde. Washington n’est plus la capitale somnolente qu’elle était. Depuis ce nouveau siècle, sa population métropolitaine a explosé, les embouteillages aussi. Elle fourmille de gens de partout.

 

Au-delà du match entre démocrates et républicains, il y a celui des lobbyistes, des journalistes, des avocats, des représentants d’organisations internationales, des diplomates et des milliers de fonctionnaires. Si New York est la Mecque des affaires, D.C. est certainement le Taj Mahal de l’ambition politique et de l’intrigue. Et les récentes téléséries très populaires House of Cards et Homeland n’ont fait que nourrir cette réputation.

 

Mais distancez-vous de la folie ambitieuse de ces hommes et de ces femmes bourdonnant autour du National Mall et de la Maison-Blanche. Observez-les plutôt comme un ballet urbain et prenez D.C. pour ce qu’elle offre : son élégance et sa beauté. Parce que Washington est aussi une ville gracieuse et verte. À l’aube de ce pays, George Washington et l’architecte français Pierre-Charles L’Enfant visaient une oeuvre majeure inspirée des grandes capitales européennes, Paris surtout. Ces concepteurs interdirent d’y construire plus haut que le Capitole. On a tenu promesse. Alors, aujourd’hui, Washington respire.

 

À travers les siècles, ces concepteurs l’ont truffée de parcs. Bien sûr, il y a le National Mall, une large bande de pelouse verte de trois kilomètres entre Independance et Constitutional Avenues ; c’est l’endroit mythique des grands rassemblements historiques. Il y a, tout à côté, les pourtours du Tidal Basin où, au printemps, les Washingtoniens pique-niquent sous les cerisiers en fleurs. Mais Washington est encore bien plus.

 

Durant les dernières décennies, on a dépollué le Potomac, réaménagé ses rives et tiré avantage de parcs somptueux comme l’île Theodore-Roosevelt. On peut maintenant longer le fleuve en kayak, glisser sous les neuf arches du Memorial Bridge, admirer les mémoriaux et, du même coup, contempler une tortue qui se dore au soleil : une fusion singulière entre l’histoire magnanime et la beauté sauvage.

 

Et puis, remontant vers le nord, on suit Rock Creek Park qui abrite le jardin zoologique et ses pandas, mais aussi ses joggeurs venus des beaux quartiers de Chevy Chase et de Bethesda. Et on fait un saut au National Arboretum pour voir l’incroyable collection de bonzaïs. Et, pour encore du vert, on court au Jardin botanique admirer les 4000 espèces de plantes. Et là, le soir, on s’endort botaniste.

 

Au petit matin, quartier Dupont Circle, coin N Avenue et 18e Rue, un Starbucks. Il y a foule. La meute devant le comptoir arbore un style conservateur ; talons plats, jupes aux genoux. On dirait que les femmes sont commanditées par Banana Republic. Rien ne choque. Les clients tapotent leur téléphone intelligent en attendant leur tour, puis déclinent au garçon derrière la caisse des variations complexes de latte. À la terrasse, on fait un petit meeting rapide pour planifier la journée en regardant les gens pressés.

 

Tout proche, une station Bixi ? On appelle ça, ici, Capital Bike Share. Washington s’est mise au vélo. Les stations abondent partout. Des pistes cyclables serpentent la cité, tellement que D.C. serait devenue la ville américaine la plus conviviale pour les cyclistes.



 

De Dupont Circle, on se laisse descendre sur une pente douce jusqu’au National Mall. En se dirigeant vers le Lincoln Memorial, on se perd et un cycliste dans la jeune trentaine, pédalant au State Department, nous indique gentiment le chemin. Il se plaint du même coup du prix faramineux de son loyer et envie les Montréalais. Et puis, finalement, on stationne le vélo pour méditer au reflecting pool et observer un groupe d’anciens combattants se recueillir devant le mur du Vietnam Veteran Memorial.

 

On remonte ensuite Constitutional Avenue, passant devant l’immeuble de la Réserve fédérale et celui de l’Organisation des États américains, pour tourner à gauche à la 17e Rue. Coin Pennsylvania Avenue, une foule bigarrée de gens, portables à bout de bras, prennent des photos comme des désespérés. C’est le tumulte, la police bloque la rue et les gyrophares des SUV noirs (sport utility vehicle) nous aveuglent. Le convoi n’en finit plus. On veut croire que c’est Barack ou Michelle Obama qui entre à la Maison-Blanche. Tout cela se passe en quelques secondes. Un moment surréel comme pour nous rappeler que le pouvoir, finalement, n’est pas une abstraction.

 

Et si le temps tourne à la pluie, on se réfugiera dans l’un des magnifiques musées de Washington. On ferme son portable et on s’immerge dans le beau. On ne le sait pas toujours, mais la ville possède parmi les plus belles collections d’art au monde.

 

On peut passer des heures, que dis-je ! des journées entières à la National Gallery of Arts à déambuler dans ses halls, à admirer la spectaculaire rotonde néoclassique, à s’assoupir dans un sofa d’une cour Art Nouveau ou à méditer devant une oeuvre baroque ou post-impressionniste.

 

Et justement, pour les amateurs de peinture impressionniste et d’art moderne, il y a la splendide Phillips Collection dans le quartier Dupont Circle. C’est un petit musée privé, le premier d’Art moderne en Amérique, fondé en 1921 par Duncan Phillips, critique d’art et collectionneur. Aménagée dans trois maisons typiques du quartier de style Georgian Revival converties en un seul établissement, la Phillips Collection est discrète et charmante. Ancienne résidence de M. Phillips, on y ressent une impression d’intimité entre nous et les oeuvres en déambulant à travers ces pièces. On passe de Braque à Rothko et de Bonnard à Klee avec grand plaisir.

 

Non loin de là, il y a un petit hôtel sur un même thème, celui du raffinement sans prétention : le Tabard Inn, sur l’avenue N. Le lieu victorien ressemble à un club privé anglosaxon. En montant l’escalier, on découvre le portrait d’un jeune Michael Gorbatchev, dernier président de l’URSS, une affiche de Solidarnosc, le célèbre syndicat polonais des années 80, et des reproductions de peintres réalistes américains.

 

Dans le lounge au plafond bas, on voudrait se laisser couler dans le cuir chaud de ces sofas en sirotant un verre de scotch. Le restaurant offre une petite terrasse ensoleillée. La clientèle locale est nombreuse. Qui sont-ils, ces Washingtoniens ? Des journalistes ? Des hauts fonctionnaires ? Des lobbyistes ? Des politiques ? On s’attarde quelque temps devant un Chardonnay californien avant de reprendre sa route.

 

Un peu plus haut, on bouquine à la librairie Kramer jusqu’à tard dans la nuit. L’endroit, qui est aussi un café-bar, accueille la faune éclectique de Dupont Circle by night ; rien à voir avec la foule bon chic bon genre des ambassades durant la journée.

 

Et plus on monte la 18e Rue, que l’on s’éloigne lentement de Dupont Circle, et plus le décor est à la fête. On entend de l’espagnol et des langues inconnues. On sent des effluves de cuisine indienne. Tiens ! Un restaurant éthiopien ? Washington serait la deuxième ville éthiopienne après Addis-Abeba. On est dans le quartier Adams Morgan.

 

On pourrait continuer la fête à Georgetown, près du port. Mais on terminera la soirée au centre-ville. On ira au bar illustre du chic Willard Hotel boire un Mint Tulip concocté par James Hewes, le barman de l’établissement depuis 1986, du temps où il était dangereux de se pointer ici la nuit. Il racontera de vieilles histoires de ce lieu historique, comme celle du congressman du Sud qui avait flingué le maître d’hôtel irlandais, ou celle de ces sénateurs qui s’affrontaient en duel devant la Maison-Blanche pour une histoire de femme.

 

On se dépêchera de prendre le dernier ascenseur pour gravir l’obélisque du Washington Memorial, récemment rouvert, et d’admirer la vue de la capitale américaine de nuit. Ça sera féerique. Et on ira se reposer sous le dôme du Jefferson Memorial, hypnotisés par les reflets de l’eau. On humera la terre moite de ces étés torrides du sud des États-Unis et on écoutera le concert des grillons et des cigales qui résonne à travers le National Mall.

 

Encore une fois, on se sentira dans un décor de film grandiose. Mais on aura découvert la puissance d’une autre Washington, celle du grand calme.


***

En vrac

 

Tous les musées publics et sites historiques sont gratuits à Washington. Ces endroits sont interactifs et bien pensés pour les enfants, avec des animateurs sur une infinité de thèmes. Washington est idéale à visiter en famille. On n’a qu’à faire le tour du National Mall à pied ou à vélo pour avoir accès à une bonne douzaine de musées (Musée d’histoire naturelle, de l’aviation et de l’aérospatiale, de l’histoire américaine, ceux des Smithsonian et de la Maison-Blanche, la National Art Gallery…).

 

Hôtels. Tabard Inn (tabardinn.com) : situé près de Dupont Circle, il est abordable et charmant. Il offre une quarantaine de chambres et abrite un excellent restaurant.

 

Mansion on O Street (omansion.com) : c’est un petit hôtel éclectique prisé par les groupes rock des années 70. Les Rolling Stones en ont fait leur pied-à-terre à Washington durant les belles années. Chaque chambre est décorée sur un thème. L’endroit cumule aussi galerie d’art, fondation et restaurant.

 

The Willard (ihg.com/intercontinental/hotels/gb/en/washington/washa/hoteldetail) : situé tout en face de la Maison-Blanche, c’est une institution d’un grand chic. Tous les présidents américains y ont séjourné au moins une nuit depuis 1870.

 

Restaurants. Pour manger en famille, des popotes mobiles, ou food trucks, sont devenues un phénomène. Il y en a pour tous les goûts (ethniques, végétariens, raffinés). Elles bougent mais on les retrouve habituellement coin K et 13e et autour du National Mall.

 

À Georgetown : Tackle Box (tackleboxrestaurant.com) ; Phillips Seafood au coeur du marché de poissons (phillipsseafood.com).

 

Pour rencontrer le Tout-Washington : Old Ebbitt Grill (ebbitt.com) ; Capital Grill (thecapitalgrille.com).

 

Pour bouquiner jusqu’à tard dans la nuit en sirotant un verre de vin : Kramer Books (kramers.com). En plein coeur de Dupont Circle.