Nice, ville verte sur la grande bleue

Le port de Nice : un rectangle bordé d’immeubles jaunes, ocre, roses. Et une série de bateaux en rang d’oignons.
Photo: Hélène Clément Le port de Nice : un rectangle bordé d’immeubles jaunes, ocre, roses. Et une série de bateaux en rang d’oignons.

Situation géographique en or — et encore plus si on en a plein les poches —, Nice n’a cessé d’attirer la convoitise depuis la préhistoire. Romains, Barbares, Ligures, Sarrasins, suzerains de la Maison de Savoie, Louis XIV… tous ont tenté de mettre le grappin sur elle. Mais ce sont les Niçois qui ont eu le dernier mot en votant, en 1860, par le Traité de Turin, leur rattachement à la France. Depuis, la jolie pépite située entre la grande bleue et les Alpes affriole nababs, artistes et touristes du monde. Une mode lancée par les aristocrates anglais.

C’est pour fuir la ville que la bonne société anglaise commence à pratiquer le tourisme. Ce sont les premiers vacanciers à goûter au plaisir de l’hivernage sur les rives méditerranéennes. Les vastes étendues de mer et de montagne semblent aux nobles Britanniques un remède efficace contre l’oppression engendrée par l’urbanisation européenne au XIXe siècle.

 

C’est ainsi qu’à Nice, en 1820, le révérend anglais Lewis Way fit construire à ses frais ce qui deviendra la promenade des Anglais, à laquelle la ville côtière doit son image internationale. L’allée qui longe la spectaculaire baie des Anges n’est alors qu’un sentier large de deux mètres.

 

« Les Niçois l’avaient baptisé le chemin des Anglais, précise Caterina Prochilo, de l’Office du tourisme et des congrès de Nice/Côte d’Azur. Dans sa forme définitive, deux chaussées séparées par un terre-plein planté de palmiers, la “ Prom ” a été inaugurée en 1931 par le duc de Connaught, l’un des fils de la reine Victoria. »

 

Depuis, amoureux, flâneurs, curieux, adeptes de patin à roulettes et de jogging ou songe-creux de la grande bleue — surnom donné à la Méditerranée vers 1868 —, y prennent le frais ou le soleil. On s’y pavane depuis, oubliant la grisaille des villes, face à une baie turquoise si belle qu’on dit qu’elle aurait servi de refuge à Adam et Ève après qu’ils eurent péché…

 

D’avant le déluge ou moderne, la légende provençale qui entoure la baie des Anges est évocatrice. Évincés du paradis pour avoir mangé le fruit interdit, des anges auraient déposé Adam et Ève dans cette baie magnifique.

 

Mais l’exil qui devait se révéler une terrible punition ne fut d’aucun dépaysement pour les coupables. Le lieu évoquait leur paradis perdu. Depuis, la fameuse baie méditerranéenne, qui s’étend du cap d’Antibes jusqu’à Nice, porte le nom de baie des Anges.

 

Dans le sillage d’Adam et Ève, au tour des internautes de chanter les louanges des lieux. On apprenait récemment dans le journal Nice-Matin que l’aéroport Nice-Côte d’Azur a décroché, devant 200 aéroports, la première place au palmarès 2014 des plus belles approches aéroportuaires au monde, selon un sondage de la firme PrivateFly. Les votants ont acclamé sa beauté céleste, la richesse de sa palette de couleurs et la vue paradisiaque de la Côte d’Azur.

 

Nice a ceci d’unique qu’elle réunit en un espace restreint la montagne, la mer, les activités culturelles, sportives, nocturnes, familiales… Reliée à son histoire mythique, la ville très tendance de 400 000 habitants possède tous les agréments d’une capitale sans en avoir les désagréments.

 

Et verte en plus ! Car Nice entend bien garder l’humain au centre de son évolution en améliorant son cadre de vie. La promenade du Paillon en est un fichu bel exemple ! Inauguré en octobre 2013, ce parc urbain de 12 hectares relie le Vieux-Nice à la promenade des Anglais.

 

Une allée piétonne de pierre et de gazon, ponctuée de jets d’eau, mène les promeneurs à la mer sur une distance de 1,2 kilomètre. Et tout au long, de beaux végétaux ! Quelque 2000 plants d’oeillets rappellent l’époque où la fameuse fleur était exportée dans le monde entier.

 

Circulation automobile réduite, tramway électrique, vélo bleu, nombreux espaces piétonniers, ajouts de parcs… La cinquième ville de France opte pour un développement durable. Loin d’être ennuyante, la plus grande ville azuréenne.

 

Et c’est plus qu’un hub pour voyageurs en attente de récupérer leur voiture de location en vue d’un séjour sur la route des vins de Provence, ou de monter à bord d’un traversier pour la Corse, d’un yacht de plaisance à destination de Saint-Tropez, d’un hélicoptère pour Monaco ou encore d’un train pour les Cinque Terre, en Italie…

 

Balcon sur Méditerranée

 

Il est clair que Nice mérite qu’on y dépose sa valise pour quelques jours. D’abord pour réaliser que les responsables touristiques ont raison de vanter le microclimat exceptionnel de la ville : pas trop chaud en été, plutôt doux en hiver.

 

On y mange en terrasse, le midi, presque à l’année. Et de faire l’éloge de son élégance, de son art de vivre, de ses plages — une quinzaine privées, une vingtaine publiques — et de son passé qui remonte à la préhistoire. La grotte du Lazaret, au pied du mont Boron, témoigne encore de ce passé datant de plus de 160 000 ans avant notre ère.

 

N’empêche que si on ne dispose que d’une poignée d’heures, le Vieux-Nice est à explorer en priorité. Flâner dans les ruelles, siroter un café sur une placette à l’ombre d’un chêne, méditer dans une église baroque, chiner au marché des antiquaires du lundi au Cours Saleya ou découvrir les parfums de la garrigue au marché de fruits, de légumes et de fleurs les autres jours.

 

De chaque côté du Cours Saleya — un ancien parc transformé en allée piétonnière —, des maisons ocre.

 

Puis une église baroque toute jaune : la chapelle de la Miséricorde. Au bout de l’allée rectiligne, la maison d’Henri Matisse, le point de ralliement si l’un d’entre nous s’égare.

 

Matisse a habité les troisième et quatrième étages de cette maison, de 1921 à 1938. Elle ne se visite pas, mais il y a le musée Matisse, pas trop loin, qui présente une collection permanente de 68 peintures et gouaches découpées, 236 dessins, 218 gravures, 57 sculptures, 14 livres illustrés, 95 photographies et 187 objets — sérigraphies, tapisseries, céramiques, vitraux et documents ayant appartenu au peintre. L’appartement domine la promenade des Anglais, la baie des Anges et la ville de Nice. Comme Chagall, la lumière azuréenne l’inspirait de tout son être.

 

Mais la meilleure vue de Nice, c’est de la colline du Château qu’on peut la contempler. On accède au rocher de 93 mètres de haut par un ascenseur près de la maison de Matisse. Ou, si on est plus sportif, par l’escalier Jules-Eynaudi qui se trouve au bout d’une jolie ruelle pentue.

 

Et c’est pas plus mal puisqu’on y apprend que l’homme qui a donné son nom à l’escalier, un écrivain et poète qui a vécu entre 1871 et 1948, est l’auteur d’un dictionnaire de la langue niçoise. Car le niçois fait partie de l’ensemble linguistique occitan. C’est une langue vivante transmise aux jeunes générations avec beaucoup de succès par des associations culturelles dynamiques.

 

Cité antique d’origine grecque, puis première ville médiévale. Seuls quelques pans de mur anciens restent sur ce caillou vieux comme la Terre, transformé en jardin botanique doublé d’un parc. D’un côté, le cap de Nice, le fort du Mont-Alban, le col de Villefranche, « la Prom », le mont Vinaigrier et un océan incroyable de toits rouges d’où sortent des dizaines de clochers baroques.

 

De l’autre côté, le port de Nice. Un rectangle bordé d’immeubles jaunes, ocre, roses. Et tous ces bateaux en rang d’oignons. De petites chaloupes de pêcheurs colorées, de gros yachts, des voiliers. Tiens, sont-ce les collines du Bellet derrière ? Ça sent le bon vin. Clos Saint-Vincent, Domaine Saint-Jean, Domaine de Vinceline, Collet de Bovis… Vite, une terrasse !

 

Tout à coup, une détonation fracassante nous sort de notre ivresse passagère. De quoi mettre les pigeons en pâté sur-le-champ. Même René Goscinny, enterré ici dans le cimetière israélite, a dû se retourner dans sa tombe. Est-ce une bombe ? Pour un peu, on se couchait par terre.

 

« Une autre tradition bien de Nice, explique notre guide. L’histoire remonte aux années 1860, alors qu’un hivernant écossais du nom de sir Thomas Conventry-More s’installe dans le Vieux-Nice avec sa femme. Madame tardait souvent à rentrer de sa promenade matinale, obligeant monsieur à patienter avant de se mettre à table. L’ancien colonel imagine une solution pour rappeler son épouse à ses devoirs de cuisinière : faire tirer un coup de canon sur les 12 coups de midi ! Il en parle au maire, qui lui offre la pièce d’artillerie.

 

Après le départ du gentilhomme, la population exige le maintien de la tradition. Le 19 novembre 1875, un arrêté niçois est voté et le « Lou canoun de Miejour » est institué à Nice. Y sont fous, ces Gaulois ! Et ces Germains aussi.

 

Il est donc midi, c’est l’heure de l’apéro à Nice.

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En vrac

 

Transport. Air France offre des vols quotidiens sur Paris, et de là, sur toutes les grandes villes françaises. L’horaire d’été à Montréal a débuté le 12 mai à raison de trois vols par semaine. Air Transat offre également des vols directs sur Nice en période estivale.

 

Dormir. Grand coup de coeur pour le charmant hôtel-boutique Windsor, en plein centre de Nice. Ses chambres d’artistes à fresques et posters sont une invitation au voyage. Vraiment jolies. Chacune d’elles est une création, fruit de l’imagination de l’artiste, reflet de son travail. Et que dire du jardin extérieur avec son ficus centenaire, ses troènes, ses néfliers, ses palmiers et ses bambous géants ? C’est une véritable petite jungle qui nous transpose au coeur du Brésil. Jusqu’à la lune qui se mire dans la piscine. Ouvert à l’année, avec repas à la chandelle près de la cheminée en hiver et repas au clair de lune dans le jardin l’été. À considérer sérieusement été comme hiver.

 

Manger. Le charmant restaurant L’âne rouge, dans le port de Nice, est un grand classique de la Côte d’Azur. Le chef propriétaire de l’endroit qui donne sur le port de plaisance, Michel Devillers, est fils de boucher et adore travailler le poisson. Il encourage fortement la pêche locale et en connaît bien des secrets. Si février est le mois de la dorade grise, novembre est celui de la dorade royale. Il ne reste que trois pêcheurs à Nice, et l’un d’eux possède la clé de son restaurant et de son réfrigérateur.

 

Le chef travaille aussi en direct avec un pêcheur breton qui lui fait parvenir par camion, via Avignon, la pêche du jour ! Et quelle surprise d’apprendre que l’on mange, ici aussi, de la poutine. Mais rien à voir avec la québécoise. C’est le nom donné à l’alevin de sardine. Quant à sa volaille, elle vient de Revel, à 60 kilomètres de Castelnaudary. Michel Devilliers offre aussi des cours de cuisine et propose un service de traiteur aux bateaux de plaisance de passage dans le port de Nice.

 

Deux incontournablesLa confiserie Florian, pour s’offrir les meilleurs clémentines et autres fruits confits au monde. Des violettes et des pétales de rose cristallisés aussi, des pâtes et des gels de fruits, des bonbons sucettes et des berlingots, calissons, nougats, caramels et chocolats… Durant la visite guidée de la petite usine, de février à août, on assiste au travail de la violette, puis de la rose Tango, du jasmin et de la verveine transformés en fleurs cristallisées ou en confits de fleurs. Tout au long de l’année, on fabrique des chocolats, des caramels et des bonbons acidulés aux saveurs de la Provence.

 

Aussi, le maître glacier Fenocchio sur la place Rossetti, dans le Vieux-Nice. On y propose plus de 90 parfums de glaces et sorbets aux saveurs aussi provençales que tomate basilic, calisson, thym, romarin, lavande, olive, marron, verveine… Un voyage en Provence !

 

À ne pas manquer : le festival de jazz de Nice, du 8 au 12 juillet 2014 et la visite du musée Matisse.

 

Pour informations supplémentaires nicetourisme.comca.rendezvousenfrance.com/fr.

 

 

Notre journaliste était l’invitée d’Atout France Montréal et d’Air France.

1 commentaire
  • Nasser Boumenna - Abonné 27 mai 2014 06 h 13

    Charmant

    Et pour compléter ce beau tableau, Nice vote à droite, très à droite, comme le démontrent les récentes élections municipales et européennes...