L’île aux trésors de la Scandinavie

Un panorama du centre-ville de Stockholm.
Photo: Victor Char Un panorama du centre-ville de Stockholm.

Les clichés ont la peau dure. Évoquez la Suède et c’est aussitôt une ribambelle de noms qui font la gloire de ce pays nordique : IKEA, Volvo, Saab, H M, Ericsson… Mais Stockholm ? Dire qu’elle ressemble à une carte postale serait un lieu commun. Et pourtant… Huit fois centenaire, la ville s’étend sur 14 îles dont quelques-unes cachent de jolis trésors, souvent insoupçonnés.

Stockholm — Dans un musée en forme de bunker, sur l’île de Djurgården, à quelques encablures de la mer Baltique et du coeur de Stockholm, est enfermé le Vasa avec tous ses trésors.

 

Une fois à l’intérieur de la froide structure de béton, le vaisseau royal se livre dans toute sa splendeur.

 

Les premiers vers d’Oceano Vox de Victor Hugo reviennent alors tout doucement en mémoire.

 

« Oh combien de marins,

combien de capitaines

Qui sont partis joyeux

pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon

se sont évanouis ! »

 

Ils étaient plus de 200 à bord du navire de 69 mètres de long. Le dimanche 10 août 1628, Söfring Hansson, le capitaine, avait lancé, tout fier : « Hissez la misaine, le petit hunier, le grand hunier et l’artimon ! »

 

Toutes voiles dehors, le Vasa vogua vers le large et sombra. Après seulement 1300 mètres. Une cinquantaine de personnes périrent. Trop lourd dans sa partie supérieure, n’ayant pas réussi les tests de roulis, le navire de 1200 tonnes pouvait difficilement éviter la catastrophe. Il sombra aussi dans l’oubli avant d’être localisé à la fin des années 1950.

 

Il fut renfloué le 14 avril 1961. Après 333 ans au fond des eaux du Mälaren, le lac qui rejoint la mer Baltique. « J’étais là ce jour-là ! Le Tout-Stockholm était au rendez-vous. Les médias du monde entier ont couvert l’événement », se rappelle le retraité Peter Davies, 72 ans.

 

Le malheur du Vasa fait aujourd’hui le bonheur des Stockholmois. « S’il n’avait pas coulé, nous ne pourrions pas l’admirer aujourd’hui. Il est tel qu’il était à 90 % », précise Davies. C’est le seul vaisseau au monde du XVIIe siècle à avoir été conservé.

 

Sa coque faite de mille chênes, ses 64 canons de gros calibre, ses trois mâts de plus de 50 mètres de haut, ses centaines de sculpture ciselées, dorées et peintes, sont la grande attraction touristique de la ville (1,5 million de visiteurs chaque année). Mais, pas la seule…

 

Statue, assassinat, Sami et Abba

 

Tout à côté du Vasamuseet se dresse le Musée nordique, un édifice construit au XIXe siècle à l’image d’un palais de la Renaissance et retraçant l’histoire et la culture des 9,5 millions de Suédois. L’énorme statue en chêne de Gustav Vasa (1496-1560), le roi qui chassa les Danois de Stockholm, accueille les visiteurs. Impressionnant.

 

Parmi l’importante collection d’armes, d’armures et de vêtements d’apparat des familles régnantes se trouve le costume de bal dans lequel Gustave III (1746-1792) fut assassiné à l’opéra de Stockholm, épisode qui inspira à Verdi son Un ballo in maschera (« Bal masqué »). Son assassin fut rapidement arrêté, à la différence de celui du premier ministre Olof Palme (1927-1986), qui court toujours.

 

Au troisième étage se trouve une exposition dédiée aux Sami, seul peuple autochtone d’Europe. Environ 10 % des Lapons suédois vivent encore de l’élevage de rennes.

 

À 650 mètres du Nordiska museet, un tout petit musée retrace la carrière d’Agnetha, de Björn, de Benny et d’Anni-Frid (Fridda). Les « quatre mousquetaires » du disco ont vendu près de 400 millions de disques entre 1972 et 1983. Grâce à la magie du karaoké, vous pouvez être le cinquième membre d’Abba et chanter Dancing Queen, Knowing You ou encore Summernight City.

 

Palais royal, vieille ville et Nobel

 

Tout en face de l’île de Djurgården se dresse l’austère Kungliga Slottet, le palais royal construit en brique et en grès au XVIIIe siècle. Est-ce pour cela que le roi Carl XVI Gustaf et la reine Sylvia ont choisi, en 1981, de vivre à une vingtaine de minutes de Stockholm, à Drottnigholm, dans un château du XVIIe siècle classé au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

 

« Les Stockholmois ne leur ont jamais vraiment pardonné de s’être éloignés d’eux », soutient Peter Davies.

 

Toujours est-il qu’avec ses 608 pièces, le palais de style baroque est l’un des plus grands d’Europe. Avec ses cinq musées — dont un consacré aux Vikings —, il mérite une petite visite avant d’entrer dans Gamla Stan, la vieille ville. Avec ses rues étroites, c’est, dit-on, l’un des centres historiques les mieux préservés de l’Europe du Nord. Dommage qu’il y ait autant de boutiques de souvenirs de pacotille comme on en trouve dans le Vieux-Montréal.

 

Sur la place de Stortoget, les hautes maisons à pignons ocre et rouge, de style Renaissance des Pays-Bas, ont été les témoins d’innombrables exécutions. Une année, 1521, gravée sur les pavés, rappelle la décapitation d’une centaine de nobles et de chevaliers qui réclamaient la libération de la Suède de la domination du petit Danemark voisin.

 

Sur cette même place est installé aujourd’hui le musée Nobel. L’inventeur de la dynamite a créé une institution chargée depuis 1901 de léguer chaque année cinq prix : paix, littérature, chimie, médecine et physique… mais pas les mathématiques. Pourquoi ? Le grand Alfred voulait éviter, dit-on, de récompenser un mathématicien suédois de renom ayant volé le coeur de sa maîtresse, l’Autrichienne Sophie Hess.

 

C’est en prenant un des 57 ponts de Stockholm, construite sur 14 îles, qu’on quitte la vieille ville pour se retrouver devant le deuxième haut lieu touristique après le musée de Vasa : l’hôtel de ville (Stadshuset), une énorme structure de briques rouges aux allures de forteresse.

 

C’est l’émerveillement, cependant, dès qu’on entre dans le magnifique Bla Hallen inspiré des palais vénitiens, où se tient le banquet qui suit la cérémonie de remise des prix Nobel. La famille royale préside la « grande bouffe » des 1300 invités qui vont ensuite danser dans le Gyllen salen, salle dorée de style byzantin avec ses 18 millions de morceaux de mosaïque et d’or (interdit de toucher !).

 

Il faut grimper sur la tour de l’hôtel de ville (106 mètres) pour avoir la meilleure vue de Stockholm, bâtie en 1253. La cité de deux millions d’âmes mérite bien son surnom de Venise du Nord et concurrence ainsi Saint-Pétersbourg, Amsterdam et Bruges.

 

Rues piétonnes, Millénium et métro

 

En redescendant, ce sont d’innombrables rues piétonnes qui serpentent le centre-ville. Drottningattan est l’une des plus longues. H M (aussi suédois que IKEA) fait sentir sa présence sur plusieurs dizaines de mètres, comme d’ailleurs les mendiants roms venus des lointaines Roumanie et Bulgarie.

 

Sur Görgatan, qui traverse toute l’île de Södermalm, vous pourriez (avec un peu de chance, bien sûr !) rencontrer Mikael Blomkvist, le héros du Millénium de Stieg Larrson. Sa célèbre revue y a pignon sur rue. Pour une vingtaine de dollars, le Musée de la Ville offre une promenade guidée de deux heures sur les traces de la trilogie lue par plus de 60 millions de personnes dans le monde.

 

Si la capitale suédoise est loin d’être la « ville noire » décrite par le défunt Larrson, de manière générale, « vivre en ville, pour un Suédois, n’est pas une chose naturelle », rappelle l’écrivaine Madeleine Gustafsson. Alors, autant aménager le paysage urbain pour qu’il s’y sente bien.

 

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que Stockholm a accueilli en 1972 la première conférence des Nations unies sur l’environnement, qui sonna le réveil d’une conscience environnementale planétaire.

 

Si les voitures circulent dans le centre-ville c’est au compte-gouttes. Pour y entrer, elles doivent toutes payer une dîme d’une vingtaine de couronnes (3 $) ; alors mieux vaut prendre le tramway (omniprésent) et surtout le métro. Long de 110 kilomètres (40 de plus qu’à Montréal), le Tunnelbana est la plus grande galerie d’art au monde : 90 de ses 100 stations sont décorées de mosaïques, de peintures et de sculptures de toutes sortes. Certaines vous replongent dans l’âge des cavernes.

 

Sous terre comme en plein air, Stockholm est sans contredit l’île aux trésors de la Scandinavie.

Collaborateur

***

 

En vrac

 

Transport. Arlanda, l’aéroport international de Stockholm, est à 43 kilomètres de la capitale. Le taxi vous conduit au centre-ville pour 520 couronnes (90 $) ; le train, pour la moitié du prix, et en 20 minutes exactement. Départ toutes les 15 minutes.

 

Musées. Stockholm en compte une centaine. L’entrée coûte en moyenne 20 $. Au Moderna Museet (musée d’art moderne), c’est gratuit le vendredi entre 18h et 20h.

 

Manger. Année après année, Stockholm se classe parmi les 20 villes les plus chères au monde. Au marché Saluhall, en plein coeur de la ville, savourez votre saumon fumé sur un smörgas, tranche de pain de mie (40 $), et votre ballon de rouge (16 $), en humant les odeurs de poissons, viandes, charcuteries et fromages de toutes sortes.

 

Casino. Le Cosmopol, non loin de la gare, offre ses machines à sous, ses tables de roulette et de black jack dans un ancien cinéma de style Rococo. Il vous ouvre ses portes à 13h moyennant 30 couronnes (5 $) et votre passeport, puis les referme à 5h du matin. Bonne chance !

1 commentaire
  • Michel Thériault - Abonné 22 mars 2014 10 h 04

    Beaux souvenirs

    Merci M. Char pour la belle description, cela m'a fait revivre quelques beaux souvenirs. J'y suis allé il y a 2 ans et j'ai été séduit. Quelle belle ville !