Minuit moins quart pour les routards?

On séjourne à Vang Vieng, au Laos, pour profiter de la nature et faire quelques activités de plein air, le tout bien sobrement.
Photo: Carolyne Parent On séjourne à Vang Vieng, au Laos, pour profiter de la nature et faire quelques activités de plein air, le tout bien sobrement.

Un trajet de trois heures en bus pour 40 000 kips (5,30 $). Une nuitée dans une guesthouse pour 30 000. Une assiette de poulet aux noix de cajou pour 20 000… Avec un coût de la vie, pour nous, aussi bas et inférieur à celui de la Thaïlande ou du Vietnam, ses voisins à bâbord et à tribord, pas étonnant que le Laos soit particulièrement prisé des routards. Mais au ministère de l’Information, de la Culture et du Tourisme, on ne s’en réjouit guère.

 

Pays communiste venant tout juste de s’ouvrir au monde, l’ancien « royaume du million d’éléphants » fait figure de destination « neuve » en Asie du Sud-Est. Il a accueilli ses premiers touristes d’agrément en 1998 et, depuis, leur nombre s’est accru d’année en année, passant de 500 000 il y a 16 ans à 3,7 millions l’an dernier.

 

Le hic, c’est que les revenus n’augmentent pas de façon substantielle. « Il nous faut donc améliorer nos infrastructures de façon à pouvoir satisfaire une clientèle raffinée, et pas seulement les routards », dit Sounh Manivong, directeur général du Service du développement touristique au sein du ministère, à Vientiane.

 

En ce pays où 27 % de la population subsiste avec moins d’un dollar par jour et où le tourisme est la première source de devises, les kips de la « clientèle raffinée » sont effectivement nécessaires.

 

Mais en attendant, il faut compter avec les bourlingueurs qui, parfois, nuisent aux destinations qu’ils mettent au monde. Prenez la bourgade de Vang Vieng, une tache de jus de tamarin sur la carte du monde, mais une halte obligée lorsqu’on voyage en bus entre Vientiane, la capitale, et Luang Prabang, au nord du pays : en moins de 10 ans, sa fréquentation annuelle est passée de 2000 à… 100 000 touristes ! C’est que les routards en avaient fait un party paradise où les space shakes coulaient à flot malgré la menace d’un séjour tout à fait petit budget dans une prison laotienne.

 

« On a fait un gros ménage, et il était temps ! », dit Michael Taylor, chef des opérations chez Inthira, une chaîne laotienne de restaurants et d’hôtels. Depuis l’an dernier, finis les descentes de la rivière Song en chambre à air, le fameux tubing, avec arrêts d’une rive à l’autre le temps d’enfiler une, deux, trois Beerlao. Les autorités touristiques régionales ont également « cassé » le party en obligeant bars et restaurants à fermer avant l’heure de Cendrillon.

 

Ainsi, case départ pré-routards : on séjourne dorénavant à Vang Vieng pour profiter de la nature, admirer les formidables formations de karst qui se mirent dans la Nam Song et rappellent celles de la baie d’Halong, explorer des grottes, faire de l’escalade, du kayak, du vélo sur fond de rizières, le tout bien sobrement.

 

Case départ ? Pas tout à fait, car Vang Vieng, qui compte aujourd’hui pratiquement plus de commerces pour touristes que de maisons privées, ne sera plus jamais le hameau qu’il a été. Seule bonne nouvelle d’un point de vue local : l’assiette de poulet aux noix de cajou est passée à 30 000 kips.

 

Renseignements : tourislaos.orgecotourismlaos.com

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