La villa Éphrussi de Rothschild: le rêve en rose de la baronne

La villa Éphrussi de Rothschild, un rêve excentrique
Photo: Nicole Pons La villa Éphrussi de Rothschild, un rêve excentrique

Saint-Jean-Cap-Ferrat — Riche, puissante et esthète. Béatrice Éphrussi de Rothschild a tout pour elle. Fraîchement divorcée, à la tête d’une fortune colossale héritée de son père, le banquier et baron Alphonse de Rothschild, elle a le coup de foudre pour un promontoire rocheux de sept hectares balayé par le vent, qui domine d’un côté la rade de Villefranche-sur-Mer, de l’autre celle de Beaulieu-sur-Mer. Tout est à faire. Qu’importe.

En ce début de XXe siècle, période d’opulence, la Côte d’Azur voit fleurir des « folies » architecturales bâties par des milliardaires excentriques. Celle de la baronne sera à son image : fantasque. D’une intransigeance sans égal, elle refuse moult projets d’architectes, exige des maquettes grandeur nature pour juger du résultat, demande à ses employés de revêtir des cyprès en carton-pâte pour lui servir de décor mobile afin de visualiser les futurs jardins !

En 1912, après sept années de travaux titanesques, Béatrice prend ses quartiers d’hiver dans son petit palais rose. Inspiré de la Renaissance italienne, florentine, du gothique flamboyant, avec des références aux églises vénitiennes et aux demeures sévillanes, il met à l’honneur diverses époques, dans un joyeux mélange de genres. Dès le gigantesque hall, dont les élégantes colonnades peintes en trompe-l’oeil imitent le marbre, on est dans la démesure.

Du grand salon — où une peinture de Tiepolo, artiste vénitien du XVIIIe siècle, a trouvé sa place au plafond — au petit salon ; du boudoir de Madame à ses luxueuses chambre et salle de bains ; des chambres d’amis aux salons du premier étage où sont exposées de précieuses collections, marbres rares, dorures, stucs, tableaux de maîtres, boiseries anciennes provenant de lieux prestigieux et meubles, surtout du XVIIIe, créent un univers raffiné.

Les lavis de Fragonard et les peintures de Boucher font salon, les tapisseries des Gobelins aussi, comme les porcelaines de Saxe et l’étonnant orchestre de singes en porcelaine qui côtoie des boiseries peintes sur le même sujet.

Dans le prolongement de la villa, le jardin à la française est la pièce maîtresse de l’ensemble des neuf jardins où s’épanouissent de nombreuses essences. Une symphonie en rose et vert conçue par la baronne comme un espace de réception, un pont de navire avec vue aérienne sur les yachts cossus qui mouillent en contrebas. Canal, jets d’eau musicaux, temple de l’amour, cascade en escalier, bassins, pelouses impeccables, végétation exotique, parterres fleuris se lovent dans un écrin d’arbres.


L’héritage

Béatrice n’avait réalisé qu’une partie des jardins. À son décès, en 1934, l’Académie des beaux-arts, héritière de la propriété, fait aménager l’ensemble des espaces thématiques par Louis Marchand, un artiste botaniste. Grotte, bassins, arcades, fontaines, le jardin espagnol est intime. Grenadiers, jasmins et autres arums y foisonnent. Après le jardin florentin, seul vestige du jardin italien de Béatrice, le jardin lapidaire est un petit musée à ciel ouvert.

L’ambiance du jardin japonais avec son pont, ses vasques, ses bambous et ses fougères apaise. Il a été réaménagé par un mécène nippon en 2003. Se succèdent les jardins provençal et exotique, puis la roseraie aux 100 variétés de roses parfumées. Un enchantement !

Villa Éphrussi de Rothschild, Saint-Jean-Cap-Ferrat (de Nice, suivre la basse corniche vers Monaco sur 10 kilomètres jusqu’à Villefranche-sur-Mer, puis accès indiqué). Ouvert tous les jours, à l’année. Librairie-boutique, restaurant-salon de thé. villa-ephrussi.com

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