Tourisme - La quête de l’or au Yukon des ancêtres

Le Yukon aux paysages fabuleux, aux routes désertes s’étirant entre des montagnes immenses aux neiges éternelles.
Photo: Pierre Trudel Le Yukon aux paysages fabuleux, aux routes désertes s’étirant entre des montagnes immenses aux neiges éternelles.

Yukon — On y va pour les grands espaces, pour les paysages à couper le souffle, pour chercher de l’or ou suivre la trace de ses ancêtres. On y va parce que c’est l’un des endroits les moins peuplés de la Terre. Et on en revient en se faisant la promesse d’y retourner un jour. Terre mythique, terre isolée, terre lointaine, le Yukon gagne à être connu.

 

C’était il y a un siècle. Et pourtant, dans l’immensité sauvage du Yukon, cela semble si proche. C’est le Yukon où Jack London a cherché de l’or, dans une cabane au milieu de nulle part, alors qu’il sortait tout juste de l’adolescence.

 

Le Yukon qui a fait rêver des dizaines de milliers de Canadiens et d’Américains qui ont tout lâché pour fouiller son sol aride à la recherche de quelque filon. Le Yukon aux paysages fabuleux, aux routes désertes s’étirant entre des montagnes immenses aux neiges éternelles.

 

Le Yukon où l’arrière-arrière-grand-père de mon fils, Philippe Arsenault, a tenté sa chance lui aussi, laissant au Québec femme et enfants pour y revenir plus riche.

 

Dans la bibliothèque du musée de Dawson City, au Yukon, la bibliothécaire imprime une carte. C’est la concession qui lui avait été cédée. On peut aussi voir le paraphe de l’ancêtre sur le papier lui accordant la concession. Janvier 1902.

 

Aujourd’hui, le Klondike est bel et bien terminé mais il y a toujours de l’or au Yukon.

 

À quelques kilomètres de Dawson City, la compagnie Goldbottom, propriétaire d’une mine d’or familiale, nous permet même de tenter notre chance à l’ancienne en plongeant une assiette de métal dans les eaux froides d’un ruisseau.

 

« L’or est 19 fois plus lourd que l’eau », expliquent les opérateurs. C’est pourquoi il retombe au fond de l’écuelle.

 

Len et Rona Miller, originaires de l’Ontario et du Québec, sont arrivés au Yukon en 1954 durant leur lune de miel, et, séduits, y sont restés. Après quelques années passées à Dawson City, Len se laisse gagner par la fièvre de l’or. Le couple s’installe dans une maison de bois, qu’on peut encore visiter aujourd’hui.

 

Ce sont leurs enfants qui continuent d’exploiter la mine et la compagnie Goldbottom. Ils accueillent aussi des touristes pour leur faire partager la quête difficile du métal doré.

 

« Voilà de l’or », dit le jeune fils du propriétaire, après avoir examiné l’écuelle de mon fils. Car tout ce qui brille n’est pas or, et il n’est pas évident de distinguer le métal précieux des autres poussières puisées dans le sol yukonnais.

 

De minuscules poussières dorées brillent en effet au fond du plat. Mon fils est autorisé à les conserver, mais elles ne valent qu’environ deux dollars en tout…

 

Les pieds dans l’eau, chaussés de bottes imperméables, on imagine un instant les chercheurs d’or de jadis scrutant de leurs yeux fous le fond de leur écuelle pour y deviner des poussières de richesse.

 

« I wanted the gold and I sought it ; I scrabbled an mucked it like a slave », écrivait le poète du Yukon Robert Service dans le magnifique poème The Spell of the Yukon (« L’appel du Yukon » ; « Je voulais de l’or et je le cherchais, je fouillais et je charriais de la boue comme un esclave »).

 

Et on se surprend à penser que le Yukon avait aussi autre chose à offrir que son or à ces hommes épris de liberté, par delà ses montagnes alors vierges de route, ses cimes blanches et ses lacs paisibles.

 

« Yet it isn’t the gold that I am wanting so much as just finding the gold. It’s the great, big, broad land, way up yonder. It’s the forests where silence has leased », écrit encore Service. (« Pourtant, ce n’est pas l’or que je cherchais, que je souhaitais tellement trouver. C’est la merveilleuse, la grande, l’immense terre là-haut. Ce sont les forêts où le silence s’est installé. »)

 

La forêt, c’est d’abord ce qui attendait les chercheurs d’or lorsqu’ils touchaient terre dans la ville de Skaguay, en Alaska, après un voyage en bateau. Aujourd’hui, Skaguay est une destination touristique pour les croisières qui fendent les eaux bleues de l’Alaska, au milieu des glaciers. À Dyea, à quelques kilomètres de Skaguay, on peut emprunter le sentier Chilkoot, qu’ont parcouru à travers bois, à pied, Jack London et ses semblables, pour se rendre au Yukon à la fin du XIXe siècle, avant même qu’un chemin de fer soit construit pour faciliter les transports.

 

Les mordus, pourvus de l’équipement nécessaire, peuvent suivre ce sentier désigné site historique national en 1987 jusqu’au lac Bennett, où les chercheurs d’or s’embarquaient sur des radeaux qui allaient les conduire jusqu’à la ville mythique de Dawson City. La randonnée dure plusieurs jours.

 

Sur leur chemin, ils pourront aussi observer des artefacts de cette ruée vers l’or qui jonchent encore les lieux : vieux souliers, ossements de chevaux morts à la tâche, pièces de métal.

 

En fait, pour entrer au Canada et se rendre au Yukon, les chercheurs d’or devaient attester qu’ils possédaient une tonne de matériel afin d’assurer leur subsistance, comme l’écrit Sonia K. Laflamme dans la trilogie Klondike, la ruée vers l’or parue aux éditions Hurtubise. Elle y raconte les tribulations de Nicolas Aubry, jeune Canadien français parti au Yukon durant la ruée vers l’or.

 

Avant l’avènement du chemin de fer, les prospecteurs traversaient les montagnes blanches en portant ce matériel sur le dos, ce qui nécessitait plusieurs allers-retours.

 

Aujourd’hui, la ruée vers l’or est terminée, même si la découverte de nouveaux filons occasionne de temps à autre un regain d’intérêt pour la prospection.

 

L’été, qui est court au Yukon, donne plutôt lieu à une ruée vers la musique avec le festival qui anime Dawson City.

 

Sortant de sa torpeur hivernale, la ville, qui garde des allures de Far West avec ses façades de bois colorées, accueille alors la crème de la relève canadienne ou internationale en musique, puis les restaurants et les bars s’animent.

 

Il faut en profiter, l’été passe vite ici.

 

« Au Yukon, on dit que l’été dure le temps de la floraison de l’épilobe », dit une guide touristique qui retrace la vie des chercheurs d’or d’autrefois à travers les rues de la ville.

 

L’épilobe, qu’on nomme fireweed en anglais, est une fleur rose-mauve qui couvre les sites dévastés par le feu. C’est l’emblème du Yukon et il n’est pas rare, en sillonnant le territoire, de voir des montagnes roses qui en sont entièrement couvertes. En parcourant la ville, on imagine les prospecteurs jouant aux cartes, misant les poussières d’or arrachées au sol durant la journée. On peut aussi voir le bureau de poste où les prospecteurs attendaient longtemps des nouvelles de leurs proches. La guide offre même la visite du bordel, alors officiellement nommé buanderie, où des femmes tentaient, par leurs charmes, de gagner leur part d’or.

 

Au coin d’une rue se dresse toujours le magasin d’Émilie Tremblay, fondé jadis par la première femme à avoir traversé le col Chilkoot. Née à Saint-Joseph d’Alma, au Québec, la dame est arrivée au Yukon le 16 juin 1894, où elle s’est installée avec son mari dans une petite cabane en rondins. Elle s’est vite rendue célèbre pour les repas de Noël qu’elle partageait avec les mineurs.

 

L’amateur suivra aussi la route de la musique jusqu’au petit village d’Aitlin, en Colombie-Britannique, accessible seulement du Yukon, où un petit festival de musique a aussi vu le jour au bord d’un lac magnifique entouré de montagnes aux versants glacés.

 

De retour au Yukon, à Haines Junction, par où on accède au parc national Kluane, un petit avion de la compagnie Kluane Glacier Air Tours permet, pour 250 $, de survoler les glaciers Kaskawulsh et South Arms qui étendent leurs longs bras à travers les montagnes.

 

Le paysage, d’une blancheur éclatante sous le soleil, est surréaliste. À 10 000 pieds au-dessous, on voit poindre une eau bleue fondant sous le réchauffement climatique après avoir été emprisonnée dans les glaces depuis des millénaires.


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En vrac

 

Les guides touristiques sur le Yukon sont rares. Les éditions Ulysse y ont heureusement consacré un Fabuleux Alaska et Yukon, par Annie Savoie et Isabelle Chagnon.

 

Le ministère du Tourisme du Yukon publie un guide disponible gratuitement, en français et en anglais, sur son site Web travelyukon.com. On y trouve toutes les adresses pour pouvoir faire des réservations.

 

Pour tout savoir sur la ruée vers l’or, la trilogie de fiction Klondike. La ruée vers l’or, publiée par Sonia K. Laflamme aux éditions Hurtubise et qui raconte les tribulations de Nicolas Aubry au Yukon, au début du XXe siècle, est passionnante et bien documentée. Le Yukon, comme si vous étiez.