Tourisme États-Unis - Philadelphie la francophile

La monumentale tour de l’hôtel de ville la nuit. À gauche: cette affiche d’une boulangerie philadelphienne sous-entend presque que le Débarquement de Normandie a davantage rapproché les États-Unis et la France que ne l’ont fait Franklin et La Fayette...
Photo: Gary Lawrence La monumentale tour de l’hôtel de ville la nuit. À gauche: cette affiche d’une boulangerie philadelphienne sous-entend presque que le Débarquement de Normandie a davantage rapproché les États-Unis et la France que ne l’ont fait Franklin et La Fayette...

Fondée au XVIIe siècle, Philadelphie est considérée comme le lieu de naissance des États-Unis. Mais cette cité très versée dans les arts possède aussi certains atomes crochus historiques et culturels avec la France, ce qu’on peut toujours sentir aujourd’hui, çà et là.

 

«Et dans mille ans, quand les gens visiteront ce site, ils se rappelleront que c’est ici que sont nés les États-Unis, terre de liberté!», claironne avec sa voix de stentor le brave guide des National Historical Parks, vêtu comme un boy-scout.

 

Enfin, il me semble que c’est de la sorte qu’il a conclu son laïus, le torse bombé devant les tables où se sont assis Benjamin Franklin, John Hancock, Samuel Adams et tous les signataires de la Déclaration d’indépendance, le 4 juillet 1776, dans ce qui forme aujourd’hui l’Independance Hall à Philadelphie.

 

Un peu plus tôt, un autre boy-scout gouvernemental m’a sermonné parce que j’ai osé lui demander si ma passe VIP des hauts lieux de la ville, chèrement acquise auprès des officines touristiques locales, me permettait d’accéder au saint des saints philadelphien, alors que la file s’allongeait et que les heures de visite rétrécissaient. «Non, mon gars, t’as qu’à attendre comme tout le monde : ici, t’es aux États-Unis, terre d’égalité!», de répliquer sèchement le boy scout plénipotentiaire. Le patriotisme états-unien a toujours quelque chose d’urticant, mais il s’exacerbe jusqu’au prurit quand on le sert sur l’un des terreaux sur lesquels il a germé.

 

Heureusement, dans la Galerie de portraits de la Second Bank of United States, qui est logée dans l’immeuble voisin, j’ai eu droit à un peu de fraternité.

 

«N’en doutez pas un instant, monsieur : cette galerie est l’endroit le plus important de tous ceux du Parc historique national de l’indépendance, m’assure la gentille préposée dans un français approximatif, mais très apprécié. Car, sans ces portraits, tous ces personnages importants ne seraient rien d’autre que des noms…»

 

Parmi ceux-ci figure le marquis de La Fayette, dont la vie mouvementée se résume, aux États-Unis, à son rôle décisif dans la guerre d’Indépendance lors de la bataille de Yorktown, en 1781.

 

Sans doute était-ce là un des premiers jalons d’un intérêt marqué pour tout ce qui est, de près ou de loin, français ou francophone, à Philly. Même les Montréalais qui montrent patte fleurdelisée sont accueillis chaleureusement, en dépit d’une rivalité sur les patinoires de la LNH.

 

«Mais il y a aussi l’affection particulière qu’éprouvait pour l’Hexagone Benjamin Franklin, l’un de nos Pères fondateurs et premier ambassadeur des États-Unis en France, qui a grandement influencé ses contemporains», explique Donna Schorr, porte-parole de Visit Philly.

 

Frenchie Philly

 

Outre les nombreux restos de gastronomie française - Bistro La Minette, Beau Monde, Bibou, Cochon, Chez Colette (le resto du Sofitel) et autres Petit Mitron qui se taillent une place dans cette ville de plus en plus gourmette -, Philadelphie compte bien des boutiques d’antiquaires bondées de meubles importés du Vieux Continent et quelques manuscrits de Zola et d’Anatole France, empoussiérés dans l’émouvante bibliothèque historique du musée Rosenbach. Mais, par-dessus tout, l’architecture de la ville - qui forme, au demeurant, un riche échantillonnage de ce qu’on trouve partout au pays - recèle également plusieurs références hexagonales.

 

C’est le cas notamment du monumental hôtel de ville Second Empire, inspiré de celui de Paris, où la colossale tour qui trône en son centre serait le plus haut ouvrage de maçonnerie au monde, mais aussi du massif temple maçonique, dont l’extérieur forme un bel exemple de style roman.

 

Dans Rittenhouse Square, la statue Lion Crushing a Serpent, réalisée en 1832 par le sculpteur français Antoine-Louis Barye, serait une allégorie de la Révolution française, alors que dans l’ouest du centre-ville s’ouvre une longue et large avenue, la Benjamin Franklin Parkway, à qui le Lyonnais Paul Philippe Cret et l’architecte paysagiste français Jacques Greber ont donné des petits airs de Champs-Élysées.

 

S’ils ont quelque peu failli, il n’en demeure pas moins que cette vaste allée plantée d’arbres est jalonnée de hauts lieux dignes d’intérêt, comme la Free Library of Philadelphia (superbe salle de lecture) et la Family Court, qui évoquent toutes deux des palais jumeaux de la place de la Concorde à Paris.

 

Collections remarquables

 

Non loin de là, le croquignolet musée Rodin abrite la deuxième plus grande collection mondiale de sculptures du maître - dont un exemplaire des Bourgeois de Calais et un autre de l’ahurissante Porte de l’Enfer -, dans un mignon pavillon qui reprend admirablement le style du château d’Issy, au musée Rodin de Meudon en France.

 

À l’autre bout des pseudo-Champs-Élysées philadelphiens, le Philadelphia Museum of Art est déjà connu pour sa dégaine de temple grec et ses marches gravies triomphalement par Sylvester Stallone dans Rocky, comme le rappelle la statue de Sly - dont le musée ne voulait pas, pour l’anecdote, quand le principal intéressé la leur a offerte.

 

Mais à l’intérieur, ce musée - qui figure parmi les mieux pourvus des Amériques avec 227 000 exhibits - dispose d’une remarquable collection de peintres majeurs, dont les Français Cézanne, Degas, Monet, Manet, Delacroix, Pissaro et Renoir, ainsi que de la plus grande collection mondiale d’oeuvres de Marcel Duchamp, pape du ready-made. Mais un peu plus bas, le long de Benjamin Franklin Parkway, il y a encore mieux.

 

Le bon Dr Barnes

 

Il était une fois un brillant médecin, pharmacien et chimiste qui mit au point un antiseptique qui le rendit riche, immensément riche, d’autant plus riche qu’il eut le flair de vendre les titres et actifs reliés à sa découverte… juste avant le krach boursier de 1929.

 

Féru d’art, le Dr Barnes se mit à collectionner avidement, en plus de frayer avec certains de ses plus illustres contemporains et de leur passer des commandes, à commencer par Matisse, qui a signé 59 oeuvres de sa collection. Mais d’autres grands noms français du chevalet et de la palette ont trouvé preneur chez lui : aujourd’hui, sa fondation compte 181 Renoir (la plus grande collection au monde) et 69 Cézanne, mais aussi des Rousseau, Seurat, Degas, Soutine…

 

Fasciné par la continuité et les parallèles de l’élan créatif à travers les âges et les régions du monde, le Dr Barnes se mit à regrouper ses oeuvres par thèmes, au lieu de le faire par époques ou par artistes. Ainsi, si les teintes ou les formes d’un Soutine présentaient de proches similitudes avec celles d’une nébuleuse oeuvre bulgare du IXe siècle, ou si les formes d’un masque africain rappelaient celles d’un tableau de Modigliani, le Dr Barnes les plaçait côte à côte.

 

Aujourd’hui, cette façon de présenter les oeuvres - les ensembles - continue de démarquer la collection Barnes, qui a migré dans un lumineux et volumineux musée ultramoderne, l’an dernier, juste à côté du musée Rodin.

 

Même si ses dernières volontés n’ont pas été respectées pour assurer la survie de sa fondation - le Dr Barnes voulait que ses oeuvres soient exposées à jamais dans sa résidence, en banlieue -, cet amateur d’art francophile voit aujourd’hui sa collection briller sur la plus française des avenues philadelphiennes.

 

Et dans mille ans, quand les visiteurs - ou les archéologues - découvriront ce site, ils pourront peut-être encore jeter des ponts entre les différentes formes d’art à travers les époques et les régions du globe…

 

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EN VRAC

 

Transport. Entre autres transporteurs, United, US Airways et Air Canada relient Montréal (et parfois Québec, en saison) à Philadelphie en un peu plus d’une heure et demie de vol.

 

Hébergement. Situé droit en face de l’hôtel de ville, le splendide Méridien Philadelphie, récemment rénové, a su admirablement amalgamer déco historique et bon goût contemporain. Très jolies chambres, chaleureux espaces communs et excellents petits-déj’ roboratifs en prime.

 

Gastronomie. La scène culinaire de Philadelphie s’est passablement développée ces dernières années, et on peut désormais satisfaire ses papilles en maints endroits pour bien moins cher qu’à Chicago ou New York. Trois excellentes tables testées : Barbuzzo, Fork et Vernick.

 

Visites. Rouvert en août dernier après rénovations, le musée Benjamin Franklin présente, entre autres choses, de nombreux échanges épistolaires avec de proches amis français - et peut-être des détails sur ses deux séjours à Montréal, en 1763 et en 1776.

 

À compter du 14 octobre, le Philadelphia Museum of Art présente Léger, Modern Art and the Metropolis, une exposition de 160 oeuvres portant sur le peintre et artiste multidisciplinaire français Fernand Léger.

 

Fresques urbaines. Avec 3800 oeuvres réalisées depuis 1984, dont environ 1900 subsistent aujourd’hui, Philly se targue d’être la capitale mondiale des fresques murales. Plusieurs tours guidés, accompagnés ou pas, permettent d’en prendre la pleine mesure, a fortiori ce mois-ci alors qu’on souligne les 30 ans du programme.

 

Tours guidés. Landmark Tours propose des visites guidées à pied mettant en lumière les plus ravissants exemples d’architecture de la ville.

 

Renseignements. Les sites visitphilly.com et uwishunu.com regorgent de renseignements sur tous les aspects de la ville.

 

Notre journaliste était l’invité de Visit Philly.

 

 

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