Haïti - Le grand frisson vaudou

Rituel vaudou au lakou Gyode, dans le nord d’Haïti.
Photo: Carolyne Parent Rituel vaudou au lakou Gyode, dans le nord d’Haïti.

Cap-Haïtien — Il y a un moment déjà que notre minibus a quitté la route nationale. Dans la nuit noire, au diable vert, nous cahotons sur un chemin de terre en direction du lakou Gyode, un site de pèlerinage vaudou dans le département du Nord. Une cérémonie que nous ne voudrions manquer pour tous les gris-gris du monde s’y tient ce soir.

 

Né au royaume du Dahomey, le Bénin actuel, le vaudou est une religion animiste qui s’est répandue dans les Antilles et en Louisiane avec la traite des esclaves, à partir du XVIIe siècle. Au temps pas du tout béni des colonies, elle prit différentes formes et appellations, santería à Cuba, voodoo dans les bayous, et survécut aux interdits grâce au syncrétisme. Notre vierge Marie devint leur Erzulie, amen.

 

En Haïti, ce culte est d’autant plus important qu’il est à l’origine d’une épopée historique. Le 14 août 1791, la cérémonie du Bois-Caïman, présidée par l’esclave et grand prêtre Boukman, déclencha un mouvement de révolte chez les esclaves qui mena, en 1804, à l’indépendance du pays, rien de moins. Aujourd’hui, en cette « Terre des hautes montagnes » majoritairement catholique, on estime qu’environ 50 % de la population pratiquerait aussi le vodou.

 

Les bons esprits

 

« C’est plus qu’une religion, c’est l’expression même de la culture haïtienne », note Jean Phariste Pharicien, coordonnateur d’un projet du Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) pour le développement touristique du Nord. « C’est la façon avec laquelle les Haïtiens parlent, mangent, boivent, vivent ! Par exemple, lorsque vous voyez des gens arroser le seuil de leur porte le matin, c’est autant pour le dépoussiérer que pour inviter les bons esprits à pénétrer dans la maison. »

 

Pour la ministre du Tourisme d’Haïti, Stéphanie Balmir Villedrouin, les rituels vaudou sont un produit touristique à développer : « Nous sommes en train de mettre en place la structure qui permettra aux touristes d’assister à une cérémonie vaudou, que ce soit à Port-au-Prince ou sur la côte des Arcadins. Nous espérons que d’ici novembre, celle de Port-au-Prince sera prête. Pour la côte, nous faisons des recherches. Le Sud et le Nord possédant déjà pas mal de cérémonies vaudou, le touriste peut y assister à sa guise. »

 

Les dieux ont soif

 

Dans l’imaginaire populaire, le vaudou est associé à la magie, à la sorcellerie, aux zombies et autres sacrifices de coqs, des croyances qui font notamment la fortune des voodoo queens néo-orléanaises. Pas de ça en Haïti. « Le vaudou n’est pas une religion maléfique », dit le guide Eddy Lubin. Ses esprits (lwa) sont invoqués pour venir à bout de certains « déséquilibres » comme la maladie ou la malchance.

 

Ainsi, sur les étals vaudou du superbe Marché en fer de Port-au-Prince, on trouvera par exemple des bouteilles pailletées et emplumées, offrandes aux divinités, des « paquets Congo », talismans faits à la main et remplis de… mystère, mais nulles poupées à piquer d’aiguilles.

 

Nous voilà enfin au lakou. Ce soir, nous assisterons à une cérémonie de chants et de dan ses, précise M. Lubin. Elle est déjà en cours, et si l’on ne voit pas les djembés, on les entend ! Dans la noirceur, nous nous approchons d’un étang réputé sacré, autour duquel défilent des initiés en chantant. Tout de blanc vêtu, une bougie dans une main, un grand prêtre donne à boire aux lwa en aspergeant le sol d’eau.

 

D’autres chants plus tard, tout le monde se rend au péristyle voisin, un temple qui, lui, est illuminé comme un sapin de Noël. Le grand prêtre trin que au clairin (une eau-de-vie) autant qu’il en régale les dieux, tandis que chants et danses s’enchaînent.

 

À l’instar des autres religions, le vaudou a ses codes. À chaque cérémonie, son drapeau ; à chaque lwa, sa couleur, ses nourritures et boissons.

 

À vrai dire, je n’ai pas compris grand-chose du rite auquel j’ai assisté sauf qu’il tenait de la fête. Je me suis donc laissé envoûter par les chants, des « prières » tantôt endiablées, tantôt lancinantes, qui, pour autant que je sache, pourraient bien avoir été composées dans un champ de canne à sucre il y a 300 ans. Frisson.

 

Au calendrier vaudou haïtien, des rendez-vous annuels majeurs : au lakou Soukri, près des Gonaïves, les 6 janvier et 14 août, d’une durée de deux semaines chacun ; au lakou Souvenance, également près des Gonaïves, à partir du Vendredi saint et pour une semaine ; à Saut d’Eau, au nord de Port-au-Prince, à la mi-juillet et pour deux semaines.

 

Renseignements

 

Notre journaliste s’est rendue en Haïti avec la collaboration de Vacances Transat.

Collaboratrice