Chemins de pèlerinage du Québec - Un Compostelle à deux pas de chez soi

L’oratoire Saint-Joseph, point de dé?part du chemin des Sanctuaires et point d’arriveée du chemin des Outaouais.
Photo: Hélène Clément L’oratoire Saint-Joseph, point de dé?part du chemin des Sanctuaires et point d’arriveée du chemin des Outaouais.

Pont-Rouge — Chemin des Outaouais, chemin des Sanctuaires, chemin des Navigateurs, Notre-Dame Kapatakan, Terre et Mer, Gaspésie -Les-Îles, Beauvoir-Beaupré… Le Québec compte plusieurs routes de pèlerinage inspirées de Compostelle. Parfois surprenant, souvent magnifique, toujours accueillant, chaque itinéraire a sa logistique, sa personnalité. Ultreia !

 

Aujourd’hui, pas de cliquetis du bourdon battant le pavé sur le rang Terrebonne à Pont-Rouge. Devant la croix du chemin du Grand-Capsa, là où les lollards déposent leurs intentions, le banc du pèlerin est vide. Les derniers marcheurs, partis le 22 juin au matin de l’oratoire Saint-Joseph à Montréal, sont à un jour de marche de la cathédrale de Sainte-Anne-de-Beaupré, le terminus de cette route de 375 kilomètres répartie en dix-huit escales depuis Montréal.

 

Depuis sa création en 1998, quelque 1000 personnes ont marché le chemin des Sanctuaires, de Montréal à Sainte-Anne-de-Beaupré, via Longueuil, Varennes, Verchères, Saint-Ours, Massueville, Saint-François-du-Lac, Baie-du-Febvre, Nicolet, Cap-de-la-Madeleine, Champlain, Sainte-Anne-de-la-Pérade, Saint-Alban, Cap-Santé, Pont-Rouge, Saint-Augustin-de-Desmaures, Québec, Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, Beauport. Et presqu’autant sur les autres chemins.

 

Deux classiques

 

Dix-huit étapes pour le chemin des Sanctuaires (375 km), douze pour celui des Outaouais (230 km) et vingt et une pour celui des Navigateurs (400 km). Une étape, une journée de marche. Les départs s’effectuent d’ordinaire en juin, durant un mois seulement, pour éviter une trop longue saison et une surcharge de travail aux bénévoles qui accueillent à chaque étape. De quatre à six marcheurs prennent le départ chaque jour. Pas plus, en raison de la faible capacité d’accueil.

 

On marche sur tous les genres de terrain - rues, rangs, pistes cyclables, voies rapides, ponts, trottoirs, en milieu urbain, en campagne, le long du fleuve… On dort dans des salles paroissiales, des centres communautaires, des presbytères, des familles, des congrégations religieuses…

 

À la différence du chemin de Compostelle, où le pèlerin prend la route quand il le veut et dort là où il y a de la place, sur les chemins de pèlerinage au Québec, les lieux d’hébergement sont déterminés à l’avance. Aussi, le marcheur s’engage à confirmer son arrivée au lieu d’accueil et à respecter les étapes prévues à partir de la date de départ confirmée. Mais, à l’inverse de Compostelle, il n’a pas l’angoisse de l’étape du soir : y aura-t-il de la place en gîte ?

 

« Les randonneurs ont en main le guide du pèlerin, pour suivre l’itinéraire et obtenir des informations, tels le kilométrage, les haltes, l’hébergement, les restaurants », précise Bruno Leclerc, responsable de l’accueil dans Pont-Rouge, quatorzième étape du doyen des chemins.

 

L’homme au regard vif de 87 ans, ex-mesureur de bois pour la compagnie Building Products, accueille dans sa ville natale les pèlerins depuis une quinzaine d’années. Et à l’instar de tous les bénévoles sur les autres routes, M. Leclerc est cordial et à l’écoute des marcheurs.

 

« Certains arrivent avec des sacs à dos de 40 livres. Ils trouvent la fin de la journée dure. Dans ce temps-là, je vais les chercher en auto au motel Bon-Air pour leur éviter de marcher le dernier kilomètre. »

 

Une fois ceux-ci installés au 69, rue Notre-Dame, dans un appartement au-dessus d’un garage municipal équipé d’une cuisine, d’une salle de bains, d’une laveuse, d’une sécheuse, et que le sceau attestant le passage à l’étape de Pont-Rouge a été apposé dans le carnet de route de chacun, M. Leclerc invite les marcheurs à prendre place dans sa fourgonnette pour un tour de ville savoureux et coloré.

 

De la grande visite

 

« Nous sommes embryonnaires si l’on se compare à Compostelle, mais les bénévoles travaillent avec coeur et veulent que les gens se sentent bien. Pour nous, gens de la campagne, les pèlerins, c’est de la grande visite », explique Hélène Rainville, responsable de l’accueil et de l’hébergement à Saint-Ours, quatrième étape du chemin des Sanctuaires, 25 km depuis Verchères.

 

Mme Rainville accueille aussi les marcheurs depuis 15 ans. S’ils tardent, elle s’inquiète, elle les bichonne et les écoute. « Il y a des croyants comme des athées, des chefs d’entreprise, des recteurs d’université, des alcooliques anonymes. Tous ont une richesse intérieure intense. L’un des rôles importants des bénévoles qui donnent l’hospitalité est d’écouter. »

 

Des bénévoles, il y en a tout le long des chemins de pèlerinage. Il y a les responsables de gîte, mais aussi tous les gens qui, entre les étapes, offrent salle de bains pour se rafraîchir, et parterre et cour où se reposer, manger, boire, se déchausser, se ressourcer, rêver ou jaser.

 

Faut-il que les six personnes qui prennent le départ chaque jour marchent toujours ensemble ? « La question revient souvent, note Michel Blais, président du chemin des Outaouais. La réponse est non. Premièrement, parce que les gens ne marchent pas tous à la même vitesse. Puis, parce que certaines personnes préfèrent partir tôt le matin afin d’éviter le soleil chauffant de l’après-midi. Et finalement, parce que certains pèlerins préfèrent randonner seuls, plusieurs heures par jour, quitte à marcher en compagnie d’autres personnes à l’occasion. Les gens savent qu’ils vont tous se retrouver au même lieu d’hébergement en fin de journée. »

 

Chaque année, les départs du chemin des Outaouais se font du 25 mai au 18 juin inclusivement. En tout, 25 jours de départ à raison de six personnes maximum par jour.

 

« Les inscriptions commencent le 15 janvier à minuit, précise Michel Blais. Cette année, nous avons affiché complet au bout de quatre semaines ! Ce sont des gens de toutes les régions du Québec qui nous appellent et s’inscrivent. Et aussi des États-Unis et de l’Europe. »

 

Pratiquer sa foi autrement

 

Mais d’où vient l’engouement pour ces chemins pieux à l’heure où la pratique catholique toussote dans la Belle Province ? D’une poignée de pèlerins qui ont emprunté le chemin des Sanctuaires, né de l’initiative, en 1998, d’un ex-policier de la SQ, Denis Leblanc, ils sont maintenant plusieurs centaines à fréquenter chaque année un chemin de pèlerinage au Québec.

 

Est-ce le signe d’un retour en force de la spiritualité dans nos sociétés matérialistes et occidentales, comme le souligne Pierre Bigorne, rédacteur en chef du magazine français Grands Reportages, dans un numéro spécial sur Compostelle ? La crise économique aura-t-elle eu pour mérite de remettre l’homme au centre des préoccupations ? Ou est-ce pour le simple défi physique, comme l’affirment plusieurs adeptes ? Chose certaine, s’interroger sur son avenir, faire le point sur soi-même, chercher à donner du sens à son existence sont des besoins légitimes et naturels.

 

Qu’importe, ces chemins pédestres qui relient les églises d’un bout à l’autre de la province offrent une occasion de partager un moment de foi et de culture avec une communauté, de découvrir des lieux inaccessibles autrement et de profiter d’une belle leçon d’histoire et de géographie.

 

***

 

En vrac

 

Chemin des Sanctuaires, de Montréal à Sainte-Anne-de-Beaupré : 375 km, 18 jours

 

Chemin des Outaouais, d’Ottawa à Montréal : 230 kilomètres, 12 jours

 

Chemin des Navigateurs, de Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent, à Sainte-Anne-de-Beaupré : plus de 400 kilomètres, 21 jours

 

Le pèlerinage annuel Terre et Mer Gaspésie-Les-Îles en sera à sa 9e édition en 2014, mais aussi le sentier Terre et Mer Gaspésie-Les-Îles (de juin à octobre), une randonnée de 164 km en 10 jours, de Cap-Chat jusqu’à Gaspé. On peut se procurer le Guide du pèlerin, qui répertorie tout le patrimoine religieux significatif du territoire de la Gaspésie et des îles de la Madeleine, c’est-à-dire le diocèse de Gaspé. En plus de fournir les itinéraires détaillés en points de repère et distances à parcourir, en autonomie, dans un pèlerinage de ressourcement, l’ouvrage offre une documentation très intéressante sur la centaine de lieux de culte (catholiques, Église unie, anglicans) dans une vision oecuménique et est superbement et abondamment illustré, tout en couleurs.

 

Le sentier Notre-Dame Kapatakan (de juin à octobre) part de Notre-Dame-du-Saguenay de Rivière-Éternité jusqu’à l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette : 215 kilomètres en 12 jours

 

Le sentier de Beauvoir à Beaupré, du 31 août au 14 septembre prochain

 

Du Québec à Compostelle (l’association québécoise des pèlerins et amis du chemin de Saint-Jacques), pour qui désire des renseignements dans le but de préparer son voyage sur le chemin de Compostelle et connaître le programme d’entraînement de chacune des régions du Québec

 

Lire le très bel article « Marcher au coeur de soi » de Nathalie Schneider, rédactrice en chef du magazine Géo Plein Air. Elle raconte son expérience personnelle sur le chemin des Outaouais


Collaboratrice

2 commentaires
  • Grace Di Lullo - Inscrit 28 juillet 2013 10 h 06

    Merci pour cet article

    Merci pour ce bel article. Je ne savais pas que ces sentiers existaient. J'ai déjà visité certains de ces lieux, mais j'ignorais totalement ces chemins pédestres. Je crois que cela permet d'allier à la fois les radonnées pédestres, la découverte intérieure et extérieure.C'est dommage que ces pélerinages peuvent se faire univquement lors d'une période donnée.

    Merci de nouveau.

  • Fernande Trottier - Abonnée 28 juillet 2013 16 h 53

    Pourquoi aller à Compostelle ?

    Faire d'une pierre deux coups. Un pèlerinage pour se retrouver dans le silence et la nature et visiter son intérieur. De plus, comme le Québec offre de si beaux lieux, des sanctuaires pour renouer peut-être avec Dieu ou simplement à visiter, pas besoin
    d'aller en Europe, vous trouverez ici ce que vous cherchez. En plus vous découvrirez le Québec.