Une nuit au château

À l’Umaid Bhawan Palace, situé au Rajasthan, des chauffeurs sont à la disposition des hôtes le temps d’excursions.
Photo: Carolyne Parent À l’Umaid Bhawan Palace, situé au Rajasthan, des chauffeurs sont à la disposition des hôtes le temps d’excursions.

J'ai de beaux châteaux à vous faire découvrir. De l’Irlande à l’Inde en passant par Cuba, ces châteaux, aussi somptueux que légendaires, font partie du patrimoine de leur ville. Reconvertis en hôtels, ils ont été soit sauvés de la ruine, soit tirés de l’oubli, et c’est leur histoire qu’ils nous offrent en partage. On y va?

Le Dromoland Castle : l’Eire du temps

S’il est impensable de ne pas trinquer au moins une fois à la bière Guinness lors d’un séjour en Irlande, il l’est tout autant de ne pas y vivre au moins une nuit l’expérience «dodo dans la tourelle» ! Un bon endroit pour ça est le château Dromoland, situé à Newmarket-on-Fergus, sur la côte ouest, dans le comté de Clare.

Au Moyen Âge y vivaient les O’Brien, descendants directs du roi gaélique Brian Boru. D’abord forteresse, la propriété devint château au XVIe siècle, puis il acquit son style gothique lors de sa reconstruction, au début des années 1800. En 1962, un Américain s’en porta acquéreur et le transforma en un hôtel cinq étoiles de 99 chambres.

Aujourd’hui, boiseries, chandeliers, armures et argenterie brillent à nouveau dans ses grands salons et ses salles à dîner. Les jardins sont manucurés. Les 400 acres du domaine profitent aux visiteurs le temps d’une partie de chasse, de golf ou de pêche dans le lac qui a donné son nom au château. Et le 18e baron de la dynastie, qui vit sur le site, peut dormir tranquille : la maison de ses ancêtres est entre bonnes mains. Les hôtes aussi d’ailleurs !

Le parador de Jarandilla de la Vera : comme au temps de Charles Quint

S’il y a deux pays au monde où la vie de château est à la portée de notre portefeuille, c’est bien le Portugal et l’Espagne. Réhabilités en hôtels par ces États, castels, palais, forteresses, couvents et monastères pratiquent une politique de prix doux. Au Portugal, ces établissements patrimoniaux s’appellent pousadas ; en Espagne, paradores, et celui de Jarandilla de la Vera, en Estrémadure, est une vraie splendeur médiévale.

Cet ancien château, puis palais du comte d’Oropesa, se targue d’avoir accueilli Charles Quint pendant quelques mois en 1556-1557. L’empereur du Saint-Empire romain germanique s’y était installé pour superviser la construction de ses appartements au monastère de Yuste, sa résidence ultime, située à proximité et qu’on peut visiter.

À Jarandilla, nuls flaflas : une belle déco d’époque mâtinée d’austérité, celle qui se dégage des épais murs de pierre et des imposantes cheminées. Cela a quelque chose d’apaisant, d’autant plus que le château est situé à la campagne, au milieu d’une oliveraie. Généreuse en denrées provenant de la vallée, tels chevreau, poisson, châtaignes et figues, la table a fait nos délices comme elle a assurément satisfait Carlos V, pour la petite histoire un glouton notoire !

Le Danieli : aux premières loges de la cité des Doges

Situé à deux pas de la place Saint-Marc, le Danieli est certainement le plus célèbre des hôtels vénitiens. Il est constitué de trois palazzi interreliés, dont le premier date du XIVe siècle, et son délire de dorures, de verre de Murano, de damas et de baies trilobées est à voir, ne serait-ce qu’en vous rendant à la Terrazza, son resto sur le toit ! Là-haut, commandez un Bellini, le cocktail emblématique de la ville, et contemplez la vue sur la lagune, la basilique San Giorgio Maggiore et l’Adriatique.

Le Çiragan Palace Kempinski : l’engouement au sérail

À Istanbul, dès la seconde moitié du XIXe siècle, les sultans ottomans boudent Topkapi, leur palais depuis 400 ans, aussi grandiose que désuet. En bordure du Bosphore, ils se font ériger des demeures à l’européenne, comme le sarayi Dolmabahçe, du plus pur style néo- « m’as-tu-vu ». À proximité, le palais Çiragan est la réplique élégante du sultan Abdülaziz à la création flamboyante de son prédécesseur de frère.

Habité pendant une trentaine d’années à partir de 1871, puis ravagé par un incendie, le bâtiment sombre dans l’oubli jusqu’à ce que le groupe Kempinski lui donne une seconde vie à titre d’hôtel, en 1991. Il compte aujourd’hui 11 suites, dont celle du sultan,  à 30 000 euros la nuitée, mais plus que ses fastueux appartements, c’est l’ancien hammam, tout de marbre ciselé, qui émerveille. Et, fait rare, l’hôtel a sa propre galerie d’art que dirige une attachée culturelle !

Jouxtant le palais, des édifices récents abritent 300 autres chambres et suites, le spa Sanitas, où il fait bon se faire récurer à la turque, ainsi que des bars et des restaurants. Donnant sur le Bosphore, « le Gazebo Lounge est l’endroit en ville pour voir et être vu », assure la relationniste Çiler Ilhan. C’est clair comme un verre de pur raki, mais je retiens surtout qu’on y sert d’excellents mezzés !

L’Umaid Bhawan Palace : chez le maharajah de Jodhpur

Contemporain d’Howard Hughes, le maharajah Umaid Singh avait lui aussi un penchant pour les extravagances. Passionné d’aviation, il a doté Jodhpur, dans l’actuel Rajasthan, d’un aérodrome dans les années 1920. Féru de polo, il emmenait son équipe (poneys compris !) en Angleterre et battait les « Angrez » à leur jeu. Puis, en pleine disette, il a lancé un programme de création d’emploi qui allait durer 15 ans : la construction d’un palais, un « gâteau » de grès comptant 347 pièces.

Inaugurée en 1943, la monumentale résidence royale appartient aujourd’hui au petit-fils d’Umaid Singh, Gaj Singh II. Il en occupe une partie et a reconverti le reste en un hôtel de 64 chambres et suites de style authentiquement Art déco, géré par le groupe indien Taj.

L’opulence de l’établissement, affilié aux Leading Hotels of the World, donne le ton aux prestations. Des voitures d’époque (ah, la Packard Clipper 1947 !) et leurs chauffeurs sont à la disposition des hôtes le temps d’excursions. Un dîner de gala peut être servi dans un kiosque en marbre trônant au cœur d’un vaste jardin. Et pour ceux que l’histoire des maharajahs fascine, le musée du palais raconte les hauts faits de ces fiers combattants du Marwar, la « Terre de la mort ». À moins que vous ne préfériez en discuter avec Gaj Singh II en personne…

Options palacios, riads et manoir

À Cuba, dans la Vieille Havane, plusieurs palacios datant de l’époque coloniale sont aujourd’hui des hôtels-boutiques magnificos ! À découvrir : l’hôtel Palacio del Marqués de San Felipe y Santiago de Bejucal

Au Maroc, notamment à Marrakech, nombreux sont les riads, maisons traditionnelles et parfois anciens palais de pacha, à avoir été reconvertis en maisons d’hôtes dignes des Mille et une nuits. On s’informe ici, sous l’onglet «Trouver un hébergement».

En France, à deux heures de route de Paris, le Domaine des Hauts de Loire fait partie des « meilleurs hôtels du monde 2013 » (tout comme le Dromoland Castle et le Çiragan Palace Kempinski), selon les lecteurs du magazine Travel + Leisure. L’ancien rendez-vous de chasse est aujourd’hui membre de l’association Relais & Châteaux

Prendre le thé à Downton Abbey

À moins d’être invité par le comte ou la comtesse de Carnarvon, on ne peut loger au château de Highclere, la résidence des Crawley dans la série-culte britannique Downton Abbey, située dans l’Hampshire. Par contre, on peut y prendre le thé et visiter le domaine, les jardins et une exposition d’antiquités… égyptiennes. Celles-ci ont été rapportées de Louxor par celui-là même qui a exhumé, avec Howard Carter, la tombe de Toutankhamon : le 5e comte de Carnarvon, by George !


Collaboratrice

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Ce texte a été modifié après publication.

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