France - Dormir chez l’aristo

Le château de Brissac, dont la façade de style Louis XIII a été ajoutée aux anciennes tourelles de la forteresse médiévale, survivantes des guerres anciennes.
Photo: Émilie Folie-Boivin Le château de Brissac, dont la façade de style Louis XIII a été ajoutée aux anciennes tourelles de la forteresse médiévale, survivantes des guerres anciennes.

Il est un peu surprenant d’entrer dans un château et de savoir que ses résidants peuvent retontir à tout moment au détour d’un escalier, comme c’est le cas au château de Brissac, le plus haut château de France. Non, ce ne sont pas des fantômes, bien qu’il y en ait sûrement quelques-uns dans les 204 pièces réparties sur les sept étages du «Géant du Val de Loire». La famille du 13e duc de Brissac y vit et ouvre les portes de son immense propriété aux visiteurs, lesquels entrent par la même porte que celle que Madame la Marquise emprunte avec ses héritiers pour se rendre au marché.

Eux habitent une partie du château, sur un étage qui leur est réservé. Selon notre guide, le mobilier de leurs quartiers ressemble davantage à ce que l’on voit dans les magazines de déco qu’à ce qu’il y a dans les livres d’histoire du Moyen Âge, et le haut plafond a même été abaissé pour économiser sur le chauffage. On la croit sur parole. Va pour la portion «vie de château à l’ère moderne».

 

Ce que les invités viennent réaliser, le temps d’une nuit, c’est le fantasme de la vie de château circa 1502, année de l’achat de la résidence, et les quatre chambres d’hôte qui sont réservées à cet effet ont conservé leurs caractéristiques d’antan. La suite du Marquis et celle des Dames, toutes deux très féminines et romantiques avec leur tapis rose et les doux portraits royaux, contrastent avec la richesse ténébreuse des fresques de la chambre des Chasses et de la chambre de Mortemart. Le genre d’ambiance qui incite à planifier la conquête de territoires inconnus ou à se lancer dans une romance clandestine… à 390 euros la nuit.

 

Chatelaîn d’un jour

 

Dans ce monument classé historique depuis 1958 et géré comme une entreprise par les châtelains qui en ont hérité, quelques pièces sont accessibles, moyennant un coût de passage, pour la journée ou pour la nuit. La grande galerie, qui accueille des réceptions de prestige et des dîners de gala à la chandelle, expose le long de ses 32 mètres des tapisseries flamandes du XVIe siècle et de héros bibliques. Il faut voir les cabinets des secrets, ces meubles aux multiples compartiments conservés dans la Chambre du roi Louis XIII, dans lesquels les damoiselles gardaient lettres d’amour et élixirs empoisonnés. Tout le château cumule les trophées de chasse naturalisés, mais les murs de la chambre des Chasses sont les plus encombrés. Un régiment de bois de cerf côtoie d’ailleurs, près des lions et des léopards, un panache d’orignal, cadeau, eh oui, canadien.

 

Dehors, sur le pas de la porte du château, le parc du domaine s’étend sur 70 hectares qui appellent à la promenade et au pique-nique. On glisse un petit rosé de leur vignoble dans sa besace, vendu dans les caves magistrales du sous-sol, pour s’inventer une vie de château en dehors des murs. Pour faire comme les gens de Brissac-Quince, on se le sert avec un peu de sirop de pamplemousse. Apéro local, ce «P’tit Jésus» n’a rien de la Renaissance, mais a quelque chose de divinement impérial dans un tel contexte.

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Le voyage a été possible avec la collaboration d'Atout France et d'Air France.

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