La grande séduction dans les parcs nationaux

En plus du nouveau chalet EXP, la SEPAQ prévoit d’ajouter deux autres nouveaux modèles d’hébergement d’expérience d’ici 2017.
Photo: Sepaq En plus du nouveau chalet EXP, la SEPAQ prévoit d’ajouter deux autres nouveaux modèles d’hébergement d’expérience d’ici 2017.

Le prêt-à-camper continue de se développer dans les parcs nationaux du Québec, pour attirer une clientèle moins habituée à la nature et répondre aux désirs de plus de confort chez les jeunes adultes et les baby-boomers vieillissants. Parallèlement, la SEPAQ offre cet été un programme-pilote d’initiation au camping (« Découverte Camping ») au parc national d’Oka. Le tout pour attirer de nouvelles clientèles qui ne fréquentent pas ces parcs et contribuer à combler le déficit de nature chez certains citadins.

« Nous n’avons pas l’intention de « cabanniser » les parcs nationaux », rassure Martin Soucy, le vice-président exploitation de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), qui a piloté le projet des EXP. Il rappelle dans la foulée que les parcs de la SEPAQ proposent 6000 emplacements de camping traditionnels (comprenant 301 tentes Huttopia et 28 yourtes). Martin Soucy positionne plutôt ces nouveaux hébergements comme un « produit d’introduction », soit une manière d’attirer une nouvelle clientèle à venir goûter à une expérience dans la nature et qui sait, par la suite, y prendre goût et se mettre au camping plus traditionnel. « À l’essentiel, la découverte d’un parc national se fait en pouvant y résider, et séjourner dans un parc pendant une nuit [permet de] sentir cette nature-là pendant deux jours en fait et d’avoir un petit camp de base confortable ; cela permet aussi la communion avec la nature et de décrocher du quotidien, de tout ce qui peut être électronique, de la vie qui nous sollicite, et de prendre un temps d’arrêt dans un parc national. »

 

Ainsi, depuis le 19 juillet dans les Laurentides, cinq nouveaux hébergements EXP - pour Expérience - sont offerts dans le secteur de La Diable du parc du Mont-Tremblant, portant à dix le nombre total d’EXP à ce jour, après les cinq premiers proposés dans le parc Jacques-Cartier près de Québec depuis le 21 juin dernier. Chaque EXP sera adaptée pour répondre à la spécificité de chacun des parcs où les hébergements seront implantés. Par exemple, les EXP à venir en 2014 dans le parc du Mont-Mégantic auront un plafond de verre pour profiter des étoiles, car la région est une réserve de ciel étoilé.

 

Entièrement conçus par la SEPAQ et fabriqués au Québec, ces hébergements arrivent dans le sillage de 23 nouveaux chalets nature lancés cet hiver dans le réseau des parcs québécois, en plus des tentes équipées sur plateforme Huttopia depuis 2008. À l’origine, 150 tentes Huttopia avaient été prévues, mais devant le succès remporté, on a doublé leur nombre.

 

Les EXP sont une microhabitation rectangulaire tout en bois pour deux personnes avec deux grandes baies vitrées, une terrasse avec moustiquaire et hamac, douche et toilettes et petite cuisine, ainsi qu’un poêle à bois pour l’hiver, pour un aménagement intérieur très bien pensé, compact, fonctionnel, sobre et élégant. Au parc du Mont-Tremblant, ils sont installés sur une presqu’île et sont relativement espacés.

 

Ce nouvel hébergement vise des gens qui n’auraient pas eu accès à la nature pendant leur enfance, notamment les 28 à 35 ans, couples sans enfant ou célibataires qui voyagent entre amis.

 

Le projet vise également les baby-boomers, reconnaît Martin Soucy, soulignant que cette clientèle utilise davantage les parcs en dehors de la haute saison touristique. Les chalets nature et les EXP sont tout à fait appropriés au printemps et à l’automne. Au total, les parcs nationaux proposent à ce jour 179 unités de villégiature en dur, dont 50 refuges et 69 chalets traditionnels souvent déjà en place lors de la création des parcs, et les 10 EXP et 23 chalets nature.

 

À terme, M. Soucy envisage l’implantation d’une centaine d’EXP, dont trois en décembre 2013 au parc des Monts-Valins et à l’été 2014, cinq unités dans chacun des parcs des Grands-Jardins, du Mont-Mégantic et du Mont-Tremblant (secteur de la Pimbina). Les EXP du parc du Mont-Tremblant affichent d’ores et déjà un taux d’occupation de plus de 90 % d’ici à la fête du Travail. À terme, Martin annonce « deux autres nouveaux modèles d’hébergement d’expérience que nous développerons d’ici 2017 ».

 

Initier les nouveaux arrivants

 

L’ancien directeur du parc du Mont-Tremblant y voit une façon de contribuer à la lutte contre le « déficit de nature » des citoyens. Comme la population québécoise et canadienne devient de plus en plus urbaine, les jeunes adultes seraient ainsi moins habitués aux séjours dans la nature. Par ailleurs, les nouveaux arrivants dans nos sociétés multiculturelles n’ont sans doute pas connu avec leurs parents cette tradition du camping. La SEPAQ va d’ailleurs s’inspirer cet été de l’expérience de Parcs Ontario pour lancer un projet-pilote d’initiation au camping à Oka ainsi qu’un forfait « Découverte Camping » prévu l’an prochain dans le parc des Îles-de-Boucherville, un parc accessible depuis Montréal par navette fluviale et par transports en commun.

 

L'enjeu économique n'est pas non plus négligeable. Les retombées de chaque dollar perçu dans un parc national québécois entraînent 15 $ de dépenses dans la région (pour des parcs québécois subventionnés à 35 % par le gouvernement provincial, alors que le projet des EXP est entièrement auto-financé.)

Par ailleurs, des séjours dans des parcs pourraient aussi profiter à la société, voire permettre des économies en soins de santé : le contact avec la nature, faire de la randonnée et du canot, non seulement abaisse le niveau de stress, mais offre une occasion de faire de l'exercice sans même s'en rendre compte, en plus de renouer des liens familiaux autour d'un feu de camp, loin des jeux vidéo et des téléphones cellulaires.

La nature permet aussi de redécouvrir un ciel étoilé, perdu dans la pollution lumineuse de la ville, et rappelle que l’espèce humaine sur notre petite planète bleue n’est qu’une partie infime de cet univers et non le centre du monde.


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Le «glamping» a attiré 19 % des campeurs

La tendance du « glamping » - le camping de luxe - se confirme, a conclu une étude de la Chaire en tourisme de l’UQAM publiée en février 2013, menée auprès de 1020 répondants en 2012. Selon l’étude La pratique du camping au Québec en 2012 de l’UQAM, « près d’un campeur sur cinq [19 %] a pratiqué le prêt-à-camper en 2012. La plupart (91 %) répéteraient l’expérience, notamment pour la simplicité de la formule [soit ne pas avoir à préparer, transporter ni installer son matériel de camping], pour le confort et parce qu’ils ont apprécié leur séjour. Parmi ceux qui n’ont jamais fait de prêt-à-camper, 41 % sont assez ou très intéressés à l’essayer ». Du côté de l’offre, parmi les responsables de terrains de camping au Québec sondés, « la moitié constatent une hausse de la demande en prêt-à-camper ». La tente demeure en tête de l’équipement préféré des campeurs québécois en 2012 (39 %), suivie de la caravane (22 %), dont 37 % des retraités et le tiers des campeurs âgés de 55 ans et plus (34 %), de la tente-caravane (12 %) et de la caravane à sellette (8 %), particulièrement appréciée par les gens de 45 ans. Au cinquième rang arrive le prêt-à-camper (4 %).

 

Collaboration spéciale

 

 

Le journaliste était l’invité de la SÉPAQ/Parc national du Mont-Tremblant. Ce reportage a également été rendu possible grâce à l’aide de Tourisme Québec.