Terre-Neuve-et-Labrador - Trouver la sainte paix à Trinity

Aujourd’hui, bien qu’il reste quelques pêcheurs de crabe, le village d’à peine 200 âmes vit majoritairement du tourisme.
Photo: Laurence Clavel Aujourd’hui, bien qu’il reste quelques pêcheurs de crabe, le village d’à peine 200 âmes vit majoritairement du tourisme.

Trinity — Nous roulons dans le brouillard terre-neuvien depuis plus de trois heures, les yeux grands ouverts à l’affût des orignaux qui, nous a-t-on dit, s’aventurent souvent sur les premiers tronçons de la Transcanadienne. Depuis St. John’s, les villages aux noms inusités se succèdent : Come By Chance, Heart’s Content, Heart’s Delight, Cupids, Dildo… Bientôt, une éclaircie vient faire briller les centaines de bouées blanches et bleues qui parsèment la baie : un élevage de moules. Nous approchons de notre destination, un petit village de pêcheurs sur la côte est de l’île.Au détour de la route qu’on appelle la Discovery Trail, on découvre d’abord le clocher de l’église anglicane peinte en blanc, puis, l’une après l’autre, les maisons bleues, rouges et jaunes se dévoilent sur fond de ciel gris. Voilà Trinity.


Situé à 268 km de la capitale terre-neuvienne, Trinity était autrefois un prolifique village spécialisé dans la confection de bateaux de pêche. L’industrialisation et, surtout, le moratoire sur la pêche à la morue en 1992 ont entraîné le déclin de la ville. Plusieurs édifices ont toutefois été conservés et restaurés, ajoutant au cachet du lieu. Aujourd’hui, bien qu’il reste quelques pêcheurs de crabe, le village d’à peine 200 âmes vit majoritairement du tourisme. Trinity compte en effet des restaurants et cafés, quelques bed breakfast tous plus charmants les uns que les autres, un théâtre d’été, des galeries d’art et boutiques d’artisanat ainsi que sept sites historiques à visiter.


Nous sommes venus y passer quelques jours loin de la ville et de sa vie trépidante, et poser nos valises à l’auberge Artisan Inn, une ancienne maison de pêcheur datant de 1840 retapée par les hôtes John et Tineke Gow, arrivés dans la région à la fin des années 1970. Il n’y a pas de refuge plus paisible. Hors saison, le village semble endormi. Le brouillard, typique de la province, ajoute à la beauté sauvage des lieux. Puisque la plupart des maisons ne sont pas équipées pour l’hiver, entre novembre et mai le tourisme prend une pause et le village entre en hibernation. Les voyageurs préfèrent visiter la région une fois la saison chaude afin d’y admirer la dérive des icebergs, les macareux perchés sur les falaises rocheuses ou les baleines venues s’ébattre au large.

 

Par tous les sentiers


De nombreux sentiers de randonnée sillonnent la région, dont certains débutent tout près de Trinity. Le sentier de Gun Hill, accessible aux marcheurs du dimanche, offre une fabuleuse vue sur la baie, le village et le phare au loin. On peut parfois y croiser des pygargues à tête blanche et des orignaux. Le sentier Skerwink Trail, de l’autre côté de la baie, offre quant à lui des vues à couper le souffle (littéralement, surtout si on n’a pas l’habitude de grimper et qu’en plus il vente…) de la baie de Trinity et des environs. Qu’on décide d’y passer plusieurs jours durant la saison estivale ou bien qu’on y fasse escale pour un week-end en amoureux, Trinity et sa région constituent un bon point de départ pour explorer la côte est de Terre-Neuve. On peut par exemple découvrir Bonavista - c’est là que l’explorateur Giovanni Caboto a foulé le sol américain pour la première fois en 1497 - pour y visiter le phare et cueillir des plaquebières, ces baies orangées qui ressemblent à des mûres sauvages et qui ne poussent qu’à Terre-Neuve et en Norvège.


Les cinéphiles savent peut-être déjà que le film The Shipping News, de Lasse Hallström, tiré d’un roman d’Annie Proulx, a été tourné à Trinity. On reconnaîtra également les environs dans The Grand Seduction, version anglophone du film québécois La grande séduction, à paraître cet été, et dans la minisérie Random Passage, dont on peut visiter le lieu de tournage. Le parc national Terra Nova, plus au nord, propose quant à lui plusieurs activités pour toute la famille. Si l’on ne craint pas les longs trajets en automobile, on continue vers le nord jusqu’à Twillingate, surnommée la capitale mondiale des icebergs, à environ quatre heures et demie de route. En parcourant la même distance dans la direction opposée, on peut se rendre jusqu’au traversier de Fortune, qui nous mènera à Saint-Pierre-et-Miquelon, sol français en terre d’Amérique.