Exposition - La Mésopotamie visite le Musée royal de l’Ontario à Toronto

Le Grand bélier d’Ur, 2650-2550 av. notre ère, Ur, Irak, présenté au ROM les trois premiers mois de l’exposition Mésopotamie ou l’invention de notre monde.
Photo: Avec l’autorisation du Museé d’arché?ologie et d’anthropologie de l’Université de Pennsylvanie Le Grand bélier d’Ur, 2650-2550 av. notre ère, Ur, Irak, présenté au ROM les trois premiers mois de l’exposition Mésopotamie ou l’invention de notre monde.

La Mésopotamie est loin de jouir de la popularité de l’Égypte antique. Pourtant, la région (Irak actuel et pays voisins) est le berceau de la civilisation occidentale.


La révolution agricole y a pris naissance, déclenchant la sédentarisation des humains et donc la formation de villes, la notion de propriété et la hiérarchisation de la structure sociale, ainsi que l’invention de l’écriture pour gérer les surplus agricoles, entre autres. Sans parler de la mythique Babylone, de son roi Nabuchodonosor, de ses jardins suspendus et du monument qui aurait inspiré la tour de Babel.


Raconter ces bouleversements grâce à des artéfacts archéologiques est une gageure que relève haut la main l’exposition Mésopotamie ou l’invention de notre monde, à l’affiche du Musée royal de l’Ontario (ROM) depuis le 22 juin à Toronto, avec toutefois quelques lacunes.


L’exposition en première nord-américaine du British Museum de Londres, présentée à Melbourne, puis à Hong Kong, rassemble plus de 170 artéfacts, organisés en trois parties : Sumer en Basse-Mésopotamie, entre 4000 et 2000 ans avant notre ère ; l’Empire assyrien (1000-600 avant notre ère) et l’apogée et le déclin de Babylone (600-540 av. notre ère).


Des sceaux-cylindres (pour marquer l’argile, ancêtres des sceaux officiels en cire) et des tablettes en écriture cunéiformes (symboles) côtoient d’imposants bas-reliefs en pierre, quelques parures et l’une des rares statues d’un roi en trois dimensions.


L’éclairage soigné met en valeur les oeuvres qui jaillissent de la lumière dans la pénombre ambiante.


La muséologie fait aussi appel au numérique. Deux animations développent la narration de bas-reliefs. Mais le clou en la matière est une primeur torontoise : un survol de Babylone de 2,5 minutes en images de synthèse sur un immense écran, dont les jardins suspendus.


Cette version 3.0 propose quatre kiosques conçus aussi par le ROM, des cubes blancs offrant au fil du parcours un regard contemporain sur certaines avancées (l’écriture comptable ; le leadership et le culte de l’image ; la mondialisation et la guerre pour asseoir sa domination économique ; la justice) ainsi que deux vidéos sous forme de prologue (très réussi) et d’épilogue.


Par contre, l’exposition n’explique pas la structure de la langue cunéiforme et laisse le visiteur sur sa faim à ce registre. Par ailleurs, les conservateurs encensent avec raison les innovations qui perdurent de nos jours. Mais ils passent sous silence une autre conséquence majeure de l’agriculture : la catastrophe écologique due à l’irrigation, soit la salinisation des sols qui deviendront infertiles, provoquant crises économiques et sociales et contribuant au déclin de ces puissances.


 

Collaboration spéciale